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La reine Anne de Roumanie sera inhumée ce 13 août à Curtea de Arges où se trouve la nécropole royale. Depuis 2009, une nouvelle nécropole est en construction afin de permettre à l’avenir l’inhumation des membres de la famille royale. Grâce à l’aimable entremise de Gabriel Badea-Päun, Noblesse et Royautés a pu dialoguer avec Augustion Ioan, Professeur à l’Institut d’architecture de Bucarest, réputé théoricien de l’espace religieux et auteur du projet de cette nouvelle nécropole.

Mais voici tout d’abord, une remise en contexte de Curtea de Arges. L’église de Curtea de Arges avait été bâtie par le prince Neagoe Bassaraba (1512-1521) au début du seizième siècle, pour remplacer l’ancienne église métropolitaine de Valachie. Mais les guerres, les invasions turques, les incendies et l’incurie des moines étrangers avaient fait tomber au fil des siècles l’église en ruine.

En 1867 le prince Carol I, désireux de commencer son règne par une œuvre qui laisserait des traces, demanda la formation d’une commission qui inventorierait tous les monuments du pays dignes d’être restaurés. On envoya sur le terrain une équipe de photographes conduite par Charles Popp de Szathmary, d’après le modèle de l’expédition héliographique française de 1851. L’église épiscopale de Curtea de Arges, ainsi révélée, fut considérée comme le meilleur exemplaire de l’art médiéval roumain, en raison de sa beauté et de son prestige historique.

Elle avait été la nécropole de la famille régnante jusqu’au dix-septième siècle. Conçue sur un plan proche du modèle athonite, inédit pour l’architecture roumaine de l’époque, richement décorée de  sculptures d’inspiration caucasienne et arabe, qui couvrent presque entièrement les façades et les quatre tours, cette église ne fut jamais copiée dans l’art valaque. Le prince demanda l’aide de la plus grande sommité de l’époque, Eugène Viollet-le-Duc, qui lui envoya pour la restauration un de ses élèves, Charles-André Lecomte du Nouÿ.

Son œuvre, bien que décriée à l’époque comme de nos jours, à cause de la violence de son intervention, permit néanmoins de sauver le monument qui fut consacré en grande pompe le 12/24 octobre 1886. Elle servit de nécropole princière pour les princes du XVIe siècle et pour les deux premiers souverains roumains : la Roi Carol Ier, la Reine Élisabeth, leur fille, la Princesse Marie, le Roi Ferdinand et la Reine Marie. Transformée en musée pendant le régime communiste, elle fut rendu au culte après le changement du régime. Le retour de la Famille royale et sa nouvelle position en Roumanie ont posé la question de l’édification d’une nouvelle nécropole royale, l’actuel édifice étant trop étroit pour contenir d’autres sépultures. 

Noblesse et Royautés : Quand est née l’idée de cette nouvelle nécropole royale et à qui en revient l’initiative ?

Augustion Ioan : L’idée est née dix ans plutôt, après l’arrivée au pays de la dépouille du roi Carol II. La famille royale a bien compris qu’il n’y avait assez pas de places dans l’ancienne cathédrale de Curtea de Arges pour permettre à l’avenir l’inhumation de ses membres. J’ai commencé à travailler sur le projet en 2008-2009 et le 10 mai 2009, un partenariat a été signé entre l’Archevêché Argeş et Muscel et la famille royale de Roumanie.

Noblesse et Royautés : Pourriez-vous décrire le projet ?

Augustion Ioan : La construction de cette nouvelle nécropole royale a débuté avec la consécration du lieu en 2009 en présence de LLAARR la Princesse Margareta et le Prince Radu. La cérémonie religieuse a été menée par l’archevêque d’Arges et de Muscel. A cette occasion, un protocole de coopération a été signé entre la Famille Royale et l’Archevêché. Conformément au protocole, la Famille Royale prendra en charge la décoration de la nécropole où se trouvent les 16 places de tombeaux tandis que l’Archevêché s’occupera de la construction des bâtiments et de leurs décoration.

Noblesse et Royautés : Quelles ont été vos sources d’inspiration architecturale ?

Augustion Ioan : Le projet a deux références, la première est placée dans son voisinage, l’église Sfantul Nicolae, première église princière de Valachie, magnifique exemple d’église byzantine sur un plan en croix grecque. La seconde référence est le palais de l’Archevêché réalisé d’après les projets de l’architecte André Lecomte de Nouÿ. La nécropole semi-circulaire précède l’église renvoyant vers l’autel devant lequel vivants et morts communient et participent à la liturgie. Chaque paire de tombeaux surmonté d’une voûte décorée de mosaïque en or est veillée d’une lampadas d’après l’ancienne coutume du pays.

Noblesse et Royautés : Quand est-ce que la nouvelle nécropole royale sera-t-elle terminée ?

Augustion Ioan : La nécropole sera consacrée en même temps que la cathédrale, cette année, l’année, l’anniversaire de 150 ans depuis l’arrivé en Roumanie du prince Carol et 135 ans depuis la naissance du royaume.

Noblesse et Royautés : Qui finance les travaux ?

Augustion Ioan : Le projet d’architecture a été financé par la Famille Royale et la construction des deux bâtiments par l’Archevêché. La décoration de l’intérieur en mosaïque byzantin sera cofinancée.

Noblesse et Royautés : Avez-vous eu l’occasion de vous entretenir avec des membres de la famille royale depuis le décès de la reine Anne ?

Augustion Ioan : Non. Mais, j’ai beaucoup discuté avec Son Altesse Royale le Prince Radu depuis le début du projet. Une visite de Son Altesse Royale la Princesse Margareta était prévue pour cet été mais le décès de Sa Majesté la Reine Anne a tout changé.