
Voici la carte postale de Kaysersberg par Guizmo.Kaysersberg est la ville natale du docteur Schweitzer, Elle est située sur la route des vins alsaciens.

« Je suis né le 14 janvier 1875 à Kaysersberg, petite cité du Haut-Rhin, dans la maison portant tourelle, sis à gauche en amont de la sortie de la localité. Mon père y était pasteur et instituteur de la petite paroisse protestante …«

C’est ainsi que commence son livre. Prix Nobel de la Paix en 1954, Albert Schweitzer reste l’une des figures les plus marquantes et l’Alsacien le plus célèbre du 20ème siècle. Son œuvre se perpétue à Lambaréné, mais aussi à travers les deux musées portant son nom à Kaysersberg et à Gunsbach.

De part sa position stratégique qui permet le contrôle d’une des nombreuses voies romaines les plus fréquentées des Vosges, entre la partie méridionale de l’Alsace et la Lorraine (par le Col du Bonhomme situé à l’altitude de 949 mètres), qui quadrillaient la Germanie supérieure, la vallée de Kaysersberg a été occupée par des militaires dès l’époque Romaine.

Cet emplacement stratégique a rapidement imposé la cité comme place forte, un véritable verrou sur l’une des seules routes permettant de franchir les Vosges et de relier l’Alsace au reste de la Gaule.
Quelques moines bénédictins s’installèrent un peu plus haut dans la vallée, à Alspach, au début du 12ème siècle. Au début du 13ème siècle (vers 1218), la forteresse est construite par le bailli impérial Wœlfelin de Haguenau. Sa première enceinte passait entre l’église et l’Hôtel de ville, filait jusqu’à la rivière : la Weiss, longeait le cours d’eau jusqu’à l’emplacement du pont fortifié et rejoignait le mur d’enceinte du château au niveau de la rue des Forgerons.
L’histoire de la ville commence véritablement en 1227 lorsque l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen, chargea son fils Henri VII d’acheter les droits sur le château aux sires de Ribeaupierre et de Horbourg pour se protéger des ducs de Lorraine qui auraient pu profiter de ce passage facile pour envahir l’Empire. Celui-ci avait reçu l’ordre de son père de verrouiller les vallées vosgiennes contre les incursions lorraines.
Le bailli Woelflin procéda aussitôt à la consolidation et à l’agrandissement de la forteresse. C’est le début de l’époque prospère de la ville, sous le contrôle de la famille des Hohenstaufen. Ville médiévale par excellence, elle subit malheureusement plusieurs sièges en 1245, 1247 et 1248, malgré ses fortifications et la reconstruction du château surplombant la ville.
Dès 1293, la population de Kaysersberg se voit accorder, grâce à Adolphe de Nassau, les mêmes droits et franchises qu’à Colmar. En 1330, l’histoire de Kaysersberg prend un nouveau tournant. La ville devient le siège de la Reichsvogtei, une instance administrative impériale.
En 1429, elle gagne encore en notoriété en obtenant le privilège d’ouvrir un marché hebdomadaire. Le prestige de la ville atteint son apogée en 1479, grâce à l’ouverture d’une foire.

Le 17ème siècle est difficile suite à la guerre de Trente Ans (1618-1648) qui met fin à l’inexorable ascension de Kaysersberg, qui faisait d’elle une ville renommée dans le monde germanique. Les troupes suédoises se sont emparées de Kaysersberg.
Elles ont incendié le château et le couvent d’Alspach. Cette guerre laisse la région ruinée par le passage des différentes troupes belligérantes de ce conflit. Suédois, Impériaux (qui dépendaient du Saint-Empire romain germanique), Lorrains et Français ont vécu aux dépens des habitants.Sa prospérité qui l’avait notamment rendue célèbre dans le monde germanique, s’étiole petit à petit.
Le château et de nombreux édifices se voient détruits et pillés, et la ville doit au sortir de la guerre, payer un lourd tribut qui l’endettera de nombreuses années. Kaysersberg finit également par perdre son indépendance et devient la possession de la Couronne de France.

A la Révolution française, il fut vendu avec les biens nationaux. En 1796, le domaine passa par les mains de François Joseph Boecklin de Boecklinsau, maire du village voisin de Kientzheim, qui y planta des vignes. Kaysersberg et l’Alsace furent annexés par l’Allemagne en 1871 et, en 1899, la forteresse devint propriété du Reichland d’Alsace-Lorraine.
Après un regain de dynamisme au 19ème siècle, principalement dans les années 1820-1870, grâce à l’installation d’industries textiles, la ville subit de plein fouet les écueils de la Guerre. Le 4 décembre 1944, Kaysersberg devient le verrou de la poche de Colmar et est mise en état de siège. Le 17 décembre 1944, la ville est libérée mais elle est fortement endommagée par les combats d’artillerie et les combats de rue.
Malgré les péripéties de son histoire, Kaysersberg a su conserver un très grand nombre de vestiges de son passé médiéval.

La visite de la ville commence par la rue du Général De Gaulle, qui traverse le centre de la ville et permet de voir l’essentiel de la ville.

L’imposant Hôtel de Ville de Kaysersberg a été construit en 1604 par le charpentier Dominique Haecher pour servir de résidence et de centre administratif au bailli impérial (le représentant direct de l’Empereur sur le territoire de Kaysersberg).

Ce bâtiment en grès des Vosges est un bel exemple de style Renaissance rhénane. Constitué d’un grand corps de bâtiment en forme de U, il s’élève sur deux étages. Le premier étage est occupée par la salle du conseil avec plafond à caissons, lambris et belles portes marquetées d’origine.

Le Grand portail en plein cintre donnant sur la rue du Général de Gaulle est décoré de rosaces, de coquilles et de fleurons. Au-dessus du portail se trouve un grand oriel sur deux étages.
Couronné d’un fronton à volutes et décoré de sculptures, l’ouvrage de style Renaissance monte jusqu’au toit. La belle tourelle d’escalier se situe du côté de l’église. A hauteur de la porte les armoiries de Kaysersberg et l’inscription en vieil allemand : « Den Aus und Ingang Gott bewar. Dem ley lob und dank gfagt immerdar » (en français : « Que Dieu protège l’entrée et la sortie, Qu’il soit loué et remercié à jamais »).
Cet Hôtel de Ville de Kaysersberg est organisé autour d’une cour intérieure dont la coursière à balustrade est joliment fleurie pendant la période estivale.
Celle-ci repose sur des colonnes en grès rose des Vosges. En sortant de la cour, le puits daté de 1521 est surmonté d’un bas-relief avec des dauphins, il s’agit du plus vieux décor de style Renaissance en Alsace.

La maison Loewert des XVIe et XVIIIe siècles, avec son oriel d’angle a deux étages, sa loggia en équerre et sa représentation de la Vierge à l’Enfant.

L’église Sainte Croix : elle est située à côté de l’hôtel de ville. Sa construction s’est faite par étape du XIIème au XVème siècle. Le portail roman, encadré de colonnes avec des chapiteaux à décors variés (animaux et végétaux), présente un beau tympan représentant le couronnement de la Vierge.

Le tympan est inspiré de celui du portail sud de la cathédrale de Strasbourg, édifié vers 1225. Il est similaire à ceux de Sigolsheim et de Bâle. A l’intérieur on découvre un superbe Christ en croix, monumental (4,10 mètres), daté du XVIème siècle, placé sur la poutre de gloire.

Derrière, dans le chœur, un remarquable retable en bois fut sculpté par Jean Bongartz (ou Bongart) de Colmar en 1518. Il présente 14 tableaux dorés et peints retraçant la Passion du Christ.

L’ensemble est couronné des statues de saint Christophe, de l’impératrice Hélène et de sainte Marguerite.

Le clocher, assez singulier, a la forme d’une calotte aplatie. Haut de 41 mètres, il est recouvert de cuivre verdi. Il était pointu à l’origine. En 1825, il a été retravaillé pour permettre aux Kaysersbergeois d’avoir une sonnerie de 5 cloches.
Sur la Place de l’église, plusieurs belles maisons à colombages donnent sur cette place. Une fontaine en grès jaune complète le décor, surmontée d’une statue de l’Empereur Constantin, datée du XVIème siècle.

Le musée municipal : installé au 1er étage d’une maison construite en 1521 par un riche propriétaire de mines d’argent de Sainte-Marie-aux-Mines, Rheinhard von Wide, ce musée présente des œuvres d’art religieux du 14e au 18e siècle, dont une rarissime Vierge ouvrante de 1380, un Christ dit « des Rameaux » du 15e siècle et des objets ayant trait aux arts et traditions populaires.
Juste avant le pont fortifié, construit en grès rose en 1514, et qui protégeait la ville d’agression possible venant de la Weiss, plusieurs maisons intéressantes, dont le Badhus qui servit au XVII et XVIIIème siècle d’auberge avant de devenir les bains municipaux.

La maison Herzer se situe dans le coeur historique de Kaysersberg, elle fait face au pont fortifié de la Weiss. Cette belle demeure Renaissance est munie au rez-de-chaussée de la façade Sud, de baies en plein-cintre à encadrement en grès des Vosges, comme la porte d’entrée.
Le premier étage en encorbellement et pans de bois a le dessous des 2 grandes fenêtres gravées d’un dicton en Allemand qui peut se traduire par: « Les chardons et les épines piquent fort, les mauvaises langues piquent davantage. C’est pourquoi j’aimerais mieux tomber dans les chardons que d’avoir affaire aux mauvaises langues« .
Le deuxième étage étant une loggia couverte, avec de magnifiques piliers torsadés, elle est coiffée d’un pignon à colombages en résille orné d’une porte qui permettait le stockage du bois dans les combles, elle est surmontée d’une potence sculptée d’un monstre qui tient la poulie dans sa gueule. Cette très belle maison alsacienne à pans de bois et encorbellement a été construite en 1592 pour le forgeron Michel Herzer, elle est inscrite à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 1932.
La maison natale de Albert Schweitzer et son musée : la ville de Kaysersberg reste attachée au souvenir et aux valeurs du docteur. Des travaux ont relié la maison natale à la maison mitoyenne afin d’y aménager des salles d’exposition.
Parmi les souvenirs personnels du docteur Schweitzer, on trouve le chapeau indispensable en Afrique, des lettres, des photographies, et aussi des souvenirs de Lambaréné : pirogue, cornes, masques, instruments de musique, objets en ébène fabriqués par les lépreux…. Un buste en bronze du Docteur a été érigé à l’entrée du parc non loin du musée.
La chapelle de l’Oberhof dite « Notre-Dame du Scapulaire » a été construite en 1391 grâce à la générosité de Wetzel Berwart. Elle appartenait à l’abbaye de Pairis, près d’Orbey et elle fut agrandie en 1473. Pendant la Révolution Française la chapelle de l’Oberhof est achetée par l’ancien régisseur Pierre Eckert. Aujourd’hui, elle appartient à la famille Salzmann-Thomann et abrite plusieurs statues polychromes des XVIIIe et XIXe siècles, une Vierge à l’Enfant du XIXe siècle et la crosse de l’abbesse d’Alsace. La chapelle de l’Oberhof de Kaysersberg est classée aux Monuments Historiques depuis le 23 août.

Le Château : On accède à la cour du château par une porte en plein cintre avec à gauche une canonnière à fente cruciforme et une bouche de tir circulaire. Le château de Kaysersberg a été édifié selon un plan triangulaire.. Il possède un énorme donjon cylindrique dont sa particularité est d’être l’un des plus vieux donjons ronds d’Alsace.
Avec ses murs de plus de quatre mètres d’épaisseur, il est une curiosité à lui seul. 100 marches mènent à son sommet, L’été, un spectacle son et lumières retrace l’histoire des châteaux forts sur sa façade. En 1919, le château fut acquis par l’État français et classés monument historique en 1930. Kaysersberg a été élu « Village préféré des français 2017.

Pour votre apéritif du soir, après une journée bien chargée, testez le kougelhopf salé aux noix et lardons. Accompagné d’un petit verre de « gewurtz » ou d’un pétillant crémant, c’est un réel délice ! »
Régine ⋅ Actualité 2022, Cartes postales, Châteaux, Eglises, France 48 Comments
l'Alsacienne
7 juillet 2022 @ 19:13
Merci Guizmo pour votre fameux reportage sur la ville de Kaysersberg et notre belle région.
En Alsace, le souvenir du Dr Schweitzer et son oeuvre sont restés très vivants.
Le fille du médecin, théologien et musicien a été prénommée Rhéna en hommage à notre fleuve Le Rhin.
Carolibri
7 juillet 2022 @ 21:58
Superbe reportage . Merci ???
Amandine
7 juillet 2022 @ 21:59
Alsacienne, Je suis fière de lire un article sur un village alsacien sur le site Noblesse et royautés. Il est bien connu. D’autres villages valent le détour avec une riche histoire.
Merci d avoir rédigé cet article
Maria
8 juillet 2022 @ 00:03
Dalle foto sembra un luogo ben conservato ,mi auguro che continuino così i cittadini di Kaysersberg, la nostra storia è importante! Traduco con google :D’après les photos, cela ressemble à un endroit bien préservé, j’espère que les citoyens de Kaysersberg continueront comme ça, notre histoire est importante ! Je traduis avec Google
Ghislaine
8 juillet 2022 @ 14:31
Une région d’Alsace , un peu moins évoquée et pourtant si belle pour moi , le Sundgau .
Léonor
10 juillet 2022 @ 20:05
Je déteste l’Alsace-route-des-vins et l’Alsace-géraniums . Ce sont des cartes postales. Du pipeau à touristes .
Et je suis alsacienne.
Justement .
Ghislaine
11 juillet 2022 @ 14:16
Je comprends , dans la région où je vis je déplore souvent que des villages adorables , des sites authentiques soient ignorés au profit des bords de mer courus n vus et revus mais c’est ainsi .
Je garderai longtemps venant du Sundgau mon arrivée à la frontière suisse avec les alpes enneigées en fond de décor !
Léonor
10 juillet 2022 @ 20:09
Il faut aller dans le Ried, dans l’Outre-Forêt, dans le Sundgau, dans les Vosges alsaciennes, dans la vallée de la Bruche, sur les Hautes-Chaumes, dans les vallées haut-rhinoises qui montent dans les Vosges, dans les vrais quartiers non touristiques des villes, sur les sites industriels, sur els sites de mémoire des guerres , sur les sites industriels ouverts à la visite.
Je n’en peux plus des géraniums rouges, je les déteste. L’Alsace, ce n’est pas ça.