Apprenant la mort du roi de France en 1836, Léopold Ier de Belgique releva un certain décalage entre l’histoire dominante et la vérité de l’homme qu’il a pu approcher, connaître et estimer : “Pauvre Charles X est mort, dit-on, du choléra. Je le regrette. Peu de gens ont été bon pour moi comme ce bon vieil homme. Il était aveuglé par certaines idées absolutistes, mais était un homme bon, qui méritait d’être aimé.

L’histoire retiendra que Louis XVIII fut un monarque plus libéral, régnant avec une grande douceur et justice jusqu’à sa fin, mais que son frère, par ses dispositions despotiques, a dérangé tout ce qu’il a fait. Louis XVIII était un homme intelligent et dur de cœur, très fier et faux. Charles X un honnête homme, un ami dévoué, un maître honorable et sincère dans ses opinions et ayant de l’inclination pour tout ce qui est droit. »

Les détracteurs des aînés des Bourbons ont amplement dépeint la révolution de 1830. Les griefs à leur égard sont connus. Aussi ai-je pensé qu’un complément plairait aux lecteurs. Les différents journaux de l’époque de la Restauration, d’une emphase aussi grande que leur royalisme, nous permettent de retracer leurs activités quotidiennes, témoignant justement de ce que le Roi Léopold appelait « l’inclination pour tout ce qui est droit ».

Commençons par le roi. A son petit lever, Charles X signait avec ses enfants les contrats de mariage des jeunes personnes de qualité, recevait entre ses mains les serments de serviteurs de l’Etat ou de sa maison qui venaient d’être nommés puis allait entendre la messe. Venaient ensuite les audiences des ministres, préfets, officiers supérieurs, prélats et maires des villes avec lesquels il désirait s’entretenir ainsi que les princes capétiens ou étrangers qui séjournaient en France. On disait qu’ils venaient faire leur Cour au roi et à la famille royale.  Les ambassadeurs étaient généralement convoqués dans la salle du trône, avant ou après le Conseil qui pouvait se prolonger jusqu’à deux heures après-midi.

Quand il n’y avait pas d’audience, le roi travaillait en particulier avec un ministre concernant des ordonnances et des lettres patentes ; avec les officiers de sa maison pour certains programmes de travaux et de cérémonies. Le conseil pouvait encore être réuni si nécessaire de dix heures du soir à Minuit, après la Soirée du roi, ou celles qui se tenaient dans les appartements de la dauphine et de la duchesse de Berry.

« Ce conseil de ministres où j’ai tant de mal de démêler de quel côté se trouvent les véritables intérêts de mon pays ». Parole humble du roi.

Les dimanches après-midi, il recevait les hommes et les dames, alternativement deux fois par mois. Certaines fois, probablement fatigué, il faisait savoir qu’il ne recevrait pas.

En dehors des actes officiels qui se déroulaient à Paris, et sur lesquels je ne m’étendrai pas, notons que les membres de la famille étaient régulièrement séparés par leurs voyages dans les départements.

 

Partout en France, les mêmes scènes : Une délégation se portait au devant du souverain ou de ses enfants, le complimentait et l’invitait à entrer. Le roi et le dauphin entraient à cheval, au pas, dans la ville pavoisée, décorée de guirlandes de fleurs et de feuillage, puis acceptaient sous quelques acclamations le compliment et le panier de fleurs ou de produits de la campagne que leur offraient des jeunes filles. Ils se rendaient ensuite à la Préfecture ou à l’Hôtel-de-ville suivant l’importance de la localité, recevaient les hommages des autorités civiles, militaires et religieuses à savoir le préfet, le conseil municipal, les magistrats du palais de justice, les juges de paix, les officiers de la garnison ou de la garde nationale, le chapitre de la cathédrale ou le curé et les vicaires de l’église paroissiale, les présidents, pasteurs et rabbins des cultes protestants et israélite, les ingénieurs des ponts et chaussées, les officiers des pompiers, enfin les receveurs et inspecteurs des finances, des douanes et des forêts. Ils passaient en revue la garde nationale et les troupes de garnison.

L’après-midi et le jour suivant étaient consacrés à des visites plus approfondies. Le roi, le dauphin, la dauphine et la duchesse de Berry, avaient une attention particulière pour différentes institutions.

Le soir, à six heures habituellement, un dîner était donné. Les princes ont au préalable choisi les personnes qu’ils pensaient devoir distinguer et voulaient connaître davantage, les plus zélées pour le service public  comme on disait. S’il y avait un balcon, le roi et son fils paraissaient de temps en temps.

Il y avait généralement un bal qui rassemblait les principales familles de la ville et des alentours. Le roi et le dauphin donnaient le coup d’envoi après avoir fait le tour de la salle et échangé quelques mots avec les invités. Les rues et places principales étaient illuminées pour l’occasion et il pouvait y avoir un feu d’artifice.

Au moment des au-revoir, lorsqu’ils reprenaient la route, après trois jours d’étape au maximum, le monarque ou ses enfants avaient l’habitude de donner 1000 Francs  pour les pauvres de la ville. Dans les villes comptant beaucoup d’ouvriers, le montant était multiplié : à Mulhouse il s’éleva à 6000 Francs.

Examinons à présent les visites qui leur tenaient à cœur :

Charles X avait une attention bienveillante pour l’industrie. Lors de l’étape à Mulhouse au cours de son voyage dans l’Est en 1828, il parcourut le nouveau quartier et s’intéressa aux produits des manufactures textiles du Haut-Rhin et aux machines employées.

« Sa Majesté a été surprise par l’éclat du coup d’œil. Elle a examiné dans le plus grand détail tous les objets présentés à sa vue et elle a admiré le bon goût et la richesse des dessins, la vivacité des couleurs et tout ce qui peut rendre précieux les tissus imprimés que les fabricants destinent à des exportations lointaines ».

Il admira les progrès apportés par les dernières tranches du canal du Rhône-au-Rhin, alors appelé Canal-Monsieur qui permettait de connecter les bassins miniers et industriels de l’Est. Dès le règne de Louis XVIII, les travaux de mise en réseau de la France par les voies navigables avaient repris, dans la droite lignée des chantiers entrepris par Louis XIV et poursuivis par ses successeurs : c’est le Plan Becquey (1820). Le Canal du Duc d’Angoulême sur les rives de l’Oise, Le Canal du Duc de Berry le long du Cher, le Canal Marie Thérèse qui permettait d’éviter la boucle de Saint-Maur sur la Marne, et le Canal du Duc de Bordeaux, dans le Massif central, par les rivières de Corrèze et de Vézère sont d’autres exemples de ces chantiers.

Charles X et le dauphin écoutant les explications de M. l’ingénieur à Mulhouse.

Charles X lança les travaux du Bois de Boulogne. Sous la direction du baron d’André, intendant des bois et domaines de la couronne, débutèrent le reboisement du parc, l’expérimentation de la culture en massif de plusieurs espèces d’Amérique du Nord, la rénovation des routes, allées et contre-allées. Pas moins de trente mille arbres de ligne et de bordure furent plantés, une pépinière fut créée. Soucieux de la dignité des hommes subissant le chômage à Paris et dans sa banlieue, le roi approuva que ces emplois leurs soient réservés. Cela permit de donner de l’ouvrage à quatre cent d’entre eux pendant les mois d’hiver et de les sortir de l’indigence.

Donnant l’exemple mais voulant donner davantage d’ampleur à l’effort social, Charles X promulgua un nombre considérable d’ordonnances autorisant les communes, hospices, bureaux de Charité, églises, à accepter les legs, donations et fondations de particuliers. Le Chef de l’Etat fonda encore en 1825 une caisse de retraite pour les fonctionnaires et employés des finances (douanes, contributions indirectes, forêts et postes) après vingt-cinq ans de services, avec des pensions réversibles aux veuves et orphelins.

Venons-en à présent à l’héritier de la couronne. Il ressort des articles des journaux de l’époque que M. le dauphin était le vrai bras droit du roi. Il assistait au conseil des ministres et de surcroît, comme amiral de France et colonel général de l’artillerie et des cuirassiers, présidait le Conseil supérieur de la Guerre, travaillait régulièrement avec le ministre de ce département, veillait aux manœuvres régulières des régiments sur le Champ de Mars.

Le Prince suivait encore de près les améliorations apportées aux places fortes et bases navales, visita en détail Saint-Omer, Lille, Verdun et Strasbourg, les ports de Calais, Saint-Malo, Rochefort, Marseille et Toulon. A Cherbourg, il inaugura le nouveau bassin nommé Charles X (1829). Lorsqu’il était retenu à Paris pour des fêtes religieuses ou d’autres obligations d’Etat, c’étaient des casernes de banlieues qu’il allait voir, comme celle de Vincennes où étaient basées des unités d’artillerie.

Le musée de la Marine, était alors installé au Louvre et portait son nom (Musée Dauphin). Charles X l’avait créé pour regrouper les collections et les mettre en valeur. Lors de sa visite avec son épouse, après avoir montré sa connaissance des fortifications au travers des plans-reliefs et contemplé des images de vaisseaux du siècle passé, il admira les projets des nouveaux navires à vapeur que lui montra le ministre.

Manœuvres des pontonniers sur le Rhin près de Strasbourg, en présence du roi et du dauphin.

Le dauphin se rendait dès qu’il le pouvait dans les écoles militaires, à Saint-Cyr, la Flèche, à Saumur ou à La Fère.  A Saumur, il fut attentif aux exercices des escadrons de cavalerie mais désira aussi montrer qu’il appréciait le travail des recrues de l’école de maréchalerie. Il parcourut avec attention les bâtiments et les chambres d’élèves officiers et tint à assister aux cours d’instruction théorique ainsi qu’aux exercices au manège. Ayant de l’intérêt pour les sciences, le Prince se joignit aux élèves de l’école polytechnique pour suivre les leçons de chimie de M. Thénard, une autre fois de M. Gay-Lussac.

Remarquons également que les poses de première pierre et inaugurations de nouveaux palais de justice lui étaient souvent confiées, comme futur chef de l’Etat.

A l’image de son père, il avait le souci du développement de l’économie française. En témoignent ses visites aux manufactures des Gobelins, de Sèvres, Saint-Quentin, Montataire et Mutzig, aux expositions industrielles du Louvre à Paris.

Convaincu des progrès que pourraient apporter les sciences à l’agriculture, qui faisait vivre alors l’immense majorité des Français et était à la base de la richesse nationale, il soutint les initiatives pour l’enseignement agricole. Il aida personnellement la ferme-modèle de Roville (Meurthe) dont il lisait les publications et dans laquelle il fonda un prix annuel pour récompenser les inventions de machines agricoles. Charles X l’éleva par ordonnance en Institut royal agronomique (1827). Le fils du roi fonda encore un prix pour l’amélioration de l’agriculture et de l’élevage décerné à Strasbourg. Il siégeait aussi au Conseil d’agriculture, de commerce et des colonies, présidé par le roi.

En préparant ses visites, M. le Dauphin exprimait ainsi ses exigences aux préfets : « qu’il n’était pas satisfait d’un coup d’œil jeté en courant mais qu’il voulait avoir assez de temps pour examiner tous les détails de l’établissement ».

Charles X, conscient de l’importance de l’élevage dans l’économie nationale et attentif au pouvoir d’achat de ses peuples, promulgua des ordonnances sur les bouchers et boucheries (1825) pour « spécialement encourager la production et l’engrais des bestiaux dans les pays de culture et en même temps ramener à un taux modéré le prix de la viande dans notre bonne ville de Paris ».

Quant à ses très considérables aumônes, elles étaient  souvent destinées aux personnes victimes d’incendies, d’écroulements, d’inondations et de tempêtes dans les villages et villes de France. Il donnait aussi aux Paroisses qui avaient vu leurs églises détruites comme Munchhausen dans le Bas-Rhin,  Gesté (Maine-et-Loire), Chivres-Val près de Soissons, paya aussi les ornements de l’église de Dizy et contribua à la construction de presbytères. Conscient du dénuement subi par les ouvriers qui avaient perdu leur outil de travail dans un incendie, ou qui subissaient le chômage, il se portait à leur secours par l’intermédiaire des préfets ou des députés. De plus il était actionnaire de la Caisse de Survivance, une banque dont une partie des bénéfices était reversée aux enfants pauvres.

Mais la charité chrétienne du dauphin ne se limitait pas aux Français catholiques. Ses compatriotes protestants n’en étaient pas exclus : comme Charles X, on rapporte qu’il aidait aussi « les pauvres parisiens de la Confession d’Augsbourg ».

Président de la Société pour l’amélioration des prisons, il offrit du linge propre pour les cellules et les corps de tous les détenus de la prison de Nancy (qui devaient être dans un état déplorable). Il soutenait les ateliers manufacturiers établis par l’administration.

Notons que la générosité du duc d’Orléans et du duc de Bourbon à l’égard des indigents et des victimes de catastrophes est aussi fréquemment mentionnée.

Madame la dauphine était très populaire. Partout où elle se rendait, elle recevait spontanément des marques de sympathie en plus des compliments d’usage. Conservateurs ou libéraux, les Français dans leur ensemble déploraient les excès de la Révolution et compatissaient aux malheurs de la fille de Louis XVI et Marie Antoinette. Son dévouement au roi son oncle et aux Français, avait également de quoi les toucher.

A Rouen, le maire voulut donner son nom à la rue et à la place adjacentes à celle qu’elle venait d’emprunter lors de son entrée. « S.A.R. a répondu avec une bonté particulière qu’elle y consentait avec beaucoup de plaisir, qu’elle était bien aise de pouvoir donner à la ville de Rouen  ce témoignage de reconnaissance de l’accueil agréable qu’elle y recevait ». Préparés à l’avance, les écriteaux Rue Dauphine et Place Dauphine furent aussitôt dévoilés par les ouvriers.

Dans chaque ville la dauphine demandait à visiter les hôpitaux, les Charités, Sociétés maternelles, orphelinats, établissements d’aveugles et sourds-muets,  scrutait les locaux et leur entretien, s’approchait des malades et accueillait « avec affabilité les bonnes sœurs chargées de ces divers établissements ». Visitant l’hôpital de Pontoise elle félicita les responsables et affirma qu’il était le « plus beau » qu’elle ait vu. Forte de sa connaissance du sujet, « elle donna des conseils aux administrateurs » de l’hôpital de Saint-Etienne. Au passage elle approuva que le nouveau bâtiment projeté porte le nom de Marie-Thérèse. En partant elle faisait en général remettre 500 Francs au directeur de l’institution pour poursuivre les améliorations.

Pour ce qui est des sociétés maternelles, Hélène Becquet dans sa biographie de la princesse, nous explique que « Son but est de faire en sorte que les femmes pauvres puissent accoucher chez elles et élever convenablement leur enfant pour lequel la société fournit la layette complète et une pension pendant un an ».

Mais il ne faut pas voir ici une séparation trop stricte. Le roi visitait également les hospices pour montrer qu’il se préoccupait des soins apportés aux orphelins et personnes âgées (comme celui de Montpierreux à Fontainebleau en 1826).

La dauphine présidait les quêtes lors des assemblées et soutenait par ses dons l’établissement de Charité de la nouvelle Paroisse Saint-Vincent-de-Paul, Place Charles X (aujourd’hui Place Franz-Liszt) encourageait la fondation des écoles gratuites pour les enfants des faubourgs de Paris. Avec le roi, elle paya la construction de l’église qui desservirait le nouveau lotissement des Batignolles.

Les constructions d’églises et les établissements de Charité étaient une priorité que le roi résumait ainsi : « Honorer Dieu, respecter notre sainte religion, c’est le premier devoir des rois. Cette obligation est toujours présente à ma pensée. »

L’église Sainte-Marie

La dauphine mettait aussi en loterie pour leurs pauvres « divers objets, ouvrages de ses mains ». En 1825, sa belle-sœur la duchesse de Berry et elle gagnèrent ainsi 2500 Francs.

Elle se plaisait aussi à voir les industries, à parcourir les usines et ateliers et recevoir les explications comme lors de ses voyages à Beauvais, Chauny, Elbeuf ou à St-Etienne. Mines de houille, hauts-fourneaux et fonderies, manufactures de tulles et de quincaillerie du département de la Loire, elle s’intéressa à tout ce que les propriétaires lui montraient, échangeait quelques mots avec des ingénieurs, des ouvriers et élèves mineurs. Elle s’enquérait fréquemment des améliorations de la sécurité car elle avait eu écho de conséquences dramatiques d’accidents du travail. Elle ne refusait pas les paniers-cadeaux, des corbeilles de rubans, de tulle et de velours. A la manufacture de Saint-Etienne elle admira les armes de chasse et de luxe. Elle assista aussi à une première en France : dans un pré non loin de Montbrison, voir circuler sur une portion de chemin de fer trois wagons transportant de la houille.

La dauphine faisait passer ses devoirs sociaux avant ses amusements, notons qu’elle organisait cependant des soirées dans ses appartements où le roi et son mari se rendaient et qu’elle honorait de sa présence les bals des hôtels de villes de Province où elle était conviée. Mais elle se retirait généralement à 10 heures.

Les déplacements de Madame, duchesse de Berry étaient souvent motivés par la villégiature, les bains de mer à Dieppe ou les eaux thermales comme à Bagnères-de-Bigorre, dans les Pyrénées. Elle mettait toujours bon cœur à visiter les châteaux et églises remarquables et tout ce qu’on voulait lui montrer, posa même des premières pierres ou inaugurait des écluses. Elle admirait les belles choses que les artisans et manufacturiers des alentours lui présentaient et repartait avec des achats « coups de cœur », ce qui n’était pas pour leur déplaire.

 

Visite de la Duchesse de Berry à la manufacture de Saint-Gobain

 

 

Après la perte de son mari et la naissance de leur fils, la princesse reprit le cours de la vie que le duc de Berry aurait aimé pour elle, recommença à sortir en ville pour ses achats dans les boutiques comme celles du Passage des Panoramas mais surtout pour s’amuser et encourager par la même occasion le Théâtre français, le théâtre des variétés, ceux de la Porte-Saint-Martin, du Vaudeville, l’Opéra-comique ainsi que l’Académie de musique. Elle allait aussi voir les expositions des tableaux et sculptures des élèves étudiant à Rome. Elle joignait ainsi l’utile à l’agréable et complétait par son tempérament différent, l’ambiance de la Cour, qui avait à la fois besoin de gravité et de légèreté.

Avec l’indulgence de son beau-père, elle organisait des soupers de plus de cent couverts suivis de bals qui pouvaient se prolonger jusqu’à tard dans la nuit pour la plus grande joie des jeunes personnes de la Cour. La duchesse d’Orléans s’y joignait volontiers et restait plus tard que son mari, veillant sur les premiers pas en société des aînés de leurs enfants.

Pour ce qui était de ses aumônes, elle était touchée par le sort des veuves et des orphelins comme ceux laissés des pêcheurs disparus en mer. Elle payait aussi leurs trousseaux lorsqu’ils obtenaient une place dans une pension. A Paris, elle était la bienfaitrice et protectrice des Charités paroissiales de Saint Etienne du Mont et de Saint Pierre du Gros Caillou où les pauvres étaient très nombreux, présidait les assemblées et les quêtes en leur faveur. Avec ses parents, le roi et la reine de Naples de passage en France, elle fit des dons à l’école publique gratuite qu’une association de dames de Perpignan venaient de fonder pour l’éducation des jeunes filles pauvres.

Venons-en maintenant à une activité tout aussi sérieuse mais qui se déroulait à l’abri des regards de la Presse.

La chasse était l’activité favorite du roi et du prince. Durant la Restauration, ils eurent l’occasion de la pratiquer dans toutes les forêts royales des alentours de Paris, Marly, Meudon, Compiègne, Saint Germain, Rambouillet et Versailles.  Eugène Chapus dépeint ainsi les scènes dont il fut témoin : « Dans toutes les situations de sa vie intime, les chasses étaient celles où Charles X se montrait le plus réellement lui ; il était avec ses manières d’une politesse exquise, sa charité intarissable, ses grâces du cœur qu’il tenait de Henri IV et auxquelles on n’échappait pas ». « Quand il était avec son fils M. le dauphin, il entremêlait les coups de feu, de nombreuses réflexions et d’impressions relatives concernant leur vie passée. » On imagine que le seul souvenir du Duc de Berry, s’ébattant autrefois avec eux, leur fendait souvent le cœur.

 

Ces chevauchées et marches parmi les arbres et les fleurs et de plus en plus souvent le tiré au bord de l’eau, apportaient un peu de liberté au roi, fatigué des conseils, des réceptions et de l’Etiquette.

Les chasses pouvaient durer des jours. Traquant un cerf qui lui avait par deux fois échappé, le dauphin ne compta pas ses peines et le poursuivit de Compiègne jusqu’aux Ardennes, sa forêt d’origine qu’il était parti retrouver. Les villageois qui avaient aperçu le fugitif et tous les officiers de la vénerie qui avaient contribué au triomphe furent enfin comblés par le prince heureux.

Les seules dépenses, sans être futiles, mais qui tenaient le plus à cœur au dauphin, semblent avoir été les bottes et les chevaux. Il apparaît que son bottier attitré à Paris était M. Montigaud, rue Vivienne. A la chasse, on note que « les équipages du dauphin sont d’une rare élégance ».

A Paris, sur le Champ de Mars, Il aimait assister aux courses pour les prix royaux, le prix du Roi et le prix du Dauphin.

 

Lors de leur séjour en France en Mai 1830, la Reine des Deux-Siciles leur parente, les accompagna. D’une vigueur prodigieuse, Marie Isabelle de Bourbon allaitait à ce moment là son douzième enfant ce qui ne l’empêchait pas de s’en donner à cœur joie à l’art de la vénerie : «  La Première chasse de Compiègne a été très belle. S.M. la Reine de Naples, dont on cite l’habileté à manier la lance, a tué treize chevreuils avec cette arme. On assure que la princesse se livre avec un égal succès à la pêche à la lance et manque rarement de percer le poisson lorsqu’il se présente à ses regards ». Certaines de ses descendantes avaient de qui tenir !

Déjà familier de la Cour de France dans les années 1820 le prince Léopold de Saxe-Cobourg chassa à plusieurs reprises avec Charles X et le dauphin. Une fois, ce fut dans la forêt de Sénart, une autre fois à Marly mais encore à Versailles (1829).

Il dînait avec le roi et ses enfants ou était invité chez les Orléans. Le prince envisageait de demander la main de Mademoiselle de Chartres ce qu’encouragea Charles X. Mais le duc et la duchesse freinèrent les tractations, craignant les dangers d’un établissement de leur fille en Grèce, dont le prince convoitait alors le trône.

Madame la dauphine aimait aussi beaucoup monter à cheval, comme sa belle-sœur avec laquelle elle fit des excursions, comme lorsqu’elles explorèrent ensemble les environs de Montmorency.

S’étant blessé en montant un cheval fougueux, le dauphin fit savoir aux journalistes qu’il regrettait de ne pas pouvoir assister à la Fête-Dieu.

La Fête-Dieu à Paris en 1830 par Turpin de Crissé

Cette solennité était particulièrement chère à Charles X et ses enfants.  Nous savons que notre roi avait une grande Foi. Chaque Jeudi Saint de son règne, dans la Galerie de Diane du Château des Tuileries, devant les personnes de la Cour, le roi lavait les pieds des enfants pauvres représentant les apôtres, assisté par le dauphin et les grands officiers.  Mais dès l’après-midi, rappelé par les devoirs de l’Etat, il présidait un Conseil qui ne pouvait être remis ou travaillait avec le duc de Doudeauville ou d’autres ministres. Il retournait à la messe de quatre heures.

Les dimanches après-midis, le dauphin et la dauphine recevaient. Mais pour ne voir personne et n’être que tous les deux, ils faisaient publier qu’ « ils ne recevraient pas ». Ils allaient alors se promener dans la grande allée ou dans le petit Parc de Saint Cloud ou dans leur domaine de Villeneuve-l’Etang, à pied bras dessus, bras dessous, à cheval ou en calèche découverte. La princesse demandait également à dîner de temps en temps au Petit Trianon, lieu chargé d’heureux souvenirs pour elle.

Si les réalisations de Charles X n’égalent évidemment pas celles de Louis XIV, je pense qu’il est néanmoins possible de reconnaître à ce monarque et à ses enfants leur bonne volonté, des préoccupations et des interventions, qui ne sont pas les moins pertinentes : le développement de la France axé sur des grands travaux et des voies de circulation, le soutien aux productions de l’agriculture, de l’industrie et des autres Arts ; leur absence de mépris mais au contraire de l’attention pour les Français de toutes opinions et conditions, ceux servant sous les drapeaux, ceux de la classe des travailleurs et les plus démunis. (Un grand merci à Jul pour cet article)