En 1884, le Grand-Duc Serge, oncle du futur Nicolas II, épouse la Princesse Elisabeth de Hesse-Darmstadt. La fiancée arrive à Saint-Pétersbourg, accompagnée de sa famille. Celle-ci a été décimée par la maladie : 2 des 6 frères et sœurs de la future mariée sont morts en bas âge, l’un d’hémophilie, et l’autre de la diphtérie, qui a également emportée leur mère, âgée de 35 ans. Le père de la mariée, Louis IV de Hesse, élèvera seul ses 5 enfants survivants. Le mariage du Grand-Duc Serge (1857-1905) avec Elisabeth de Hesse-Darmstadt (ci-dessus), est célébré le 15 juin 1884 dans la chapelle du Palais d’Hiver.

Parmi eux, la petite Alix, surnommée « Sunny » pour sa joie de vivre. Hélas, avec le décès de sa mère quand elle n’avait que 6 ans, le « rayon de soleil » a perdu sa gaieté, pour devenir une enfant triste et grave.

Et pourtant, en ce jour de 1884, le destin va la mettre en présence de celui qu’elle aimera passionnément toute sa vie : le Tsarévitch Nicolas de Russie. Le jeune prince répond à ses sentiments. Dans son journal, il écrit à la date du 31 mai 1884 : « la douce petite Alix et moi avons gravé nos noms sur la vitre de la petite maison italienne (nous nous aimons l’un l’autre) ». Pour l’heure, il ne saurait être question de mariage : Alix n’est âgée que de 12 ans, elle est de confession protestante, et les parents du Tsarévitch ne souhaitent pas qu’il épouse une princesse de Hesse : le mariage n’offre aucun intérêt politiquement parlant, et la famille de Hesse n’a apporté que des malheurs à la Russie : les 2 tsars qui ont choisi leur épouse dans cette famille, Paul Ier et Alexandre II, ont été assassinés.

Cependant, le mariage de Serge et d’Elisabeth ayant resserré les liens des deux familles, le jeune couple ne pouvait qu’être amené à se revoir. En 1889, Alix revient en Russie, pour rendre visite à sa sœur. Nicolas organise pour elle un bal au palais Alexandre à Tsarkoîe Selo. Le Tsarévitch nota dans son journal « je rêve d’épouser un jour Alix H. Je suis amoureux d’elle depuis longtemps, mais mon amour est devenu plus fort et plus profond depuis qu’elle a passé trois semaines à Saint-Pétersbourg. J’ai lutté pendant longtemps contre mes sentiments, mais j’espère qu’un jour mon rêve se réalisera ».

La Reine Victoria avec ses petites-filles, les Princesses Victoria, Elisabeth et Alix de Hesse. Leur maman, la Princesse Alice, vient juste de mourir. Alice était la seconde fille de Victoria.

 

Alix de Hesse, vers 1890

Portrait du futur Nicolas II (1894)

 

La princesse Alix de Hesse se préparant pour le bal donné en son honneur par Nicolas au Palais Alexandre

De nombreux obstacles vont se dresser sur le chemin des amoureux : la Reine Victoria, grand-mère d’Alix, essaye de la marier avec un autre de ses petits-fils, le Duc de Clarence. Alix refuse, expliquant à sa grand-mère qu’elle ne l’aime pas. La Reine, loin de se fâcher, éprouvera pour sa petite-fille une certaine admiration d’oser lui résister, ce que peu de gens, y compris son propre fils le Prince de Galles, avaient le courage de faire !

Côté russe, les choses ne vont pas mieux. Les parents de Nicolas, le Tsar Alexandre III et son épouse née princesse Dagmar de Danemark, se lancent dans une campagne de recherche d‘une épouse pour leur fils. Et la princesse Alix ne figure pas du tout sur leur liste de fiancées potentielles. En tête, la Princesse Hélène d’Orléans, fille du comte de Paris. Mais Nicolas ne voulut rien entendre, car Hélène ne lui plaisait nullement. Le cœur de Nicolas est déjà pris, par Alix bien entendu, mais également par la danseuse étoile Mathilde Ksessinskaya. Il est impensable qu’il l’épouse, mais le Tsar tolère cette liaison, en espérant que Mathilde lui fera oublier Alix. Peine perdue : le Tsarévitch, toujours plus amoureux d’Alix, échange avec elle une correspondance secrète, grâce à la complicité de sa tante par alliance Elisabeth, qui sert en quelque sorte de boîte aux lettres clandestine !

Aix de Hesse, vers 1892

Autre obstacle à leur bonheur, Alix, profondément croyante, hésite à se convertir à l’orthodoxie. C’est une condition sine qua non pour épouser le futur tsarévitch.

Début 1894, la situation se précipite. Alexandre III tombe gravement malade et sur la demande de son fils, il accorde à Nicolas de demander la main de la jeune Alix. Mais la princesse allemande s’oppose toujours à se convertir à l’orthodoxie. Nicolas espère bien forcer le destin lors des quelques jours qu’il va passer en Allemagne à l’occasion du mariage du frère d’Alix, Ernst Ludwig avec la Princesse Victoria Melita de Saxe-Coburg et Gotha, fixé au 19 avril 1894.

 

Les jeunes mariés, Victoria Melita et Ernst Ludwig, en compagnie du futur couple impérial de Russie

 “Seigneur, quelle journée!” écrit Nicolas, “Après le café, vers 10 heures, nous sommes allés chez tante Ella (Elisabeth Fedorovna) dans l’appartement d’Ernie (grand-duc Ernest-Louis de Hesse Darmstadt) et d’Alix. Elle (Alix) a remarquablement embelli, mais elle avait l’air triste. On nous laissa seuls et c’est alors que commença entre nous cet entretien que depuis longtemps je souhaitais et redoutais à la fois. Nous avons parlé jusqu’à midi, mais sans succès. Elle s’oppose toujours au changement de religion. La pauvre, elle a beaucoup pleuré. Elle était plus calme quand nous nous somme séparés.” Le lendemain, le 18 avril, nouvelle note attendrie dans le journal de Nicolas: “Alix est venue et nous avons encore eu un entretien. Mais j’ai moins touché à la question d’hier. C’est déjà bien beau qu’elle ait consenti à me voir et à me parler.” Mais l’amour profond qu’ils se portent sera plus fort que tout. Deux jours plus tard, le 20 avril, cri de victoire: “Jour merveilleux, inoubliable dans ma vie! C’est le jour de mes fiançailles avec ma chère, mon incomparable Alix… Nous nous sommes expliqués tous les deux (…). Quel fardeau m’a quitté ! J’ose à peine croire que j’ai une fiancée.”

Deux des portraits officiels des fiançailles du Tsarévitch avec Alix de Hesse

Alexandre III et Maria Feodorovna décident d’oublier leur prévention contre Alix. La Tsarine demande à sa future belle-fille de l’appeler chère Maman, et non « petite tante » comme il était d’usage à la Cour de Russie.

Fou amoureux, le tsarévitch couvrit sa fiancée de cadeaux. La bague de fiançailles a disparu aujourd’hui, mais grâce à une description de la baronne Buxhoeveden, nous savons qu’il s’agissait d’une perle rose. Alix reçut également un bracelet orné d’une énorme émeraude, et un collier de perles roses de 5 rangs.

Alexandre III quant à lui offrit à la princesse une broche en diamants et saphir. Quand la Reine Victoria vit tous ces joyaux, elle en fut stupéfaite et adjura sa petite-fille de ne pas se montrer trop fière.

 

Cadeau d’Alexandre III à sa future belle-fille : un saphir de 75 cts, entouré de 10 carats de diamants. La broche fut vendue en 1927 à Londres.

 

 

Offerte par son futur époux, cette broche signée devient la favorite de la Tsarine Alexandra. Il est probable qu’elle l’ait emportée jusqu’à Ekaterinbourg. Selon certains historiens, le bijou fut retrouvé à moitié calciné après l’exécution de la famille impériale.

 Alix reçut également une broche en or, ornée en son centre d ‘une aigue-marine de Sibérie entourée d’entrelacs en diamants, signée par Fabergé.

Lettre d’Alix à Nicolas, écrite au château de Windsor en date du 14 mai 1894. Elle commence par « mon précieux chéri, 1000 mercis pour ta très chère lettre, que j’ai reçue ce matin ».

 A l’été 1894, Nicolas fit dévier le yacht impérial « l’étoile polaire » vers l’Angleterre, pour y retrouver sa chère Alix. Le bateau jeta l’ancre le 20 juin et les fiancés purent se retrouver chez les Princes de Battenberg, où ils passèrent 4 jours idylliques. Mais à partir du 24 juin, les amoureux furent les hôtes de la Reine Victoria, grand-mère d’Alix. La Reine, stricte sur le chapitre du chaperonage, fit en sorte que les fiancés ne soient jamais seuls. Une véritable épreuve pour Nicolas et Alexandra !

Menu du diner donné par Victoria en l’honneur de sa petite-fille et du futur Nicolas II

Photo prise lors du séjour de Nicolas à Londres en 1894

D’autant plus qu’il faut se séparer à nouveau, puisque le Tsarévitch doit rentrer en Russie. Ils s’écrivent beaucoup en cet été 1894.

Extrait d’une lettre au tsarévitch : « J’ai rêvé que j’étais aimée. Je me suis réveillée et j’ai découvert que c’était vrai. J’en remercie Dieu. Le vrai amour, c’est le don envoyé par notre Dieu quotidiennement, il est de plus en plus fort, profond, étendu. Mon amour est en captivité, je lui ai donné des ailes. Il ne s’envolera plus, ne disparaitra plus. Dans nos cœurs unis chantera toujours l’amour. Je suis à toi et tu es mien. Tu es enfermé dans mon cœur, la clé est perdue, et tu es voué à y rester à jamais ».

Leur mariage est fixé à juin 1895. Mais comme bien souvent dans leur vie, rien ne va se dérouler comme prévu…… (à suivre… Merci à la Baronne Sophie Manno pou cet article)