Il a 130 ans. Autrement dit, il est plus âgé que la Tour Eiffel, plus constant que les tendances, et nettement plus résistant que la plupart des histoires d’amour contemporaines. Le Monogram de Louis Vuitton, créé en 1896, fête en 2026 un anniversaire que bien des icônes rêveraient d’atteindre sans une seule ride visible.
À l’origine de ce motif devenu universel, il y a un fils attentif et stratège : Georges Vuitton, qui imagine le célèbre entrelacs de fleurs et d’initiales LV comme un hommage à son père Louis… et, accessoirement, comme un excellent moyen de décourager les contrefacteurs. L’idée était brillante. Elle est devenue mythique.
Car le Monogram n’est pas un simple décor. C’est un passeport social, un code visuel, une signature immédiatement lisible à Tokyo, New York ou Châteauroux.
On peut ne pas aimer le Monogram, le juger trop voyant, trop bourgeois, trop tout — mais on ne peut pas l’ignorer. Il s’impose. Toujours. Avec une élégance qui frôle parfois l’insolence.
Pendant 130 ans, il a tout vu, tout porté, tout traversé. Des wagons de première classe aux soutes d’avion, des palaces aux vestiaires d’artistes, des héritages familiaux aux collaborations les plus conceptuelles. Il a connu les mains expertes des artisans, mais aussi celles — parfois moins délicates — de générations entières de voyageurs pressés. Et il a tenu bon.

Pour célébrer cet âge vénérable sans sombrer dans la naphtaline, Louis Vuitton orchestre en 2026 une série d’hommages bien calibrés : vitrines, collections, capsules, et surtout un retour appuyé à ses grands classiques. Speedy, Keepall, Alma, Noé, Neverfull : plus que des sacs, des compagnons de vie.
Ce qui frappe, au fond, c’est que le Monogram n’a jamais vraiment cherché à être discret. Il assume son statut, son succès, sa reconnaissance mondiale. Il ne murmure pas : il signe. Et après 130 ans, il peut se permettre cette légère arrogance — celle des grandes légendes qui n’ont plus rien à prouver. (Merci à Bertrand Meyer)