Dans ses mémoires “Avec ou sans couronne” parues chez Stock, le prince Michel de Grèce décrit avec finesse et en ayant bien pesé ses mots l’influence qu’a eue la princesse de Galles sur la monarchie britannique. “La princesse Diana laisse un étrange sillage. Toutes les royautés la détestent à l’unisson pour le mal qu’ils l’accusent d’avoir fait à la famille royale d’Angleterre, et l’opinion publique s’est mise -un temps- à détester la famille royale anglaise à cause d’elle.

La princesse Diana a débarrassé la reine et les siens de leurs diamants et de la dorure, elle les a fait tomber de leur piédestal et les a révélés tels qu’ils ont, des êtres humains avec leurs qualités mais aussi leurs défauts. Il n’y avait rien de démoniaque en elle et pourtant à elle seule, elle a ébranlé un système millénaire qui semblait solidifié dans du béton. a croire qu’elle était habitée par une puissante force, qui était comme descendue en elle et qu’elle ne contrôlait pas entièrement.

Le temps a passé. Les fils de Diana ont grandi et se sont mariés. Je dois avouer que je les admire pour avoir réussi à rester normaux dans cet ouragan d’épreuves. Il est évident qu’ils ont bien compris l’héritage de leur mère. Il y a en effet en eux un élément qui les dissocie du reste de la famille royale, quelque chose d’assez indéfinissable mais qui les rend très humains, abordables, à l’écoute des gens ou tout au moins ils donnent cette impression indispensable pour la monarchie actuelle. Je les admire tout autant de cultiver au grand jour le souvenir de leur mère car, dans cette entreprise, ils sont seuls face à toute la famille de leur père.

De son côté, la reine, leur grand-mère, a réussi une remontée spectaculaire de la monarchie. Alors qu’à la mort de Diana, la monarchie, la famille royale, la reine étaient à terre, lentement sans y paraître, au cours des années, Elizabeth II a rendu son lustre, sa popularité à la monarchie, c’est-à-dire à elle-même. Comment a-t-elle achevé ce miracle, impossible de le dire car elle l’a fait si subtilement qu’il est difficile d’en cerner les étapes et les éléments. Mais le fait est là : aujourd’hui, cette reine est infiniment populaire.”

“Avec ou sans couronne”, Michel de Grèce, Stock, 2019, pp.328-329.