
Ce lundi 11 janvier 2021 à 21h05, l’émission « Secrets d’Histoire » sera consacrée à Elisabeth, reine de Belges. Parmi les intervenants, le spécialiste et historien Christophe Vachaudez qui a aimablement répondu à nos questions.

Noblesse et Royautés : En 2014, vous avez en collaboration avec la princesse Esmeralda de Belgique fait paraître aux éditions Racine (je référence le livre) un livre-album sur le roi Albert I et la reine Elisabeth. Vous aviez alors déniché dans des collections particulières des photos inédites. Le grand public connaît la reine Elisabeth comme la reine-infirmière, la mélomane et la femme de droiture (Bavaroise de naissance, elle s’opposa lors des deux guerres mondiales à l’envahisseur allemand) mais y a-t-il une facette de sa personnalité qui vous a alors plus marqué ?
Christophe Vachaudez : Ce qui demeure marquant, tout au long de sa vie, fut sa curiosité insatiable et son engagement sans failles. Sa curiosité envers les scientifiques, le monde culturel et sportif au sens large du terme. Elle avait d’ailleurs demandé aux ministères compétents de lui signaler toutes les personnalités qui posaient un pied sur le sol belge. D’office, elle les invitait au palais. Sa soif de découverte aussi pour les autres civilisations, demandant comme cadeau pour ses noces d’argent un voyage en Inde. Son engagement infatigable la conduira à mener à bien de vastes projets comme la création d’un palais des Beaux-Arts, la mise sur pied du Concours international de musique qui porte son nom ou encore de sa Fondation médicale.

Noblesse et Royautés : Après la Première Guerre Mondiale, l’aura du couple Albert I-Elisabeth a dépassé les frontières belges, pouvez-vous évoquer leurs voyages triomphaux à l’étranger ?
Christophe Vachaudez : Á la fin de la Première guerre mondiale, Albert et Elisabeth sont considérés comme des héros et ils sont accueillis comme tels aux États-Unis, en 1919, où des milliers d’américains bordent les rues pour les acclamer à San Francisco ou encore à Washington. Même chose au Brésil l’année suivante. Une foule en délire les surprend à Rio et ailleurs. Une avenue de Copacabana est même baptisée Avenida Rainha Elizabeth da Belgica !

Noblesse et Royautés : Elisabeth a assisté à l’ouverture de la tombe de Toutankhamon, pouvez-vous nous en parler ?
Christophe Vachaudez : Fidèle à sa curiosité, la reine veut être l’une des premières à descendre dans la tombe de Toutankhamon qui vient d’être découverte. Elle était légèrement souffrante et, déjà, on a évoqué la fameuse malédiction mais il en faut plus pour arrêter Elisabeth qui, jeune fille, avait déjà fait un voyage en Palestine et en Égypte. Elle posera tellement de questions qu’elle épuisera l’équipe d’archéologues elle-même.

Noblesse et Royautes : Après la mort du roi Albert I en 1934, la reine Elisabeth laisse brièvement sa place de reine des Belges à la reine Astrid (1934-1935). Redevient-elle un personnage central de la famille royale ensuite et surtout lors de la Seconde Guerre Mondiale ?
Christophe Vachaudez : La mort du roi Albert va l’anéantir et la plonger dans un état catatonique. Il faudra du temps pour qu’elle réagisse et la mort de la reine Astrid va la sortir de sa torpeur car elle veut être aux côtés de son fils et de ses petits-enfants, si durement touchés. Elle va vraiment jouer son rôle de grand-mère tout en continuant à œuvrer dans l’ombre, durant la seconde guerre mondiale. Elle a ainsi contribué au sauvetage de nombreux enfants juifs.

Noblesse et Royautes : On a le sentiment qu’avec les années qui passent, la reine s’embarrasse de moins en moins de la rigidité du protocole, faisant en gros à sa guise quant à ses fréquentations et voyages.
Christophe Vachaudez : Á la fin des années cinquante, la reine estime qu’elle peut se permettre de découvrir certains pays qui l’attirent depuis longtemps. Elle se sent indépendante et ne tient pas compte des avis négatifs émis par le gouvernement. Elle s’envole donc pour la Russie puis visitera Israël. Elle ne s’arrête pas en si bon chemin et reçoit un accueil triomphal en Chine avant de retourner en Russie en 1962. Elle recevra le surnom de reine rouge, ce qui la fera bien rire d’ailleurs. Son but unique était d’aller à la rencontre des autres peuples pour mieux les connaître, un idéalisme marqué par une certaine naïveté.

Noblesse et Royautés : Filleule de l’impératrice Sissi dont on connaît la dense activité sportive pour entretenir sa ligne, Elisabeth de Belgique était aussi une grande sportive jusqu’à la fin de sa vie
Christophe Vachaudez : Sa vie durant, la reine a toujours été très active. Adolescente, elle avait la réputation d’être un garçon manqué, montant sur les toits ou dans les arbres. Elle a partagé son goût des montagnes avec le roi Albert et a pratiqué avec lui l’escalade, la randonnée et le ski. Elle montait à cheval et aimait aussi le patin à glace. Elle nageait dans les lacs bavarois, en Italie ou même dans l’étang de Laeken. Plus âgée, il n’était pas rare de la voir la tête en bas, lors de ses séances de yoga. Enfin, n’oublions pas qu’elle a appris à conduire mais aussi à piloter un avion !

Noblesse et Royautes : En comparaison avec l’écrin des autres monarchies européennes, celui des reines des Belges fait bien pâle figure, car morcelé, dispersé au gré des successions. Il y a malgré tout des bijoux de la reine qui sont encore aujourd’hui en possession de la reine Paola.
Christophe Vachaudez : Il est vrai que les bijoux des Reines de Belgique sont entourés d’une certaine fatalité et l’héritage de la reine Elisabeth ne fait pas exception. La reine Paola a ainsi hérité d’un diadème de style Art déco que Mathilde a porté le jour de son mariage. De nombreuses pièces sont passées en salle de ventes comme le diadème signé Cartier qui sera montré lors du documentaire. D’autres bijoux ont tout simplement disparu.
« Albert I et Elisabeth », Esmeralda de Belgique et Christophe Vachaudez, Editions Racine, 2014, 190 p.
Régine ⋅ Actualité 2021, Belgique, Documentaire, Entretiens, Noblesse & Royautés 66 Comments
Myriam Schopfer
12 janvier 2021 @ 14:55
J’ai beaucoup aimé ce reportage. Merci Monsieur Berne.
Cette reine avait du sang de Sissi dans les veines, elle avait la bougeotte
comme elle.
Vasco2
12 janvier 2021 @ 15:02
mouais ! une Wittelsbach tout simplement.
aggie
12 janvier 2021 @ 19:06
J’ignorais à peu près tout de cette Reine ; quelle belle découverte ; pas de doute elle était bien la nièce de Sissi.
Pascal
12 janvier 2021 @ 19:17
Malgré tout ce que j’ai pu apprendre avec cette émission plutôt bien faite , malgré les éloges sans doute mérités qui lui sont ici décernés je ne trouve pas la personnalité de cette reine attachante .
Il me semble qu’elle avait bien des points communs avec sa tante l’impératrice Elisabeth mais qu’elle l’a vécu sur un mode mineur .
J’ai en revanche beaucoup apprécié les vues des serres de Laeken et l’intérieur de l’hôtel du comte de Flandres .
J’ai aussi compris pourquoi beaucoup disaient que Mademoiselle Boels ressemble beaucoup à la reine Astrid , sur les portraits ça ne me sautait pas aux yeux mais en voyant des films c’est surprenant !
Hilde
12 janvier 2021 @ 20:48
Très belle émission .
Robespierre
13 janvier 2021 @ 03:37
J’ai bien aimé cette émission. Parce que j’ai appris des tas de choses. Elisabeth, je ne la voyais pas aussi élégante avant sa vieillesse. L’amitié avec Colette, eh ben… Cocteau, je comprends mieux. J’admire sa curiosité intellectuelle, et le fait qu’elle ait su exploiter à fond toutes les possibilités de s’enrichir l’esprit que lui offrait son statut privilégié. Elle n’a pas gaspillé ses chances. C’est tellement bien de rencontrer des savants et des artistes quand on en a la possibilité. Apprendre la sculpture, persévérer au violon, lire et s’informer. Voyager pour découvrir d’autres cultures et paysages. Et quelle différence avec Fabiola aussi. Je ne savais pas que son mari lui fût si attaché, mais il avait bien raison. Il se serait peut-être ennuyé avec la bellissime princesse d’Orléans sans doute plus conventionnelle. La beauté ça se fane, mais l’intelligence et l’originalité qui pimentent la vie, ça reste.
Anastasie
13 janvier 2021 @ 08:37
Je suis d’accord avec Alix-Emérente et les autres que les contributions des « acteurs » étaient superflues, ceci d’autant plus que la personne qui incarnait Elisabeth n’avait aucune ressemblance avec elle. Cela m’a plutôt agacée… Cet ajout était vraiment superflu, même s’il semble que c’est à la mode !
LORDBHJ
13 janvier 2021 @ 11:42
Elisabeth, la drôle de reine de Belgique…
Aucune des reines en Belgique n’a été reine de Belgique mais bien reine(s) DES Belges.
Menthe
13 janvier 2021 @ 17:31
Je me demande comment une telle erreur a pû passer, LORDBHJ? Surtout que S. Bern, lui,n’a jamais commis l’erreur, il a tout le long parlé du roi des Belges ou de la reine des Belges !
Vitabel
14 janvier 2021 @ 23:48
J’ai vu l’émission, cette reine est étonnante mais effectivement pas très attachante. J’ai trouvé Albert (pour qui je n’ai pas une admiration débordante) plutôt sympa tout comme Esmeralda.
Abel Bremens
28 décembre 2021 @ 09:21
A propos de son niveau de jeu violonistique, n’oublions pas que le jugement venait d’un grand virtuose. Tout dépend du niveau d’exigence. Je pense que beaucoup de parents auraient été très fiers de ce niveau pour leurs enfants.