
Il y avait, dans l’univers de Valentino Garavani, quelque chose de profondément monarchique. Non pas au sens du pouvoir, mais au sens du rituel, de la permanence, de la grâce héritée.

Valentino n’habillait pas seulement des femmes : il les élevait à un rang. Celui des princesses modernes, des héritières d’un monde où l’élégance n’était ni tapageuse ni revendicative, mais silencieuse, évidente, presque innée. Valentino rimait avec Maestro.

Le Gotha, au fil des décennies, ne s’y est pas trompé. Les princesses véritables comme les reines sans couronne trouvaient chez lui ce que la mode contemporaine a peu à peu déserté : la solennité du beau. Ses robes longues semblaient pensées pour des escaliers de palais, ses traînes pour glisser sur des parquets cirés, ses bustiers pour accompagner une révérence plus qu’un tapis rouge.
Il avait cette faculté rare : dessiner des robes de conte sans jamais tomber dans le costume. Un travers que trouve souvent chez Christian Lacroix. Ses silhouettes étaient princières, mais jamais figées. Elles vivaient. Elles respiraient.
Les tulles s’y superposaient comme des pétales, les broderies n’étaient pas décoratives mais narratives, racontant des heures d’atelier, de silence et de concentration extrême. Chaque robe semblait porter en elle la mémoire d’un monde ancien — celui des bals, des présentations à la cour, des mariages célébrés comme des sacrements.
Ses robes de mariée, surtout, relevaient presque du sacré. Valentino savait que le blanc n’est jamais neutre. Chez lui, il devenait ivoire, neige, crème, parfois à peine rosé, toujours vivant. Il sculptait des silhouettes qui n’écrasaient pas la femme sous la robe, mais l’accompagnaient avec une infinie délicatesse. Rien de démonstratif : tout était
question de retenue, de justesse, d’équilibre. Une mariée Valentino ne cherchait pas à éblouir ; elle imposait le silence.
Le gotha aimait cette discrétion souveraine. Dans un monde où la visibilité est devenue une obligation, Valentino proposait l’inverse : l’éternité. Ses clientes savaient qu’en choisissant l’une de ses robes, elles entraient dans une continuité, presque dans une lignée.
On ne portait pas Valentino pour être à la mode, mais pour être à sa place. Sophie d’Espagne, Paola de Belgique l’avaient bien compris.
Aujourd’hui, alors que Valentino n’est plus, ses robes demeurent comme des apparitions figées dans le temps. Elles hantent les expositions, les archives, les souvenirs photographiques comme des silhouettes de bal après la musique. Elles rappellent une époque où la couture savait encore parler bas, où le luxe n’avait pas besoin de se justifier, où le mot « princesse » n’était ni ironique ni marketing, mais profondément stylistique.
Avec Valentino, le gotha n’a pas seulement perdu un couturier. Il a perdu son dernier grand interprète. Celui qui savait, mieux que quiconque, que l’élégance est une forme de fidélité — à soi, à l’histoire, et à une certaine idée du beau qui ne reviendra peut-être plus. (Merci à Bertrand Meyer)
23 janvier 2026 @ 07:17
Merci à Bertrand Meyer pour sa belle analyse en tant qu’ hommage envers Valentino !
Valentino savait créer un modèle unique pour chaque mariée.
23 janvier 2026 @ 08:43
Comme c’est bien dit! Merci Régine, pour cet hommage!
23 janvier 2026 @ 09:13
Quel hommage merveilleux à celui qui sublima les femmes!
23 janvier 2026 @ 09:54
M.Meyer, c’est un authentique plaisir de visiter vos textes… merci de nous partager les ressentis et vues en perspectives qu’offre votre talent d’écrivain connaisseur !
23 janvier 2026 @ 10:08
Elle ne faisait pas partie du Gotha mais Jackie Kennedy, pour son second mariage, le 20 octobre 1968, sur l’île privée d’Onassis, Skorpios, avait choisi une robe de la collection printemps-été Valentino composée d’un haut en dentelle délicate à col montant et manches longues, associé à une jupe plissée courte.
Après la mort de Jackie Kennedy en 1994, c’est un couple qui travaillait sur le yacht d’Aristote Onassis, le Christina, qui avait hérité de l’ensemble. La tenue a été mise aux enchères en 2024. L’estimation de départ se situait entre 7.000 et 11.000 euros et elle a été adjugée 24.320 dollars (20.500 euros).
23 janvier 2026 @ 10:12
Très beau texte !
Merci Bertrand Meyer