Parmi les nombreuses résidences de la famille impériale d’Autriche, la petite cité de Bad Ischl tient une place toute particulière dans la vie de François-Joseph. Grâce aux travaux du Dr Wirer, les vertus des eaux d’Ischl, riches en sel, sont connues pour favoriser la fécondité. Les nombreux séjours effectués par ses parents avant et après sa naissance ont fit naître la conviction que ce dernier fut conçu dans la cité thermale et lui et ses frères furent ainsi appelés les « princes du sel ».
Tous les étés, la famille archiducale s’installe à Ischl pour plusieurs semaines. Elle réside souvent, à partir de 1844, dans une vaste demeure du XVIIe siècle, sur les rives de la Traun. Les promenades en forêt et la chasse sont au programme de ces journées loin de Vienne. Enfant, François-Joseph participe déjà aux battues organisées par son père.
A 13 ans, il tire son premier gibier et le montre fièrement. Adulte, il trouvera dans la chasse et les randonnées qu’elle implique une joie et une détente appréciable, le seul loisir qu’il s’autorise en dehors des affaires de l’État.
Les paysans sont d’ailleurs très heureux de voir un souverain en costume traditionnel, vêtu de la fameuse culotte de peau et coiffé du chapeau de feutre orné de plumes.
Ce souvenir est perpétué dans les belles forêts où il aimait chasser. Un très beau groupe sculpté a été offert par les habitants d’Ischl pour honorer à la fois la passion du souverain pour la chasse, mais aussi son amour pour cette région. C’est pour son anniversaire, le 18 août 1910, que fut inaugurée cette œuvre remarquable, en présence du souverain.
A la chasse, l’empereur convie les gens qu’il estime parmi lesquels on trouvera plus tard ses beaux-frères et ses gendres. La Kaiservilla abrite environ 2000 trophées de chasse, tous les animaux ayant été abattus par François-Joseph lors de ses séjours dans la région.
Tout naturellement, c’est Ischl, proche de la frontière bavaroise, qui est choisie en 1853 comme lieu de retrouvailles entre cousins d’Autriche et de Bavière. On connaît la suite : Sophie et sa sœur Ludovica avaient convenu de marier François-Joseph à sa cousine germaine Hélène en Bavière… C’était sans compter sur le coup de foudre subit du principal intéressé pour la sœur cadette, Élisabeth. Un coup de foudre qui devait durer toute sa vie.
En cet été 1853, les parents de François-Joseph résident dans la vaste demeure comme à leur habitude. C’est donc dans cette maison bourgeoise que sont célébrées les fiançailles du couple le 18 août, jour anniversaire du souverain.
Si la robe de fiançailles de Sissi n’a pas été conservée, on peut penser qu’elle devait ressembler à celle-ci. Quelques mois plus tard, pour son bal d’adieu en Bavière, avant de rejoindre son fiancé, elle portera une belle robe à crinoline blanche et verte sur laquelle sont brodés les vers d’un poème en arabe.
Ainsi, c’est une princesse en Bavière de 16 ans que l’empereur présente aux habitants d’Ischl depuis le balcon de la demeure parentale. Cette demeure, devenue ensuite l’hôtel Austria, a été transformée en musée d’Histoire.
Au cours des jours qui suivent, François-Joseph se consacre quelques jours à l’élue de son cœur et l’emmène à la découverte des paysages du Salzkammergut qui ne sont pas sans lui rappeler sa Bavière natale.
Ainsi, la cité de Hallstatt conserve le souvenir de cette visite : c’est le premier lieu visité par le jeune couple au lendemain de leurs fiançailles. Une stèle commémorative a été inaugurée à l’occasion de des noces d’argent impériales pour rappeler le lien qui unit Hallstatt à cet événement.
A l’occasion de leur mariage, l’archiduchesse Sophie fait l’acquisition d’une villa sur les bords de l’Ischl, pour l’offrir en cadeau de noce à François-Joseph et Sissi au printemps 1854. La villa impériale deviendra ainsi le séjour estival de François-Joseph pendant 60 étés de sa longue vie.
Plus tard, la ville thermale sera le cadre de nombre de fêtes familiales et rencontres politiques. Ainsi, le 31 juillet 1890, c’est en l’église d’Ischl qu’est célébré le mariage de Marie-Valérie, la fille préférée du couple impérial, avec l’archiduc François-Salvator d’Autriche-Toscane. La réception qui s’ensuivit eu pour cadre, bien évidemment, la villa impériale.
Le 12 août 1908, François-Joseph y reçoit le roi Édouard VII et organise à cette occasion un déjeuner de gala dont le menu est rédigé en français.
François-Joseph quitte pour toujours sa bonne ville d’Ischl le 30 juillet 1914, quelques heures après la déclaration de guerre à la Serbie. Ce sera son dernier séjour.
Aujourd’hui encore, la cité thermale entretient le culte impérial. Chaque année, les journées qui entourent la date du 18 août sont l’occasion de festivités pour célébrer le jour anniversaire de l’empereur.
Cette année, le 15 août a été l’occasion d’une reconstitution en costumes historiques : l’arrivée du train impérial en gare de Bad Ischl, suivie d’un défilé de fanfares et de militaires en costumes d’époque dans les rues de la ville.
Le 18 août fut célébrée la messe impériale dans l’église paroissiale en présence de l’arrière petit-fils de François-Joseph, l’archiduc Markus d’Autriche-Toscane.
Le souvenir impérial ne résiste pas non plus à l’évolution du temps et la municipalité n’hésite pas mettre en scène, de manière humoristique certes, son couple vedette… (Merci à Francky pour cet article)

























Leonor
26 août 2016 @ 11:34
Dire que l’Autriche a été un grand empire …..
Nulle frontière n’est absolue, et nul empire n’est éternel.
corentine
26 août 2016 @ 21:31
Francky
Merci beaucoup pour cet article très intéressant
Sissi me fera toujours rêver .
Dominique Charenton
27 août 2016 @ 10:29
« François-Joseph n’a jamais manqué quand venait l’automne ..de se rendre…pour un mois de chasse à Ischl. Quelques fois il s’échappait même pendant quelques jours au milieu de l’année de travail pour rendre visite à ses cerfs à Gödöllö ou à Mürzsteg. Mais la vraie passion, il ne l’éprouvait qu’à Ischl. S’il lui arrivait de manquer Ischl – et il fallait pour cela qu’il y eût des raisons d’une très grande importance – l’année était perdue pour lui.
Chacun connaît le portait de l’empereur avec sa culotte de peau, les genoux nus, de grosses bottes cloutées, sa veste de chasseur verte et son petit feutre garni du blaireau traditionnel. Depuis son enfance il n’a guère port » d’autre costume civil….Ce costume Styrien, qu’il appelait du temps de sa jeunesse enjouée – en français – ses « dépouilles styriennes « C’est dans ce costume des semaines heureuses qu’il chasse à la traque dans les forêts montagneuses des environs d’Ischl, passant ses nuits dans la cabane qu’il regagne après de longues courses à pied, toujours heureux de retrouver la souplesse et la force de résistance de son corps entrainé, lui permettant d’endurer facilement les fatigues du métier de chasseur.
François-Joseph avait trois bons camarades de chasse. En tout premier lieu, l’ami intime véritable, Albert de Saxe [cousin-germain de l’empereur.Voir: https://en.wikipedia.org/wiki/Albert_of_Saxony ], celui qui lui tient le plus à cœur.
Le second était le bon Nando , Ferdinand IV, le grand-duc de Toscane détrôné, père de Louise Toselli et de Léopold Wölfling [ voir : https://en.wikipedia.org/wiki/Ferdinand_IV,_Grand_Duke_of_Tuscany
On pourra y constater que le père de Ferdinand IV était double cousin germain du mari de l’archiduchesse Sophie, leurs parents étant frères et sœurs, issus même d’un mariage entre double cousin-germain . La mère de Ferdinand IV avait pour grand-père maternel GODOY ].
Nando resta italien sa vie durant ; il parlait l’allemend avec un accent italien et vivait dans l’espoir caché de pouvoir un jour faire sa rentrée à Florence en souverain. Il ne s’était jamais rendu compte des grands changements survenus dans le monde depuis 1860 ; tout au plus les envisageait-il comme des états provisoires, intiment convaincu que dans le cas le moins favorable, ce serait son fils le »grand-duc héritier » – qui devait être par la suite Léopold Wölfling et avait commencé sa carrière dans la marine – qui entrerait un jour à la tête de la flotte autrichienne triomphante dans le port de Livourne.Ce Nando fut le plus implacable , le plus intransigeant des conservateurs. Il vécut entièrement dans les conceptions d’un âge à jamais disparu. En dehors de ses convictions qu’il partageait avec la majorité de son entourage et avec l’Empereur lui-même, Nando était un homme jovial et replet, aimé de tout le monde. En général il ne fut pas pris au sérieux, même par François-Joseph, qui cependant estimait que le rang d’archiduc symbolisait déjà pour lui-même une grande tâche sérieuse et officielle, en un mot le devoir. Nando était un vieux monsieur léger, aimable, toujours de bonne humeur, le boute-en-train de toute la société.
Le troisième dont le nom revient fréquemment dans les lettres de chasse de François-Joseph, est « Gackel » . De son vrai nom, il s’appelait Charles Théodore, duc en Bavière . C’était le beau-frère de l’Empereur, le frère de l’Impératrice Elisabeth ; il était oculiste de profession ; L’exercice de ses fonctions l’a souvent empêché par la suite de prendre part aux chasses et cela au grand regret de François-Joseph.
[Voir : https://en.wikipedia.org/wiki/Karl_Theodor,_Duke_in_Bavaria ]
Il y eut encore nombre d’autres invités . Le prince de Thurn et Taxis, par exemple, également beau-frère de l’empereur ; puis Wasa, beau-père d’Albert le Saxon , le type du chasseur des dimanches pour lequel on pouvait faire une croix dans la cheminée chaque fois qu’il lui arrivait par hasard de tirer un chevreuil ou un perdreau, ensuite le prince héritier Rodolphe qui préférait cependant chasser l’ours en Hongrie sur un terrain loué par lui dans les Alpes de Görgenyi ou encore tirer le gros gibier dans les Carpathes ; et enfin tous ces Messieurs de la suite des têtes couronnées ; mais en général ils faisaient bande à part dans ces exploits cynégétiques.
[ sur Taxis : https://en.wikipedia.org/wiki/Maximilian_Anton,_Hereditary_Prince_of_Thurn_and_Taxis
sur Wasa : https://en.wikipedia.org/wiki/Gustav,_Prince_of_Vasa
Si François-Joseph étaient surnommés les « Princes du sel » ils étaient aussi surnommés les « Wasabüben » comme fils de l’amant et cousin germain de leur mère , ce Gustav Wasa , lui-même fils du roi Gustaf IV de Suède, ( voir https://en.wikipedia.org/wiki/Gustav_IV_Adolf_of_Sweden )lui_même fils en fait – pour la famille royale et les Suèdois – du comte Adolf Fredrik Munck af Fulkila ( voir https://en.wikipedia.org/wiki/Adolf_Fredrik_Munck ) &
http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://2.bp.blogspot.com/_dHMUkWjxiWM/TMxdgM95DQI/AAAAAAAAHRk/oWCR4DIv5bo/s640/Sofia_Magdalena,_Gustav_III_och_Adolf_Fredrik_Munck.jpg&imgrefurl=http://theesotericcuriosa.blogspot.com/2010_10_10_archive.html&h=450&w=640&tbnid=fIOz8pd5jdbU3M:&tbnh=90&tbnw=128&docid=iUK5JRRj2PD99M&usg=__fpLMryIxDhc_W0Cta20FzrY0Vzo=&sa=X&ved=0ahUKEwj81oWLoeHOAhUDuhoKHYfSA0UQ9QEILTAG.
Alors amant de l’archiduchesse Sophie, il épousa leur cousine-germaine la princesse Louise de Bade
Voir : https://en.wikipedia.org/wiki/Princess_Louise_Amelie_of_Baden
– fille de Stéphanie de Beauharnais , fille adoptive de Napoléon Ier – qui lui rendit la monnaie de sa pièce. L’union de Gustav et Louise finit donc par un divorce
La liaison de l’archiduchesse était d’autant plus facile que Gustaf vivait à Schönbrunn. ]
In : François Joseph intime, d’après la correspondance tirée des archives de la Maison d’Autriche, par le Dr Otto Ernst, chez Payot, 1922
Francky
27 août 2016 @ 11:19
Merci Dominique pour toutes ces informations complémentaires.
La chasse était en effet la seule grande passion du souverain.
EDWIGE
28 août 2016 @ 13:46
Sauf erreur Charles Théodore était le père de la reine Elisabeth de Belgique épouse du roi Albert I
Dominique Charenton
27 août 2016 @ 10:46
Schönbrünn, le 2 octobre 1860
Cher Albert,
Pardonne moi de n’avoir pas pu t’inviter à Ischl dans le courant du mois, mais j’ai été tellement absorbé, je pourrais dire accablé , par des affaires de tout ordre que je n’ai pu songer à un séjour à Ischl. J’en ai terminé maintenant avec les principaux à l’intérieur ; les voleurs de poches et de pays en Italie sont encore occupés pendant quelque temps dans le Sud avant de nous faire à nouveau l’honneur d’une visite, et c’est pourquoi j’espère, après mon retour de Varsovie, pouvoir accorder à mon corps fatigué un peu de détente à la chasse au bon air dans une région montagneuse. Il fera froid certes, mais si nous n’avons pas trop de neige, la chase pourra être bonne. Le gros gibier que nous pourrons massacrer sans distinction de sexe se trouvera bien rassemblé. Le chamois sera également descendu des hauteurs et aura pris une belle teinte foncée.
Je t’invite donc formellement de me faire la joie de venir à Ischl. Si tu me rejoignais ici, nous pourrions nous rendre la nuit à Ischl et y rester tout au plus 8 jours. On doit chasser au Krapfenkaar, à Gimbach, à la Gschier Spitzalpe, peut-être au Traunstein en dehors d’autres petites expéditions. J’inviterai Max, Taxis et Gackel. Il est douteux que ce dernier saura s’arracher au bras de l’amour pour exposer son corps naguère rutilant aux bises froides de novembre.
…
Dans le ferme espoir de te revoir sous peu et en te priant de me mettre aux pieds de ta femme, je reste,
Ton fidèle cousin
François
Sisi[ toujours avec un seul »s »] vous envoie à tous deux ses amitiés.
In : François Joseph intime, d’après la correspondance tirée des archives de la
Maison d’Autriche, par le Dr Otto Ernst, chez Payot, 1922
maman monique
27 août 2016 @ 19:13
Merci beaucoup pour ce beau reportage.
Vienne est une ville que nous avons adorer visiter
tellement romantique
Dominique Charenton
28 août 2016 @ 06:41
» Francis Charles…was very fond of animals, and used to drive out every morning in the Prater, Vienna’s Bois de Boulogne, in a carriage-and-six. Before the ride he would line up his beautiful greys in a semicircle and address them with a short speech. »
in Eugene Bagger, Francis Joseph, emperor of Austria, King of Hungary, 1927