Née à Vienne le 23 septembre 1938, et fille d’un couple d’acteurs, Magda Schneider et Wolf Albach-Retty, Romy Schneider aurait eu 80 ans ce mois-ci. L’influente Magda avait de l’ambition pour sa fille qu’elle pressentait douée. Et celle-ci, alors toute dévouée et désireuse de plaire à sa mère, n’était pas contre l’idée de devenir actrice.

Alors que Romy n’avait pas 17 ans, Magda lui fit rencontrer un aimable réalisateur autrichien, Ernst Marischka, qui proposa de faire de la petite débutante une grande vedette en incarnant à l’écran la future impératrice d’Autriche dans Sissi, premier opus de ce qui était appelé à devenir une série.

Romy en tourna trois. Bien que ces films apparaissent aujourd’hui d’une mièvrerie risible, ils plurent énormément au public de l’époque et remportèrent tous des triomphes. Romy Schneider devint effectivement une jeune actrice adulée.

Mais en 1958, lorsqu’il fut question de tourner le 4ème, Romy, en dépit du cachet colossal qu’on lui proposait, décida à de dire non. Elle n’en pouvait plus de l’enfermement doré que représentait pour elle le personnage de Sissi, et avait soif d’autres rôles, d’autres univers. Elle accepta le rôle principal d’un film français, Christine, et à peine arrivée sur le tournage, tomba amoureuse d’un certain Alain Delon.

La décision de quitter l’Allemagne se heurta à l’incompréhension de Magda, qui gérait sa carrière et pour qui tourner le dos au succès et à la richesse était irresponsable.

Mais elle déclencha surtout  l’hostilité violente du public germanique, qui estimait qu’il avait ‘’fait” Romy et que celle-ci, en quelque sorte, lui appartenait.

Pour ce public des années 50, Romy Schneider, bien qu’Autrichienne de naissance, représentait la jeune fille idéale, belle, talentueuse, vertueuse, l’héroïne de films dont la joliesse niaise et sucrée contribuait à  repeindre en rose les années noires de la guerre et de l’immédiate après-guerre. Par conséquent, que Romy décide soudain de casser le rêve, de partir en France et de s’amouracher d’un Français, les Allemands ne l’ont pas supporté.

De là date la relation très tendue de l’actrice avec son pays d’origine. Tension également nourrie par la proximité de Magda, sa mère, avec Eva Braun, compagne d’Hitler et avec des dignitaires nazis.

Et de façon plus large, par la culpabilité que Romy Schneider a toujours ressentie des crimes commis par le III ème Reich. Plus tard, elle épousa un metteur en scène juif, Harry Meyen, endossa plusieurs rôles de personnages victimes de la barbarie nazie et donna à ses enfants des prénoms bibliques, comme si elle était obsédée par le souci d’expier son appartenance à une nation de bourreaux.

En 1972, Luchino Visconti proposa à Romy Schneider de reprendre le rôle d’Elisabeth d’Autriche dans un film d’une toute autre ambition que les bluettes des années 50. Le film, intitulé Le Crépuscule des Dieux, étant centré sur le personnage de Louis II de Bavière (Helmut Berger à l’écran), et parce que c’était Visconti, elle accepta.

Et elle fit bien, car elle y est magnifique. Le tournage fut difficile et épuisant, Romy étant alors très perturbée par son mariage qui se défaisait dans la douleur. Ludwig ne rencontra pas, comme c’était prévisible pour un film aussi austère, sombre et démesuré, le succès qu’avait connu la série des Sissi, mais Romy n’en eut cure. Elle avait le sentiment d’avoir exorcisé un fantôme. (Merci à Pierre Yves)