La princesse Auguste-Viktoria, Friederike, Luise, Feodore, Jenny de Schleswig-Holstein-Sonderburg-Augustenburg voit le jour le 22 octobre 1858 au château de Dolzig en Lusace. Elle est le deuxième enfant du duc Friedrich de Schlewsig-Holstein et de la princesse Adelheid de Hohenlohe-Langenburg. Une semaine après sa naissance, ses parents perdent leur fils aîne Friedrich âgé d’un peu plus d’un an. Auguste Viktoria a 4 frères et soeurs : Viktoria dite Mathilde (1860-1932) naît le 25 janvier 1860, elle épousera le duc Friedrich Ferdinand de Schleswig-Holstein-Glücksburg; Friedriech (1862-1862), Ernst Günther (1863-1921) qui épousera la princesse Dorothea dite Dora de Saxe-Cobourg-Gotha, fille du prince Philippe de Saxe-Cobourg-Gotha et de la princesse Louise de Belgique, petite-fille du roi Léopold II; Feodora dite Luise Sophie (1866-1952) qui épousera le prince Friedrich Leopold de Prusse et Feodore (1874-1910).

Il semble que la princesse affectueusement surnommée Donna ait connu une enfance et une éducation assez austère, peu en contact avec d’autres Cours princières. Elle grandit au château de Primkenau, autre propriété famliliale. La famille séjourna aussi souvent à Gotha. Après sa confirmation en 1875, la princesse voyagea dans le sud de la France et en Angleterre auprès de sa grand-tante la reine Victoria.

Son père le duc Friedrich décède à Wiesbaden en 1880. La princesse Auguste-Viktoria est fiancée au prince Ernst de Saxe-Meiningen, fils du duc Georg II de Saxe-Meiningen et de la princesse Feodore de Hohenlohe-Langenburg mais le destin va en décider autrement. La princesse héritière Victoria (fille de la reine Victoria et du prince Albert), future impératrice d’Allemagne tombe sous son charme et se persuade que la princesse Auguste Viktoria est en fait l’épouse idéale pour son fils Guillaume (futur empereur Guillaume II) appelé un jour à devenir à son tour empereur d’Allemagne. 

Auguste Viktoria est la petite-nièce de la reine Victoria (on a tendance à oublier que celle-ci avait un frère le prince de Leiningen et une soeur la princesse de Hohenlohe-Langenburg). Auguste Viktoria est donc la petite-cousine de Guillaume. Ce mariage entre le premier de ses petits-enfants (Guillaume) et la petite-fille de sa soeur a enchanté la reine Victoria.

Les fiançailles avec le prince de Saxe-Meiningen sont rompues. Auguste-Viktoria qui se préparait à mener une discrète vie de famille en Saxe, prend la route de Berlin pour sceller son destin à celui de l’héritier en second de l’empire allemand. Auguste Viktoria succombe immédiatement au charme de son futur époux qui de son côté appréciera toujours son dévouement et sa grande religiosité.

Les fiançailles avec le prince Guillaume de Prusse eurent lieu en 1880 à Gotha chez le prince Alfred, duc d’Edimbourg et de Saxe-Cobourg-Gotha, leur oncle. Guillaume Ier, grand-père paternel du futur marié et dont il est très proche, a, semble-t-il, montré moins d’enthousiasme. En effet, pour l’empereur, les Holstein-Sonderburg-Augustenburg ne régnaient pas et ce mariage pouvait donc être qualifié d’inégal . De plus, l’empereur d’Allemagne reprochait à la princesse Auguste Viktoria d’avoir une arrière-grand-mère roturière et une grand-mère paternelle “seulement” comtesse. Comme membres de la Maison de Holstein, ils étaient évidemment du côté des droits du roi de Danemark lors de la Guerre des Duchés. Cette affaire avait tendu les relations jusque là très bonnes entre la Prusse, le Danemark et donc l’Autriche et ensuite avec le Royaume-Uni.

Le mariage est célèbre le 27 février 1881 à Berlin. Les relations avec sa belle-mère ne sont pas des meilleures. La fille de la reine Victoria d’Angleterre étant plus libérale et anglophile tandis qu’Augusta Viktoria tout comme sont époux sont profondément allemands et ne partagent pas ses idées politiques. L’époux d’Auguste Viktoria reprochant notamment toujours à sa mère d’avoir été assistée à sa naissance par un médecin britannique car le futur héritier en a gardé des séquelles.

La princesse donne naissance à sept enfants : Wilhelm (1882-1951) qui épousera la duchesse Cecilie de Mecklenbourg-Schwerin; Eitel (1883-1942) qui épousera la duchesse Sophie Charlotte d’Oldenburg, Adalbert (1884-1948) qui épousera la princesse Adelheid de Saxe-Meiningen, August (1887-1949) qui épousera la princesse Alexandra Victoria de Schlewsig-Holstein, Oskar (1888-1858) qui épousera la comtesse Marie von Bassewitz-Levetzow, Joachim (1890-1920) qui épousera la princesse Marie Auguste de Anhalt et Viktoria Luise (1892-1980) qui épousera le prince Ernst August de Hanovre et qui est la mère de la reine Frederika de Grèce.

L’empereur Guillaume I décède le 9 mars 1888 à l’âge de 90 ans, c’est son fils Friedrich III marié à la princesse Victoria de Grande-Bretagne (fille aînée de la reine Victoria) qui lui succède. Mais le nouvel empereur est déjà très gravement malade d’un cancer de la gorge. Il s’éteint trois mois plus tard à Potsdam à l’âge de 57 ans. C’est donc Guillaume II qui monte sur le trône impérial. Auguste Viktoria devient impératrice à ses côtés. L’empereur tient d’une certaine façon sa revanche : il a accédé au pouvoir qu’il a tant attendu. Les liens avec sa mère l’impératrice douairière Victoria ne s’améliorent pas.

Auguste Viktoria est très croyante, s’occuper de son époux et de leurs enfants était le vrai sens de sa vie. En tant que reine et impératrice, patriote jusqu’au bout des doigts, elle fut très engagée dans les domaines sociaux et religieux. Elle fit de nombreux dons à l’Association de constructions d’églises (Evangelisches Kirchenbauverein) ce qui permit de doter un nombre considérable de communautés protestantes isolées au milieu des catholiques de lieux de cultes.

La Fondation Auguste-Viktoria existait aussi à Jérusalem : un hôpital luthérien à Gethsemane sur le Mont des Oliviers (l’actuel prince Georg Friedrich de Prusse s’y est rendu il y a quelques années). Guillaume II et son épouse avaient réalisé leur rêve en faisant un voyage en Palestine en 1898.

Elle succéda à l’épouse de l’empereur Guillaume I comme Protectrices de l’Association des femmes soignant et aidant les blessés de guerre. Elle s’occupa aussi de l’hôpital des enfants fondé par la reine Elisabeth, épouse de Frédéric Guillaume IV et soutint la Mission d’évangélisation à Berlin.

L’impératrice Auguste Viktoria sera tout au long de sa vie le plus fidèle soutien et la plus grande admiratrice de son époux. L’entente au sein du couple impérial est très bonne et malgré le protocole ils ont réussi à mener une vie de famille heureuse avec leurs enfants. Ce n’est un secret pour personne que l’impératrice a une préférence marquee pour son fils le prince Joachim et que l’empereur est en adoration devant leur fille unique Viktoria Luise. L’impératrice n’interfère jamais dans les décisions politiques de son époux, elle se cantonne très clairement à son rôle d’épouse et de mère. Très pieuse, elle semble assez intolérante à l’égard des personnes professant la religion catholique, ne s’entourant que de protestants dans son entourage immédiate.

On doit au couple impérial beaucoup d’autres fondations charitables nommées “Wilhelm-Auguste-Viktoria“. Des écoles et de lycées de jeunes filles sont encore nommés d’après l’impératrice en Allemagne. Quoique beaucoup de journalistes et d’historiens aient donné une mauvaise image d’elle : dévote et ” mal éduquée”, elle était très populaire auprès de ses compatriotes puisqu’elle incarnait les valeurs féminines que la société prussienne mettait à l’honneur : une femme et une mère dévouée à Dieu, à son mari, ses enfants, sa patrie.

Les enfants du couple impérial contractent des unions prestigieuses. Le mariage de leur fille la princesse Viktoria Luise est douloureusment ressenti car Guillaume et Augusta Viktoria voit s’éloigner leur fille adorée.

Lorsque la Première Guerre Mondiale éclate, l’impératrice se montre très présente sur le terrain, visitant les blesses dans les hôpitaux. Elle s’engagea tout aussi énergiquement en faveur des Lazarets destinés à soigner les soldats du front. A la fin de la guerre qui signifie également la chute de l’empire allemand, l’empereur part se réfugier aux Pays-Bas. Dans un premier temps, l’impératrice reste à Potsdam avec sa belle-fille la princesse héritière Cecilie. Fin novembre 1918, elle parvient à rejoinder l’empereur à Doorn dans la province d’Utrecht où il est installé.

Les dernières années de la vie d’Auguste Viktoria sont marquées par de douloureux moment : la chute de l’empire, la démence qui touché son fils préféré le prince Joachim qui divorce de son épouse la princesse Marie Auguste de Anhalt puis qui se suicide à Potsdam le 18 juillet 1920. Pour l’impératrice, ce sera le clou de son cercueil. Souffrant d’une faiblesse cardiaque, elle s’éteint à Doorn le 11 avril 1921 à l’âge de 62 ans. Ses funérailles sont célébrées à Potsdam et sont une grande démonstration de tristesse et de respect de la part des Prussiens qui s’étaient massés le long du cortège. L’impératrice est inhummée à Potsdam. Son époux le dernier empereur d’Allemagne se remariera en 1922 avec la princesse Hermine de Reuss, suscitant la reprobation de leurs enfants. L’empereur est enterré à Doorn où une roseraie baptisée “Auguste-Viktoria Garten » (comme celle qui existait à Potsdam) confère au lieu un sentiment de sérénité et de paix. (Copyright photos : DR – Merci à Jul pour ses précieux conseils – Article dédié à Michèle)