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Voici le compte rendu de la conférence de presse du professeur Jean-Jacques Cassiman à propos de la tête momifiée attribuée jusqu’alors à Henri IV. (Un grand merci au lecteur de Noblesse et Royautés qui m’a adressé ce sujet)

Qui n’eût aimé que la tête ,dite de Bourdais, fût celle de Henri IV ? Certains le voulurent si fort qu’ils finirent par prendre leur désir pour la réalité. La réalité est que cette tête venue d’un bric-à-brac improbable n’a pas résisté à une analyse sérieuse.

Après les doutes émis par l’historien, Philippe Delorme, qui n’avait dans cette affaire que le soin de chercher la vérité, ce fut au professeur Jean-Jacques Cassiman du Centre de Recherches Génétiques de l’Université Catholique de Louvain, avec son équipe, Maarten Larmuseau, Nancy Vanderheyden et Anja Gilissen, auquel s’est joint Patrick Germain, pour la partie généalogique, d’aller plus loin dans les recherches scientifiques pour déterminer si, oui ou non, il s’agissait de la tête de Henri IV.

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Le 9 octobre 2013, au Musée d’Art et d’Histoire à Saint-Denis, lieu symbolique s’il en est, l’équipe des chercheurs nommés ci-dessus a présenté les résultats de ses analyses, en présence, entre autres, du prince Sixte-Henri de Bourbon-Parme (ici en compagnie de Philippe Delorme), du Pr Joel Cornette, professeur à Paris VIII, du Pr Yves de Kisch, Inspecteur Général de l’Archéologie, du Pr Gérard Lucotte, du Centre de Neurologie Moléculaire, du Pasteur Alain Joly, de l’Eglise Luthérienne de Paris, de M. Jacques de Larozière, de M. Philippe Montillet, tous deux de l’Institut de la Maison de Bourbon, et de M. Yves Briend, Editeur de la France Catholique.

L’équipe du Pr Cassiman s’est attaché à étudier différents ADN pour vérifier si ceux-ci correspondaient ou non à celui de la tête.

Il est important de savoir que seuls les hommes ont un chromosome Y. Les hommes transmettent leur chromosome Y à leurs fils mais pas à leurs filles. Et Les femmes transmettent leur ADN mitochondrial à tous leurs enfants, mais seules les filles le transmettent à leur tour à leur progéniture.

La tête en question présentée officiellement par certains comme celle de Henri IV doit donc posséder, pour être authentifiée, l’ADN mitochondrial de la reine de Navarre, Jeanne d’Albret, et le chromosome Y du duc de Vendôme, Antoine de Bourbon, parents de l’un des plus célèbres des rois de France, le premier de la Maison de Bourbon, héritier en primogéniture mâle de Saint-Louis et au-delà de Hugues Capet.

La collaboration de Philippe Delorme et de Patrick Germain a permis d’établir quelle était cette parenté féminine.

La reine Jeanne d’Albret n’ayant pas de descendance matrilinéaire, c’est-à-dire, une fille de fille de fille etc., il fallait chercher qui dans son ascendance matrilinéaire avait une descendance matrilinéaire, c’est-à-dire laquelle de ses arrière-grand-mères ou arrière-grand-tantes avaient eu une descendance féminine.

Ils remontèrent à la princesse Anne de Habsbourg (1280-1327), petite-fille de l’Empereur Rodolphe Ier. De son mariage avec Hermann de Ballenstedt d’Ascanie (1281-1308 margrave de Brandebourg-Salzwedel, seigneur de Cobourg, elle eut deux filles. La première, Mathilde de Ballenstedt d’Ascanie (1296-1328), princesse de Brandebourg-Salzwedel épouse de Henri II Piast (1289-1342) Prince de Silésie-Glogau, duc de Sagan, était l’ancêtre directe de Jeanne d’Albret à la 9ème génération. La deuxième Judith de Brandebourg ou de Cobourg (1301-1353),margravine de Brandebourg-Salzwedel, épouse de Henri VIII comte de Henneberg-Schleusingen (1303-1347), a dans sa descendance directe, à la 19ème génération, Marie-Caroline de Habsbourg-Lorraine (1752-1814), épouse de Ferdinand IV de Bourbon de Naples et à la 26ème génération, toujours dans la descendance matrilinéaire, Anne de Bourbon-Parme, née en 1923, épouse du roi Michel de Roumanie.

L’ADN mitochondrial de la reine Anne de Roumanie avait été analysé et avait permis d’authentifier le coeur de Louis XVII, lors des travaux effectués par le professeur Cassiman en 2000, à la demande de Philippe Delorme.

Sa comparaison avec l’ADN mitochondrial de la tête fut concluante. Il n’y avait aucune correspondance. Il ne pouvait donc s’agir de la tête de Henri IV car Jeanne d’Albret n’était pas la mère du porteur de la tête. Cependant cette tête pouvait être celle d’un prince de la Maison de Bourbon.

Le Pr Cassiman et Philippe Delorme se sont alors attachés à la comparaison de l’ADN de la tête, du sang dit de Louis XVI, contenu en une gourde appartenant à une famille italienne et de celui de princes vivants de la Maison de Bourbon.

Jusqu’à présent, il n’avait pas paru utile au Pr Charlier, tant il était sûr que le sang était bien celui de Louis XVI et que la tête était bien celle de Henri IV, de faire appel à un des mâles de la Maison de Bourbon, qui dans toutes ses branches, Espagne, Parme, Luxembourg, Deux-Siciles, Orléans et Orléans-Bragance, en compte actuellement une petite centaine. Pour lui la concordance de groupe entre les deux sangs suffisait à établir leur parenté.

Les princes Sixte-Henri de Bourbon-Parme, Axel de Bourbon-Parme et Jean d’Orléans-Bragance se sont prêtés volontiers à l’analyse de leurs AND afin d’établir enfin la vérité sur cette tête.

Sans entrer dans le détail scientifique de ces analyses, il en sort, quatre conclusions fondamentales.

La première est que la tête de Bourdais n’est non seulement pas celle de Henri IV mais elle n’est pas non plus celle d’un prince de la Maison de Bourbon. Il n’existe aucune correspondance précise entre son ADN et ceux des princes, qui correspondent entre eux.

La deuxième est que le sang de la gourde n’est pas celui de Louis XVI.

La troisième est que Louis XIV et Philippe d’Orléans étaient bien frères, nés du même père. Et il y a tout lieu de penser que Louis XIII était bien leur père et Henri IV, leur grand-père.

La quatrième est que le cocher Lefranc n’était pas le père de Philippe Egalité et que Lorenzo Chiappini n’était pas le père de Louis-Philippe. En effet, Philippe Egalité était bien le fils du duc d’Orléans et le père du roi des Français.

L’analyse des sangs des trois princes actuellement vivant permet de conclure à leur parenté, les deux premiers Sixte-Henri et Axel de Bourbon-Parme, comme descendants de Louis XIV et Jean d’Orléans-Bragance comme descendant du frère du roi, Monsieur. Ainsi disparaissent trois légendes de fausse paternité.

Philippe Delorme, dans son ouvrage “La mauvaise tête de Henri IV. Contre-enquête sur une prétendue découverte” (F. Aimard Éditeur/Y. Briend Éditeur, 2013.) a démontré avec une minutie toute policière l’impossibilité pour la tête de Bourdais d’être celle de Henri IV. Les analyses génétiques du Pr Cassiman le confirment de façon définitive.

Une question se pose aujourd’hui : que faire de la tête qui connut son heure de gloire ? Où enterrer cette relique anonyme et encombrante ? Une idée serait de la déposer au Musée des Contrefaçons.