
À Highgrove, on ne fait décidément rien comme tout le monde. Pendant que le commun des mortels hésite encore entre une ruche en plastique et un hôtel à insectes vaguement scandinave, Charles III, lui, tranche net : ce sera une ruche… façon palladienne
Car voici l’objet du moment — vendu la modique somme de 295 livres sterling — une ruche en bois qui a manifestement fréquenté plus de colonnes doriques que de champs de trèfle. Une façade digne d’un club privé londonien, des ouvertures calibrées pour une clientèle ailée exigeante, et ce petit supplément d’âme Highgrove qui transforme la moindre activité champêtre en manifeste esthétique.
On imagine sans peine la scène : des abeilles au pedigree irréprochable, butinant avec retenue, puis rentrant chez elles non pas dans une simple boîte, mais dans une demeure qui évoque davantage un pavillon néoclassique qu’un outil d’apiculture. Ici, pas question de produire du miel sans une certaine tenue.
Car il faut bien le reconnaître : le souverain n’est pas seulement amateur d’abeilles, il est leur directeur artistique. Depuis des années, son domaine de Highgrove cultive une vision quasi militante d’un retour à la nature… mais une nature qui aurait lu « The World of Interiors ». Résultat : même les insectes y vivent dans un décor pensé, presque scénographié.
Derrière l’objet, évidemment, un discours très sérieux — biodiversité, pollinisation, respect des écosystèmes. Mais entre nous, difficile de ne pas sourire devant cette ruche qui semble prête à accueillir un conseil d’administration plutôt qu’un essaim.
Et c’est là tout le charme de l’entreprise : réussir à faire d’un geste écologique un objet de désir, presque un accessoire de jardin aristocratique. À ce prix-là, on n’achète pas seulement une ruche. On acquiert un fragment de lifestyle royal, une touche de campagne version Buckingham — avec option nectar premium. (Merci à Bertrand Meyer)
En somme, oui : Charles III est sans doute le roi apiculteur par excellence. Mais un apiculteur qui, fidèle à lui-même, ne se contente pas de produire du miel. Il signe aussi, au passage, une certaine idée du bon goût… jusque dans les alvéoles.
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