Le prince Christophe de Grèce est né le 11 août 1888 à Pavlovsk en Russie dans la demeure de son grand-père maternel le grand-duc Constantin de Russie. Le prince est le huitième enfant et le cinquième fils du roi Georges Ier de Grèce, né prince Christian de Danemark et de la reine Olga, née grande-duchesse de Russie. 

La grande duchesse Maria Georgievna , née princesse Marie de Grèce et soeur du prince Christophe a écrit dans ses mémoires ” Romanov Diary ” : ” En 1888 mes parents ( le roi George I et la reine Olga de Grèce ) sont allés en Russie et nous, nous sommes restés à Tatoï avec nos professeurs et nos précepteurs. Tandis que je retournais a la maison ( palais de Tatoï ), un des nos domestiques m’a donné un télégramme pour ma soeur ( princesse Alexandra ).Quand je suis entrée dans sa chambre, je l’a trouvée en compagnie de notre frère Nicholas. Ils ont commence à courir derrière moi pour avoir le télégramme. Quand finalement ils ont réussi à l’attraper de mes mains et l’ouvrir, nous avons vu que notre père nous l’a envoyé, pour nous annoncer l’arrivée au monde de notre nouveau frère qui portait le prénom de Christophe “.

 

Le roi Georges I de Grèce, né prince Christian de Danemark et la reine Olga de Grèce, née grande-duchesse de Russie, mariés depuis 1867, avaient déjà eu 7 enfants : Constantin (1868), Georges (1869), Alexandra (1870), Nicholas (1872), Maria (1876), Olga (1880), André (1882), lorsque la reine fut enceinte du prince Christophe qui avait donc 20 ans de moins que son frère aîné.

Dans ses mémoires, le prince Michel de Grèce, fils du prince Christophe, écrit : « Ses parents, le roi George I de Grèce et la reine Olga, après avoir eu sept enfants, considéraient avoir suffisamment fait leur devoir de fondateurs de dynastie. Or, voila que la quarantaine approchant, la reine Olga se retrouva enceinte. Mon père fut le produit de cet “accident ” bienheureux. Il fut élevé avec ses propres neveux. La reine Olga, dissimulant à peine son profond attachement à sa Russie natale, décida que ce dernier-né inattendu serait son ” petit Russe”. Elle le fit naître, non pas en Grèce comme ses autres enfants, mais chez ses parents dans le merveilleux château de Pavlosk, près de Saint Petersbourg. Je possède le protocole du baptême de mon père, qui se déroula dans la chapelle de ce même château. Cet impressionnant document en russe et en français – la langue des cours – est signé par le comte Woronzov – Dashkov, ministre de la maison impériale. Salves de canon, cortèges étincelants, dignitaires couverts de broderies, dames d’ honneur portant kokochniks incrustés de diamants et longues traînes de velours bleu, pourpre, rose ou vert pâle, rien ne manquait à la pompe impériale russe. L’ empereur, cousin germain de la reine Olga, et l’ impératrice Maria Feodorovna, tante de Christophe ( le roi George I de Grèce était son frère, nés tous les deux princesse et prince de Danemark ) , le parrainèrent. On présenta le bébé sur un coussin de velours brodé à Alexandre III, qui lui imposa les insignes de l’ordre de Saint – André. »

Il passe ses premières années au Palais royal d’Athènes. Tout jeune, il apprend plusieurs langues : le grec, l’anglais, l’allemand, le russe, le danois, le français et l’italien. Il parle anglais avec sa famille. Son meilleur ami est son neveu le prince Georges de Grèce (futur roi Georges II), fils aîné de son frère Constantin qui n’a que deux ans de moins que lui. La vie à la Cour de Grèce est très simple.

Cette importante différence d’âge entre le premier et dernier enfant est coutumière au sein de la famille royale grecque. En plus de la reine Olga avec la naissance du prince Christophe, la reine Sophie mit au monde la princesse Katherine en 1913, soit 23 ans après son premier enfant et la reine Anne-Marie donna naissance au prince Philippos en 1986, soit 21 ans après la princesse Alexia

Le prince Christophe passe ses vacances dans sa famille en Russie et au Danemark. Il voyage en train, partage les jeux de ses nombreux cousins et cousines qui ont pour nom prince de Danemark, princes de Grande-Bretagne, grand-duc de Russie,…

Ainsi, jusqu’à la révolution russe, la reine Olga de Grèce partait avec le prince Christophe depuis le Pirée à bord du yacht « Amfitriti » jusqu’à Odessa où ils prenaient alors place dans le train impérial, doté de tout le luxe et le confort, jusqu’à Saint Petersbourg.

Il est particulièrement lié avec le grand duc Michel de Russie et sa sœur la grande duchesse Olga, les plus jeunes enfants du tsar Alexandre III et de l’impératrice Alexandra, née princesse Dagmar de Danemark (sœur du roi Georges I de Grèce). La reine Olga était très appréciée par la tsarine Alexandra comme le relate le prince Michel de Grèce dans ses mémoires. Elle recevait donc toujours avec énormément de plaisir le prince Christophe, si gai et plaisantin et qui était pour ainsi dire le seul enfant que les enfants impériaux côtoyaient.

Plus tard, le prince Christophe rencontra Raspoutine à la Cour impériale. Le prince Michel de Grèce l’explique dans ses mémoires : « Tous les membres de la famille impériale étaient en fait dévorés de curiosité à son égard (NDLR : Raspoutine) et rêvaient en secret de le rencontrer. Mon père eut cette chance. Seul autorisé à pénétrer dans l’ intimité des souverains, il connut l’ étrange moine. Un jour où mon père se tenait dans la vaste salle de jeux des enfants impériaux, il vit soudain la porte s’ouvrir avec fracas et Raspoutine entrer en trombe, se précipiter sur l’ héritier hémophile Alexis, le prendre dans ses bras et l’ écarter violemment du lieu ou il jouait sur le tapis. A ce moment même, un énorme lustre en bronze et en cristal se fracassa sur le sol a l’ endroit même où un instant auparavant , se trouvait l’héritier. Raspoutine lui avait sauvé la vie. »

C’est un précepteur suisse, Monsieur Robert Stuker qui s’occupe de ses études. Il se lève à 6h, prend une douche froide, puis son petit déjeuner. Les leçons commencent à 7 h jusqu’à 9h30, heure à laquelle il retrouve sa famille, puis reprend les cours de 10h à 12h. Après le déjeuner en famille, les cours reprennent de 14h à 16h. Il se couche vers 20h puis à 22 h à partir de l’âge de 14 ans. C’est à cet âge-là qu’il commence à fréquenter l’école militaire pour des manœuvres. Des professeurs de l’Université d’Athènes lui enseignent le grec ancien et moderne, l’histoire, la géographie, la littérature et les mathématiques. Il se rendait au laboratoire de l’université pour y suivre des cours de chimie. A sa majorité, il est incorporé au 1er régiment d’infanterie où il termine lieutenant. Mais sa véritable passion est le piano.

C’est à l’âge de 21 ans qu’il fait son premier voyage en Angleterre. Il est l’hôte de son oncle et de sa tante le roi Edouard VII et la reine Alexandra (sœur de son père). C’est là qu’il connaît son premier roman d’amour en la personne d’Alexandra Duff, née en 1891, fille du duc de Fife et de la princesse Louise de Grande-Bretagne et petite-fille de la reine Victoria. Les parents de la jeune femme ne voient pas cette idylle d’un bon œil et les choses en restent donc là. Alexandra épousera Arthur de Connaught. Des années plus tard, le prince Christophe et Alexandra de Connaught se reverront au mariage de la princesse Marina de Grèce avec George de Kent et évoquent avec humour leur histoire passée. On prête aussi au prince Christophe d’avoir eu des sentiments pour sa cousine la grande-duchesse Olga de Russie, fille du tsar Alexandre III mais le frère de la grande-duchesse le futur tsar Nicolas II s’y opposa.

C’est en Angleterre aussi qu’il noue une des plus profondes amitiés de son existence avec le roi Manuel de Portugal qu’il rencontre dans la station thermale de Harrogate. Après l’abdication du roi Manuel, on offrira au prince Christophe de Grèce en 1912 le trône du Portugal qu’il refusera. C’est aussi en Angleterre à la veille de la guerre en 1914 qu’il se fiance avec Nancy Stewart Leeds, une jeune américaine qu’il a souvent croisée à Londres et en France. Nancy est née en 1878 à Zanesville dans l’Ohio, fille de William Stewart et de Mary Holden. Elle est divorcée d’un banquier George Worthington et veuve du roi de l’étain William Leeds avec qui elle a eu fils William né en 1902. Nancy Leeds était tres liée avec la grand duchesse Maria, née princesse de Grèce, soeur du prince Christophe. Le prince fit sa connaissance grâce à sa soeur.

Le prince Christophe lui demande sa main un soir à l’opéra de Covent Garden à Londres. Le jeune couple avait prévu de se marier assez rapidement mais au final ils durent attendre 6 ans. En Grèce, le mariage morganatique n’est pas reconnu, il faut donc le consentement du roi et du chef de l’église. De plus, avec la guerre, le prince Christophe est bloqué en Suisse et il lui est interdit de franchir la frontière. Les fiancés correspondent donc par lettres et se rencontre l’hiver en Suisse. Ce n’est en 1920 après avoir obtenu l’autorisation de son neveu Alexandre alors roi de Grèce, que le prince Christophe épouse le 1er février Nancy dans l’église russe de Vevey. Elle devient suite à son mariage la princesse Anastasia de Grèce.

Après avoir refusé le trône du Portugal, le prince Christophe déclina également ceux de Lituanie et d’Albanie. Indépendante après la Première Guerre Mondiale, la Lituanie se cherchait un souverain. Ses représentants pensèrent qu’une souveraine riche comme la princesse Anastasia mettrait sa fortune au service du pays. Une délégation se présenta chez le couple princier. Le prince leur répondit : « Messieurs les délégués, je suis profondément reconnaissant de votre offre de me faire roi de Lituanie. Malheureusement regardez mon crâne chauve. Si on y mettait une couronne, elle glisserait immédiatement …” .

Durant l’hiver 1922, le prince Christophe fait son premier voyage aux Etats-Unis. Il y rencontre la famille de son épouse. C’est au cours de ce séjour qu’il apprend la mort de son frère aîné le roi Constantin décédé en exil à Palerme. Puis c’est une autre souffrance qu’il va porter : son épouse souffre d’un cancer et pendant deux ans, il va l’accompagner en gardant le secret. La princesse Anastasia décède le 29 août 1923 à Londres.

Devenu veuf, le prince Christophe voyage et s’installe ensuite en Italie. Très aimé de ses nombreux neveux et nièces, très proche de son frère le prince Nicholas, il a largement contribué aux mariages heureux de ses niècles (filles du prince Nicholas) Olga, Elisabeth et Marina.

Christophe de Grèce séjournait aussi régulièrement en Roumanie à l’invitation de sa nièce la princesse héritière Hélène, épouse du futur roi Carol. La famille royale grecque faisait en effet fréquemment le déplacement à Bucarest pour être auprès de la princesse malheureuse en couple.

C’est au mariage du prince Philippe de Hesse et de la princesse Mafalda de Savoie le 23 septembre 1925 qu’il fait la connaissance de la princesse Françoise, fille du duc et de la duchesse de Guise.

Les fiancés doivent demander l’autorisation au Vatican que pour pouvoir s’unir en raison de leurs différentes religions. Le père de la princesse Françoise ne pouvant fouler le sol français en raison de la loi d’exil, il fut décidé que le mariage aurait lieu à Palerme. Le prince Michel de Grèce raconte dans ses mémoires « Il (NDLR : le duc de Guise) possédait cependant dans la capitale sicilienne le Palais d’Orléans, à l’origine cadeau de la reine Marie Caroline des Deux-Siciles à sa fille Marie Amélie lorsqu’elle épousa le futur roi Louis Philippe. Situé juste en dehors des murailles médiévales de la ville, c’était plutôt une vaste villa sans grand style. Un parc des plus délicieux l’entourait, planté d’orangers et de citronniers, embaumant de jasmin et de rose.” 

Le mariage est célébré le jour-même de la signature des accords du Latran entre l’Etat italien, représenté par Mussolini et le Saint-Siège représenté par le cardinal Gaspari, secrétaire d’ Etat du Pape Pie XI. Ces accords réduisent la souveraineté temporelle du pape au seul Etat de la Cité du Vatican. Le prince Michel : “C’ était le 11 février 1929 , le jour même de la signature des accords du Latran qui, après des décennies d’aigres disputes, réconciliait le Vatican avec l’ Etat italien. Aussi lorsque mes parents apparurent au balcon, la foule enthousiaste mêla -t- elle le tout dans ses acclamations : ” Vive le Pape , vive le Duce (Mussolini), vive les mariés !”

Après un voyage au Maroc où la nouvelle princesse de Grèce montre à son époux les lieux de son enfance, le couple s’installe à Rome.

La duchesse d’ Aoste, soeur de la princesse Françoise, invitait souvent le couple dans sa demeure historique de Miramare, ce château néogothique tout blanc se dressant sur les rochers de l’Adriatique et qui fut autrefois la résidence de Maximilien d’Autriche et de Charlotte de Belgique, empereur et impératrice du Mexique.

Mais le prince Christophe est mauvais gestionnaire et un administrateur indélicat a disparu avec la plus grande partie de la fortune du prince. Très vite, le couple princier est ruiné. La princesse Françoise va même jusqu’à poser pour des photos publicitaires pour arrondir les fins de mois de la famille.

A Rome, le prince et la princesse habitaient au début à la villa Anastasia où est décédée la reine Olga en 1926 mais pour des raisons financières, ils sont contraints de déménager à l’hôtel Excelsior. 

Le prince et la princesse Christophe de Grèce retournent en Grèce en 1936 pour participer aux cérémonies de restauration de la monarchie.

Ils sont également présents à Athènes lors du mariage du prince Paul avec la princesse héritière Frederika de Hanovre.(Sur la photo, la princesse Françoise portant une fourrure, à l’entrée de la cathédrale) 

Le 7 janvier 1939 naît à Rome après 10 ans de mariage le prince Michel, leur fils unique. Mais ce bonheur familial ne durera pas. Le prince Christophe tombe malade. C’est un abcès au poumon qui l’emportera en quelques semaines.

Dans ses mémoires, le prince Michel écrit : « Au début de l’ année ( 1940) alors qu’il séjournait à Athènes, visitant sa famille, il est tombé gravement malade des poumons. Ma mère qui se trouvait avec moi à Rome, a été convoquée d’ urgence. Cependant, voyager en hiver dans l’ Europe du Sud n’est pas une sinécure. Lorsqu’elle arriva à Athènes, il est trop tard. Mon père, à cette époque où les antibiotiques n’existaient pas encore, n’a pu être sauvé. »

Christophe de Grèce décède le 21 janvier 1940. Son fils le prince Michel a tout juste un an. Toujours dans ses mémoires, le prince Michel de Grèce revient sur les funérailles de son père le prince Christophe.

“En ce matin froid et ensoleillé de janvier 1940, le cortège funèbre s’avance lentement dans les rues d’ Athènes. Des soldats, fusils baissés en signe de deuil, s’alignent sur les trottoirs et contiennent la foule des badauds. Les évêques scintillants de brocarts et de diamants, la barbe blanche recouvrant les pierreries de leur croix pectorale, précèdent la rallonge d’artillerie sur laquelle a été placé le cercueil. Le pavillon royal grec le recouvre, sur lequel est déposée une simple casquette de général d’ infanterie. Derrière, tout seul, marche d’ un pas régulier le chef de famille, le roi George II de Grèce, en grand uniforme. Il est suivi par les deux frères survivants du défunt, les princes Georges et André (père du duc d’Edimbourg), son neveu l’ héritier du trône, le prince Paul et quelques princes étrangers. Parmi ces uniformes bigarrés, un seul homme est en civil: il porte le frac sous son manteau noir, c’ est le frère de ma mère, le comte de Paris. Il a fait le voyage jusqu’à Athènes malgré une situation internationale qui peut exploser à tout moment pour soutenir sa soeur. Car c’est mon père que l’on enterre. ”

Le prince Michel sera ensuite élevé par son oncle le comte de Paris après le décès de sa mère la princesse Françoise en 1953. Le prince Michel a épousé à Athènes le 7 février 1965 Marina Karella, née le 17 juillet 1940 à Athènes, artiste peintre, fille de Theodoros Karella et d’Elly Chalikiopoulos, avec l’autorisation de son cousin le roi Constantin et après avoir renoncé à ses droits au trône. Il est aujourd’hui historien et écrivain. (Un énorme merci à Corentine et Tepi pour cet article écrit ensemble, et pour leurs nombreuses recherches – Merci aussi à Tepi pour ses nombreuses traductions – Sources bibliographiques : « The Inheritors of Alexander the Great » de Nicholas Tantzos, La Dynastie grecque, avec préface du Prince Michel de Grèce , photos de la collection de Madame Helmi – Markezini, « Dear Hellen » d’ Arturo Beeche, Les mémoires du prince Michel de Grèce, “Romanov Diary” (mémoires de la princesse Marie de Grèce, grande-duchesse de Russie) – “Joyaux de tsars” de Michel de Grèce – “Le monde et les cours” de Christophe de Grèce – “Mon album de famille” d’Henri, comte de Paris)