
Dans ses mémoires « Avec ou sans couronne » parues chez Stock, le prince Michel de Grèce décrit avec finesse et en ayant bien pesé ses mots l’influence qu’a eue la princesse de Galles sur la monarchie britannique. « La princesse Diana laisse un étrange sillage. Toutes les royautés la détestent à l’unisson pour le mal qu’ils l’accusent d’avoir fait à la famille royale d’Angleterre, et l’opinion publique s’est mise -un temps- à détester la famille royale anglaise à cause d’elle.
La princesse Diana a débarrassé la reine et les siens de leurs diamants et de la dorure, elle les a fait tomber de leur piédestal et les a révélés tels qu’ils ont, des êtres humains avec leurs qualités mais aussi leurs défauts. Il n’y avait rien de démoniaque en elle et pourtant à elle seule, elle a ébranlé un système millénaire qui semblait solidifié dans du béton. a croire qu’elle était habitée par une puissante force, qui était comme descendue en elle et qu’elle ne contrôlait pas entièrement.
Le temps a passé. Les fils de Diana ont grandi et se sont mariés. Je dois avouer que je les admire pour avoir réussi à rester normaux dans cet ouragan d’épreuves. Il est évident qu’ils ont bien compris l’héritage de leur mère. Il y a en effet en eux un élément qui les dissocie du reste de la famille royale, quelque chose d’assez indéfinissable mais qui les rend très humains, abordables, à l’écoute des gens ou tout au moins ils donnent cette impression indispensable pour la monarchie actuelle. Je les admire tout autant de cultiver au grand jour le souvenir de leur mère car, dans cette entreprise, ils sont seuls face à toute la famille de leur père.
De son côté, la reine, leur grand-mère, a réussi une remontée spectaculaire de la monarchie. Alors qu’à la mort de Diana, la monarchie, la famille royale, la reine étaient à terre, lentement sans y paraître, au cours des années, Elizabeth II a rendu son lustre, sa popularité à la monarchie, c’est-à-dire à elle-même. Comment a-t-elle achevé ce miracle, impossible de le dire car elle l’a fait si subtilement qu’il est difficile d’en cerner les étapes et les éléments. Mais le fait est là : aujourd’hui, cette reine est infiniment populaire. »
« Avec ou sans couronne », Michel de Grèce, Stock, 2019, pp.328-329.
20 mars 2019 @ 08:38
C’est très intéressant.
20 mars 2019 @ 08:44
J ai toujours apprécié le prince Michel de Grèce pour son franc parler et son anti conformisme . Merci de nous faire partager son analyse sur Diana qui est fort pertinente.
20 mars 2019 @ 09:00
Ces lignes sont d’une très grande finesse d’analyse. Tout y est dit avec beaucoup de sensibilité et d’intelligence. On est vraiment très loin des tabloïds aussi bien pour son approche des princes que dans son admiration pour la subtilité de la reine. Cela donne envie de lire le livre.
20 mars 2019 @ 09:01
je pense que Charles voulait une mère pour ses enfants et assurer la continuité ; mais, Diana (marquée par le divorce de ses parents) voulait un mari, un père (et, elle avait bien raison) ; et, non, un homme qui après avoir réalisé « son devoir conjugal et dynastique » aille voir ailleurs … ou, alors, il aurait fallu de la discrétion de la part de Charles …
20 mars 2019 @ 09:05
Je crois que Diana a donné un sacré coup de pied dans ce système britannique.
Cette femme avait une extraordinaire, véritable empathie que porte Harry aujourd’hui.
Peu importe ce qu’on lui reproche, elle n’est plus là pour se défendre, je pense toujours à elle avec une infinie tendresse.
20 mars 2019 @ 09:18
Très belle et juste analyse!! Nous applaudissons!
20 mars 2019 @ 09:21
Ses mémoires méritent bien d’être lues.. !!!
20 mars 2019 @ 09:23
Michel de Grèce étant un cousin germain du duc d’Edimbourg, il parle en observateur concerné. Ce qu’il décrit de l’attitude de Diana et de la tempête qu’elle a déclenchée me semble assez juste. De même que l’attitude de ses fils, qui ont fini par trouver leur place dans cet espace intermédiaire entre loyauté envers la monarchie et la famille royale et fidélité au souvenir de leur mère. Ils n’ont pas choisi un camp plus que l’autre, ils ont concilié les deux et en effet, ce n’était pas facile à faire. Mais je pense qu’à un moment donné, le prince Charles et la reine ont eu la sagesse de comprendre qu’il ne fallait pas empêcher les deux garçons d’aller sur cette voie, que c’était là, et pas ailleurs, qu’ils trouveraient leur équilibre.
20 mars 2019 @ 09:27
Le livre de Michel de Grèce m’a intéressée . Vous soulignez la finesse de ses propos , c’est l’une de ses qualités d’écrivain.
Nous avons là une description éclairée d’événements que certains d’entre nous ont connus, imparfaitement, par la presse et c’est passionnant .
20 mars 2019 @ 09:32
J’ai toujours admiré lady Di et on sent que ses 2 fils sont imprégnés de la personnalité de leur mère.
Ils se montrent spontanés et aussi humains qu’elle l’était.
20 mars 2019 @ 09:33
Je comprends l’analyse de Michel de Grèce mais il peut y en avoir une autre.
Ce n’est pas simplement Diana qui a changé quelque chose dans l’institution monarchique britannique, c’est pour moi la mort de Diana qui a changé le regard que les britanniques ont sur la monarchie.
Et je pense que la reine l’a compris et s’est adaptée à ce nouveau regard. Elle a aussi compris avec l’immense émotion populaire consécutive au décès de Diana qu’elle ne régnait que parce que l’opinion publique y consent. Une opinion publique qui n’était plus composée de sujets mais de citoyens.
Oui les diamants étaient tombés et furent remplacés par l’humour dont le point culminant fut l’ouverture des JO de Londres.
20 mars 2019 @ 09:34
Par vengeance amoureuse, Diana s’est servi des médias pour laver son linge sale en public. Pendant cette période, elle eut (pour moi) un esprit étriqué sans grande élégance qui ébranla l’image de cette famille royale au grand effroi des autres. Mais j’avais tort. Car elle avait certainement une empathie réelle pour les opprimés, cette misère qui s’étalait de l’autre côté de sa caste dorée, qualité rare dans cette catégorie.
Et même si pullulent actuellement les images de royaux en visites caritatives, histoire de maintenir calme la foule de gueux (dont moi, gueuse) toujours dangereuse, je la verrais toujours serrer avec une affection chaleureuse la main de ce malade du Sida en phase terminale. Respect.
20 mars 2019 @ 09:42
Je suis persuadée que s’il n’y avait pas eu Diana, la royauté britannique, comme beaucoup d’autres, continuerait à se prendre pour Dieu. Avec Diana, Elizabeth II a compris qu’il ne suffit pas d’être reine pour être populaire et qu’elle n’était pas inébranlable………………………………
« Comment a-t-elle achevé ce miracle?» grâce aux enfants de Diana sans aucun doute et surtout à Harry hyper populaire et adoré depuis tout petit par le peuple, Amour qui s’est accru pour Harry en grandissant, en devenant mature, responsable et proche du peuple. C’est en se rapprochant de son petit-fils Harry surtout que Elizabeth II a regagné l’affection du peuple britannique et autres. Ceci est indiscutable car si évident……………………………………
Oui Diana avait ce pouvoir inné. Elle n’était pas parfaite mais avait ce côté humain et fortement engagé qui séduisait tant. Diana était elle-même, pas stupidement protocolaire mais elle-même. Et c’est ça qui était admirable malgré tout la haine et les jalousies qu’elle suscitait.
20 mars 2019 @ 09:44
Il a raison pour la reine d’Angleterre, question attachement et admiration de la part de son peuple et même de l’étranger. Les deux fils montrent, en effet, de l’attachement à la mémoire de leur mère Diana. Mais faire de William une personne chaleureuse et empathique, c’est un peu exagéré. On veut accréditer cette légende, en commémoration des bons procédés de Diana. Je le vois comme un être froid qui s’applique à jouer sa partition d’héritier du trône et suit les directives de son secrétariat pour faire telle ou telle visite. S’il s’intéressait à quelque chose; les livres, l’horticulture, la peinture hollandaise, la philosophie, l’Histoire, les journaux en feraient leurs choux gras, mais c’est silence radio de ce côté. Comment son père et même sa mère n’ont-ils pas mieux veillé à son éducation pendant son enfance et son adolescence ? Pourquoi ne l’ ont-ils pas obligé à apprendre au moins une langue étrangère ? Michel de Grèce néglige ce côté et d’après sa présentation, son livre évoque un ramassis de bienpensance.
20 mars 2019 @ 09:57
Bravo à la personne qui a écrit ces deux introductions,cela donne grande envie de lire le livre du prince Michel .
20 mars 2019 @ 10:12
Très bien dit…avec courtoisie, élégance et sobriété ! J’aime beaucoup l’écrivain qu’est Michel de Grèce et la sagesse dont il a toujours fait preuve dans ses propos !
20 mars 2019 @ 10:18
Un avant et un après Diana, oui.
C’est un vrai constat qui a du sens car la monarchie s’est rapprochée du peuple.
20 mars 2019 @ 10:21
Une analyse remarquablement élaborée…
20 mars 2019 @ 10:23
le roi Farouk disait « un jour il ne restera comme monarques que les Rois d’angleterre et le roi de pic » je cite de mémoire- pérénnité de la fière Albion.
20 mars 2019 @ 10:34
On peut pas dire mieux, c’est tellement juste. Merci.
20 mars 2019 @ 11:48
Intéressant. À lire absolument. ..
20 mars 2019 @ 11:57
Oui, Lady Di a failli en finir avec cette monarchie. C’était à ça.
Lilibeth a eu chaud c’est sur. Diana la fait descendre de son piédestal à long terme ainsi que les autres familles royales du coup d’où cette haine, ce qui a fortement plu aux révolutionnaires britanniques, la jeune génération et au monde.
20 mars 2019 @ 12:13
Excellente analyse !
20 mars 2019 @ 12:14
Je suis un peu surpris de cette diatribe contre les Windsor .
Le prince Michel de Grèce pour lequel j’ai pourtant du respect et de la sympathie voudrait-il se forger sur le tard une réputation de » prince rouge » ?
Certes la famille royale d’Angleterre n’est pas indemne d’une certaine forme d’hypocrisie (surtout quant elle cherche à plaire à l’opinion publique ) mais je trouve ces phrases très amères .
Il y a parfois chez le prince Michel , par le biais de son blog , la manifestation d’une forme de cynisme .
Cependant je crois que le livre devrait être très intéressant et sans doute le lirai-je avec plaisir .