
Le 4 mai 1897, Sophie-Charlotte en Bavière (ici sur une photo de Franz Hanfstaengl de 1867), soeur de l’impératrice Elisabeth d’Autriche, et duchese d’Alençon par son mariage avec le petit-fils de Louis-Philippe, préside la vente du Bazar de la Charité. Celle qui avait failli être reine de Bavière par ses fiançailles avec Louis II, était finalement entrée dans la maison d’Orléans et allait connaître à Paris, une fin des plus tragiques.

Le Bazar de la Charité (ici la veille de la catastrophe, L’Illustration, mai 1897) est une organisation caritative dont l’objet est d’assurer la vente d’objets, lingeries et colifichets divers, au profit des plus démunis. les comptoirs sont tenus par des dames appartenant à la plus haute aristocratie française. Le décor, fait de carton pâte et de bois blanc, recouvert de peinture, de tentures et rideaux, évoque une rue et des échoppes du Moyen-Age.

Vers 16h30, survient l’accident fatal (L’Illustration, ci-dessus titre « Un brasier de chairs humaines »), alors que l’on projette un film : la lampe de projection du cinématographe a épuisé sa réserve d’éther et il faut à nouveau la remplir. L’assistant du projectionniste allume une allumette mais l’appareil est mal isolé et les vapeurs d’éther s’enflamment. Un rideau prend feu, enflamme les boiseries puis se propage au vélum goudronné qui sert de plafond au Bazar. Un témoin dira : « Comme une véritable traînée de poudre dans un rugissement affolant, le feu embrasait le décor, courait le long des boiseries, dévorant sur son passage ce fouillis gracieux et fragile de tentures, de rubans et de dentelles. » Au grondement de l’incendie, répondent les cris de panique des 1200 invités qui tentent de s’enfuir en perdant leur sang-froid. Certaines personnes tombent et ne peuvent se relever, piétinées par la foule des fuyards, paniqués.
La duchesse d’Alençon, dira à la jeune comtesse Mathilde d’Andlau : « Partez vite. Ne vous occupez pas de moi. Je partirai la dernière« . Une religieuse vient s’effondrer à ses pieds « Ô Madame, quelle mort ! », elle lui répond « Oui, mais dans quelques minutes pensez que nous verrons Dieu ! ». Ce seront ses dernières paroles. Elle mourra en compagnie de la comtesse de Beauchamp, qu’elle prendra dans ses bras pour lui masquer la mort qui l’attend.

Nul ne sait si elle mourut asphyxiée ou brûlée vive, mais les contractions de son corps montrent qu’elle avait dû souffrir atrocement. Son corps, méconnaissable, sera finalement authentifié par son dentiste qui, seul, pourra reconnaître ses dents immaculées et son bridge en or. (Ci-dessus le Bazar de la Charité après la catastrophe : partie du terrain où se trouvait le principal amoncellement de cadavres. L’Illustration – mai 1897)
Au total, la catastrophe fait 126 victimes et 250 blessés graves. Le duc d’Aumale, fils de Louis Philippe, est terrassé par une crise cardiaque le 7 mai 1897. Il venait d’achever une vingtaine de lettres de condoléances pour les familles de l’incendie le plus meurtrier de la IIIème république.

Juste après l’incenie, l’archevêque de Paris lance une souscription pour acheter le terrain où avait eu lieu l’incenie afin d’y construire une chapelle commémorative : Notre Dame de Consolation. Le 4 mai 1900, la chapelle est inaugurée sous l’égide du Cardinal Richard. (Ci-dessus, l’entrée rue Jean Goujon)

L’architecte Albert Guilbert obtint la médaille d’or à l’exposition universelle de 1900 pour la réalisation de ce monument de style néoclassique. La décoration sculpturale intérieure fut confiée à Hiolin, les verrières à Henri Carrot, la peinture de la coupole à Albert Maignan.


Erigés dans un cloître à l’arrière de la chapelle, 14 cénotaphes symbolisent la souffrance des familles unies à celle du Christ au Calvaire, et forment un Chemin de Croix. C’est dans ce chemin de Croix que sont inscrits sur 6 plaques de marbre noir en lettres d’or, les noms des victimes.

Après une messe funèbre, célébrée en l’église Saint Philippe du Roule, Sophie-Charlotte est inhumée dans la chapelle funèbre des Orléans à Dreux. Le gisant réalisé pour son tombeau représente de manière tellement poignante la duchesse de train de mourir qu’il n’est pas installé, et un autre plus sobre, est commandé au sculpteur Charles-Albert Walhain. (Merci à Francky pour ses recherches, son texte et ses photos)
Francky
25 novembre 2010 @ 19:58
Charles 46
Vous avez raison: les femmes étaient présentes en plus grand nombre que les hommes. Mais ceux-ci n’étaient pas absents de cette vente de charité. A titre d’exemple, le nonce apostolique y était une heure avant l’incendie.
Toutes les sources (il y a eu de nombreux témoignages de survivants) concordent pour souligner la précipitation des hommes présents à sortir les premiers, bousculant et piétinant les femmes sur leur passage.
Parmi les rares hommes décédés, on trouve un général et 2 médecins, donc des personnes accoutumées à envisager avec sang-froid le danger et la mort.
L’embrasement fut si rapide et effroyable que l’on peut malheureusement penser que l’instinct de survie l’a emporté sur la solidarité et la conscience, et a donné lieu à de telles attitudes.
chaton
25 novembre 2010 @ 20:15
@ Marie de Béarn 43, ici il s’agit d’un accident suivi de panique, je dirai que les temps n’ont pas changés dans le compartement des hommes il y a ceux qui agissent pour soi et d’autres qui aident et les moyens autrefois étaient un seau d’eau quant à la distance pour chercher l’eau cela n’est pas évoquée . Là où je suis d’accord avec vous la tenue des dames autrefois en cas de feu ici accidentel , la robe + l’éther créait une torche vivante pour ces dames comme quoi heureusement que l’époque a évolué toutefois nous ne sommes pas toujours à l’abri d’un feu n’est-ce pas ? parfois avec ou sans victime pour des raisons accidentelles ( accident de la route ou par avion ) ou avec victimes pour des raisons naturelles ( pendant les fortes chaleur , éruption de volcan …) ?
chaton
25 novembre 2010 @ 20:15
oups erreur pardon je voulais écrire : comportement
marie-françoise
25 novembre 2010 @ 20:27
Merci Francky pour ce reportage passionnant et original, je ne connaissais pas cette tragédie, aussi c’est avec beaucoup d’intérêt que je vous ai lu. bien amicalement
palatine
25 novembre 2010 @ 20:35
Marie-François, c’est vrai ce que vous dites, dans votre post 58, la vie conjugale de la duchesse d’Alençon ne fut pas un long fleuve tranquille, mais sa mort héroïque fit oublier tout cela…
Michèle
25 novembre 2010 @ 22:25
Merci Francky pour ce reportage.
Merci aussi à tous ceux et celles qui nous donnent des précisions sans oublier Régine pour avoir mis ce reportage en ligne.
martine
25 novembre 2010 @ 22:28
Francky
J’arrive un peu tard,mais je vous félicite pour ce documentaire très détaillé dont comme beaucoup j’en ai entendu parlé et pas avec autant de précisions sur cet incendie classé historique pour la France.
Vous avez raison,les femmes avaient des vêtements et des chapeaux qui ont pris rapidement les flammes,sans oublier le décor en carton etc,la lampe avec de l’éther (responsable avec ses vapeurs)l’entassement des gens dans ce bazar etc,le feu ne pouvait que faire de nombreuses victimes surtout féminines.
Nous attendons votre prochain reportage avec plaisir.
martine
25 novembre 2010 @ 22:33
Régine
Chouette,on va pouvoir se régaler avec tout ce que vous nous annoncez dans les prochains jours,j’adore les châteaux et une chance d’avoir des reporters dans cette catégorie dans votre site
Merci pour l’annonce
corentine
25 novembre 2010 @ 23:03
un complément
extrait de l’ouvrage de la comtesse de Pange née princesse Pauline de Broglie « Comment j’ai vu 1900 »
« Le « Bazar de la Charité » qui groupait toutes les oeuvres plus ou moins aristocratiques fut installé pendant plusieurs années rue de la Boetie. On menait volontiers les enfants à ces ventes pretextes à des réunions élégantes. Je me souviens très bien de ce comptoir de ma grand-mère (Madame d’Armaillé née Celestine de Segur) où était simulé un mât de navire chargé de petites poupées habillées en matelot……
En 1897, le « Bazar » fut transféré rue Jean Goujon dans un nouveau local plus luxueux que le precedent. Le 4 mai ,jour fixé pour la vente, il fut convenu que j’accompagnerai ma mère rue Goujon. Mais il arriva selon la coutume que ma mère fut prise d’une légère migraine et que la partie était décommandée. j’allais donc dans la chambre de ma grand mère, j’étais occupée avec un album de coloriage lorsque quelqu’un frappa à la porte. ce n’etait pas l’heure où d’ordinaire un valet de pied apportait le Journal des Debats sur un plateau d’argent, aussi le coup parut-il insolite. Ma grand mère se leva toute droite en disant « Entrez ». C’etait le maître d’hotel lui-même qui annonça d’une voie toute changée : « La princesse fait dire à Madame la Comtesse que le Bazar de Charité brûle ! »
Je dois noter que malgré mon peu d’expérience de toutes choses, j’eus la visiosn très nette de la catastrophe. je connaissais à peu près le décor, les comptoirs tendus d’andrinople rouge et chargée de bibelots fragiles, le velum jaune servant de plafond et j’imaginai aussitôt dans la salle l’affolement des dames tout empanachées et la bousculade des tréteaux et des chaises renversés.
Ma grand mère mit un châle et sa mantille noire , me prit par la main et monta avec moi dans le salon de ma mère où il y avait déjà plusieurs personnes. C’est la seule fois, je crois où je vis ma grand-mère chez sa fille !
Je ne sais comment on appris le drame et on ignorait encore le nombre des victimes. L’inquiétude était visible. Ma mère écrivait hâtivement des billets qu’elle faisait porter en ville par des domestiques. On fut assez vite rassuré sur le sort de ma soeur Albertine qui devait vendre ce jour là au comptoir d’une de ses parentes, la comtesse Louis de Luppé. Heureusement ma soeur avait eu aussi un léger rhume et avait preferé passé la journée à la campagne. Elle avait dit en partant : »je n’irai pas au bazar car on y aura trop chaud », paroles qui semblèrent après coup d’une ironie prophétique.
La comtesse Louis de Luppé fut brulée vive, on ne retrouva que son alliance et on ne sut jamais si le corps qui lui fut attribué était bien le sien.
Toute la soirée on parla de l’évènement. Les nouvelles arrivaient une à une et toujours effrayantes. L’annonce de la mort de la duchesse d’Alençon mit le comble à la consternation générale. On maudissait les organisateurs et l’idée absurde d’avoir installé un cinematographe dans la salle. Ma tante de l’Aigle fut sauvée par miracle en passant par le soupirail d’une cave d’une maison voisine, l’Hotel du Palais. Un garçon de cuisine parvint à déboulonner les barreaux et à sauver ainsi de nombreuses personnes. Ma tante que nous allâmes voir le lendemain donna des détails atroces. elle avait vu une de ses amies brûler comme une torche devant elle. Plusieurs dames parvinrent à sortir de la fournaise , mais tombaient brûlées avant de pouvoir gagner un refuge pendant que l’on coupait les barreaux du soupirail. Je vis sur les journaux illustrés les cadavres tordus et noirs étendus sur plusieurs rangs à l’intérieur du Palais de l’Industrie aux Champs-Elysées.
Plus de trois cents personnes avaient péri dans cette catastrophe qui fit une impression immense. je me rendais très bien compte qu’il s’en été fallu de peu que ma mère, ma soeur et moi nous n’eussions été parmi les victimes
On en parla toute une saison et la politique s’en mêla. j’entendis discuter le sermon que fit le Père Olivier à la cérémonie funèbre à Notre Dame. Profitant de la présence des ministres et des ambassadeurs, il présenta le désastre comme un necessaire holocauste offert au ciel en réparation des crimes du gouvernement. La mort de la duchesse d’Alençon lui paraissait une preuve irrefutable de cette manière de considerer l’évènement. Les journaux d’opposition soutenaient cette thèse avec violence mais je me souviens que mon père (le duc de Broglie) blâmait le Père Olivier, disant que c’etait maladroit de critiquer le gouvernement alors que les ministres anticléricaux faisaient un geste méritoire en assistant officiellement à une cérémonie religieuse. J’apprenais ainsi peu à peu à discerner le jeu singulier des passions. »
Pauline de Broglie, comtesse de Pange
extrait de « Comment j’ai vu 1900 » chez Grasset 1975
livre très interressant
Jacques-Régis du Cray
25 novembre 2010 @ 23:42
Merci pour cet article qui relate fidèlement l’évènement. Etant membre du conseil d’administration de l’association du Mémorial du Bazar de la Charité (rassemblant les descendants des victimes), qui est propriétaire des lieux, je me permets de répondre à quelques interrogations lues dans ces commentaires :
– La famille d’Orléans a été représentée lors des deux centenaires (celui de l’incendie et celui de la chapelle) :
1. Pour le centenaire de l’incendie (mai 1997), la comtesse de Paris était présente au vernissage puis à la cérémonie qui a eu lieu le 4 mai. Ce jour-là, elle était accompagnée de sa belle-fille, la duchesse d’Orléans.
2. Pour le centenaire de la chapelle (mai 2000), le duc de Vendôme est venu inaugurer l’exposition avec sa mère, la duchesse de Montpensier.
– Ce n’est pas le cardinal François Richard qui est directement à l’initiative de la construction de Notre-Dame-de-Consolation, mais les familles qui se sont réunies. Toutefois, le cardinal a soutenu le projet, est venu en personne poser la première pierre (4 mai 1898) et bénir la chapelle (4 mai 1900).
– la duchesse d’Alençon a aujourd’hui plusieurs descendants (par sa fille Louise, princesse de Bavière dont la fille Elisabeth a eu sept enfants qui vivent, sauf un décédé) et par son fils Emmanuel, duc de Vendôme. Des enfants de ce dernier, seules Marie-Louise, princesse de Bourbon-Siciles (un fils) et Geneviève, marquise de Chaponay (deux enfants) ont eu de la postérité.
– La thèse selon laquelle les hommes auraient poussé les femmes et se seraient tirés d’affaire est apparue dans un journal extrémiste antimonarchiste quelques jours après le Bazar de la Charité et n’a été retenue par aucun grand quotidien de l’époque. Ayant étudié entre 1997 et 2000 la généalogie des victimes, j’ai pu consulter les archives de la préfecture de police qui estiment que quelques dizaines d’hommes seulement étaient présents pour une assemblée de près de 1300 personnes. Quasiment aucun mari n’avait accompagné son épouse car, c’était un mardi et qu’ils travaillaient. C’était le cas de mon ancêtre qui est venue seule au Bazar où elle a trouvé la mort. Les rares victimes de sexe masculin sont – à une exception près – des retraités et des enfants. Enfin, il faut noter que la quasi-totalité des sauveteurs qui ont été décorés lors d’une cérémonie à la mairie de Paris quelques semaines plus tard étaient des hommes. Aucune couardise de la part des femmes. Il s’avérait que c’étaient essentiellement des hommes qui travaillaient dans le quartier (cochers, employés de l’hôtel du Palais sans parler des pompiers).
– Le nombre exact de victimes est de 125. Il y a eu quelques hésitations dans les journaux. Mais les dossiers de la préfecture de police sont très clairs à ce sujet. Ils ont même suivi jour après jour le sort de certaines personnes blessées qui sont mortes chez elles et qui ont été comptabilisées jusqu’à la fin du mois de mai.
– Enfin la chapelle Notre-Dame-de-Consolation est régulièrement ouverte aux visiteurs. La peinture intérieure de la coupole représente une partie des victimes dont – au centre – la duchesse d’Alençon. Par ailleurs, un chemin de croix se trouve à l’arrière de la chapelle. Les plaques mentionnant le nom de toutes les victimes s’y trouvent, de même que quelques cénotaphes, dont celui de la duchesse d’Alençon dont l’effigie est entourée des armes des Wittelsbach et des d’Orléans. Pour les horaires des visites, il vaut mieux s’annoncer à l’avance :
http://bazardelacharite.blog.free.fr/index.php?pages/Infos-pratiques
ou bien attendre les journées du patrimoine.
J.-R. du Cray
corentine
26 novembre 2010 @ 00:30
autre extrait de livre
extrait de « le duc et la duchesse d’Alençon, un couple de tragedie » de Marguerite Bourcet, librairie academique Perrin 1947.
« Le Bazar de la Charité etait non point une vente destinée à une oeuvre unique : de nombreuses oeuvres avaient jugé plus avantageux de s’associer. Elles louaient un vaste local à frais communs ce qui minimisait les dépenses, et permettait en outre de grouper acheteurs et invités. La plus authentique aristocratie presidant et patronnant ces oeuvres l’ouverture du Bazar de la Charité constituait chaque printemps un évènement de la saison parisienne.
le local était une longue galerie très legerement construite. Un immense velum la recouvrait, laissant filtrer la lumière. La porte principale donnait rue Jean Goujon, deux autres plus étroites débouchaient sur un terrain herbu. Ces portes ouvraient en dedans, personne n’avait attaché d’importance à ce détail.
On avait soigné la décoratipn intérieure en reconstituant des petites échoppes aux murs légers en cartons peinturlurées de couleurs vives leur prêtant un aspect joyeux d’échoppes du Moyen Age.
Une porte défendue par un tourniquet conduisait dans une petite salle obscur. Sur le fronton on lisait « Le cinematographe, photographies animées, prix d’entrée, 0 fr 50.
3h1/2 : le brouhaha d’une bonne compagnie d’une affluence élégante. beaucoup de jeunes filles , de nombreuses douairières aux cheveux blancs. Tout ce qui porte un nom dans le paris charitable, du faubourg Saint Germain au parc Monceau.
la duchesse d’Alençon preside presque au fond de la galerie le grand stand des Noviciats dominicains. Le duc d’Alençon vient d’arriver, il la trouve lasse. Elle parait souffrir de l’excessive chaleur.
4 h 1/4 : Le nonce vient de visiter les comptoirs. Il est parti depuis quelques minutes. Les Peres dominicains présents lui ont fait escorte. le duc d’Alençon aussi l’a reconduit jusqu’à la porte. Puis il s’est attardé pour échanger quelques mots avec un ami, à l’autre extrémité de la fête. Toute la longueur de la galerie le sépare du stand des Noviciats dominicains.
la duchesse d’Alençon rayonne. Jamais vente ne connut un tel succès. Quinze cents personnes environ se pressent dans ce hall long et étroit encombré de comptoirs, de bancs, d’attractions diverses. Le cinematographe refuse du monde. Il ne reste plus une place autour des tables à thé. Ochestre, musiques, valses lentes
et tout à coup, un cri jaillit d’on ne sait où : -AU FEU !
De ce premier appel d’alarme à la chute finale de la toiture, l’incendie du Bazar de la Charité devait durer exactement quatorze minutes.
Des gens commencent à courir en désordre vers la sortie.
Le duc d’Alençon qui se trouve à quelques pas de la porte principale a un reflexe de chef : assumer la direction, organiser ce départ.
A l’autre bout de la galerie, la duchesse d’Alençon garde son sang froid pour s’occuper des autres. Quant à se sauver, la sortie est encore aisée, l’idée n’en parait meme pas l’avoir effleurée.
« Surtout pas de panique » dit-elle. Elle indique à ses vendeuses une petite porte donnant sur le terrain vague. Elle prie que l’on veuille bien sortir en ordre : les jeunes d’abord, puis les visiteuses et enfin les titulaires du comptoir.
Soudain une gerbe de flammes fuse de la cabine du cinematographe. Avec une rapidité foudroyante, le feu a grimpé le long de la cloison. Pature toute trouvée : constructions légères, papiers, cartonnages. ne flamme atteint le grand velum qui sert de toiture et qui s’embrase d’un seul coup.
Le stand du Noviciat semble à peu près évacué. La duchesse d’Alençon a fait tout ce qui était en son pouvoir pour garantir le salut de ses compagnes. Il va falloir maintenant qu’elle se sauve à son tour.
La duchesse d’Alençon suivie d’une amie, la baronne H de France s’est dirigée vers le centre de la salle dans la direction de la porte principale.
La petite porte est sans dote plus proche mais c’est du coté de la grande porte qu’elel a aperçu son mari pour la dernière fois. Elle va tenter d’aller à sa rencontre.
cependant aux prix d’efforts surhumains, les vêtements en désordre, la chevelure et la barbe roussies, le duc d’Alençon a atteint le stand des Noviciats dominicains. Elle n’y est pas. Une ruée de foule le soulève, il se retrouve dehors par la petite porte.
Pendant ce temps, abandonnant la porte principale, la duchesse d’Alençon rebrousse chemin. Elle remonte vers le fond toujours suivie de l’amie qui ne l’a pas quittée. Elle arrive enfin harassée, haletante en vue de cette petite porte dérobée. En quelques instants celle ci est devenue inaccessible. Les montants ont pris feu. Elle replonge à contresens dans la foule furieuse, elle est heurtée. La voilà revenue devant ce comptoir des Noviciats où son mari l’a cherchée en vain quelques minutes plut tôt.
Ils se sont manqués.
Maintenant l’horreur a atteint son apogée. la chaleur est telle que les robes et les cheveux flambent spontanement. La duchesse d’Alençon s’adosse à son comptoir. Elle ne cesse de s’occuper de ceux qui partagent son sort. Elle les encourage, les console. une religieuse qui devait mourir à l’hopital quelques jours plus tard, vient s’abattre presque à ses pieds :
-Oh Madame, quelle mort
-Oui, mais dans quelques minutes pensez que nous verrons Dieu, que nous serons au ciel.
Son dernier mot….
Dans ce drame, en moins d’un quart d’heure, 143 personnes avaient trouvé la mort. »
Honorade
26 novembre 2010 @ 00:32
Francky, merci pour ce document très intéressant mais qui laisse muet de stupeur.
beji
26 novembre 2010 @ 01:07
il existe un livre ,format album ,de Dominique Paoli,
paru en 1997,préfaçé par la comtesse de Paris et intitulé: »l’incendie du Bazar de la Charité ».il est très intéressant,très complet enrichi d’aquarelles
et de photos et comporte le noms des victimes qui ont
péri soit dans l’incendie soit dans les jours qui ont
suivi;il me semble que la plus jeune victime est un
petit garçon de cinq ans,orphelin,qu’une dame et une
religieuse avaient accompagné à cette vente.
par ailleurs,j’ai lu que le duc d’Aumale,qui aimait
beaucoup sa nièce par alliance est décédé,suite à
l’annonce du décès de la duchesse d’Alençon.
je confirme,que le livre de Marguerite Bourcet est
un magnifique ouvrage,ne comportant pas certains
faits rapportés par Dominique Paoli dans sa biographie
de Sophie-Charlotte.
une cousine de Sissi,Mathilde,est aussi morte brûlée
vive,car surprise par son père alors qu’elle était
en train de fumer dans sa chambre ,elle a voulu cacher
sa cigarette qui a mis le feu à sa robe de bal;elle
était très jeune.
au cours de plusieurs voyages à Paris je suis allée à la chapelle,mais elle était toujours fermée.
Michèle
26 novembre 2010 @ 03:22
Jose (35)
Sur les journaux de l´Epoque: Le Figaro du mercredi 5 mai 1897 et des jours suivants
J´ai lu les pages concernant l´incendie du Bazar de la Charité et j´ai trouvé ceci:
Chez le Duc d´Alençon
La mort de la duchesse d´Alençon produit une impression indicible. Des personnes sans nombre vont demander de ses nouvelles au n°32 de l´avenue Friedland, sa demeure.
Dans la foule qui attend anxieusement, dans la cour, est la reine de Naples, soeur de Mme la duchesse d´Alencon; le baron de Muritiba, chambellan de Mme la comtesse d´Eu; le baron de Fonscolombe.,,,,,, On ne parle absolument pas du Comte d´Eu ou de la comtesse d´Eu.
Dams la liste des dames patronesses il n´y a pas le nom de la Comtesse d´Eu.
Sophie
26 novembre 2010 @ 07:28
Comme l’a écrit Régine, que de commentaires intéressants. certains ajoutés depusi hier soir. Un vrai plaisir ! Merci à tous et à Francky pour ses recherches
Caroline
26 novembre 2010 @ 08:39
Apres ces commentaires interessants et ‘macabres’,je vous conseille de lire des details sur la vie de la duchesse d’Alencon en ‘tapant’ la duchesse d’Alencon par Google!Effecrtivement,elle a eu une fille et un garcon avec une descendance.
corentine
26 novembre 2010 @ 09:26
descendance du duc et de la duchesse d’Alençon
le couple a eu deux enfants :
-Louise, Victoire, marie, Amélie, Sophie (1869-1952) mariée au prince Alphonse de bavière d’où deux enfants
-Emmanuel, Philippe, Maximilien, Marie, Eudes (1872-1931), duc de Vendôme, marié à la princesse Henriette de Belgique (voir dans la rubrique descendance)
la princesse Louise et le prince Alphonse de Bavière ont eu un fils Joseph-Clemens (1902-1990), sans alliance et une fille Elisabeth (1913-2005) mariée deux fois
descendance de la princesse Elisabeth de Bavière :
Elle se marie en 1eres noces en 1939 à Joseph von Kageneck dont elle aura 3 fils Hubertus (1940) et des petits jumeaux Peter et Michael le 4/12/1941. Mais quelques semaines plus tard, elle est veuve. Joseph von Kageneck a été tué en Russie le 29/12/1941.
veuve elle se remarie en 2nd noces en 1944 avec Ernst Kustner qui lui donnera 4 filles
du 1er mariage :
1-Hubertus (1940) marié à 4 fois et div 4 fois, il est sans descendance. Ses épouses sont successivement Krista Wohrl, Erika Mithoefer, Karin Waas et Michaela d’Autriche (fille de l’archiduc Otto)
2-Michael (1941) marié 3 fois avec
-Christine Bengels d’où Martin (1964), Alexandra (1966), André (1968)
-Beate Apeldorn d’où Carl (1972)
-Lieselotte Buchenthal d’où Philipp (1978) et Isabella (1984)
3-Peter (1941-2009), marié à brigitte von Sirvers d’où 3 enfants : Ferdinand (1978) marié à Nina Beranek qui ont un fils Maximilien né en 2010; Theresa (1980) et Constantin (1986)
du 2nd mariage :
4-Marie-Anne (1943) mariée à Adolph Schweitzer d’où Klaus (1966), Stephanie (1972) et Caroline (1974)
5-Felicitas (1945) sans alliance
6-Christine (1946) sans alliance
7-Gabrielle (1948) mariée à Hermann Rademacher d’où un fils Berndt (1978)
Dominique
26 novembre 2010 @ 09:29
Quelle tragédie!je ne connaissais pas complètement toute l’histoire et je ne savais pas ou se trouvé la « chapelle de notre Dame de Consolation ».MERCI A FRANCKY
corentine
26 novembre 2010 @ 11:12
ce que j’aime dans ce site de NR particulièrement, c’est la collaboration et la participation de tous
encore une fois merci et félicitations à Francky
et merci à Régine pour cette ouverture
Francky
26 novembre 2010 @ 13:59
Caroline 51
Veuillez m’excuser: j’ai oublié de répondre hier, à votre message concernant la descendance de la duchesse d’Alençon. Mais Corentine l’a fait entre temps, et je l’en remercie beaucoup !
Francky
26 novembre 2010 @ 16:17
Un grand merci aux différents internautes qui ont manifesté leur intérêt pour cet article, et qui ont apporté des informations complémentaires et très intéressantes. Comme quoi, comme le souligne Régine, échanger des avis constructifs et des connaissances, permet de réaliser des choses formidables ! Plutôt que de s’enliser dans des débats stériles et vexatoires…
Je voudrais remercier par la même occasion, monsieur Jacques-Régis du Cray pour son intervention, et lui demander si une messe est célébrée le jour anniversaire de la catastrophe, en mémoire des victimes ? Cela pourrait être intéressant de le savoir pour permettre aux Parisiens de souche ou de passage, d’aller se recueillir en ces lieux le 4 mai 2011.
Bon week-end à toutes et à tous.
Francky
minou
26 novembre 2010 @ 16:33
Histoire bien triste que je ne connaissais pas , la duchesse d’Alençon a eu une mort bien atroce comme toutes les autres victimes ( femmes et enfants) ….
J’en avais entendu parler de cette tragédie , à la lecture de Corentine , j’en suis vraiment bouleversée .
La sécurité n’existait pas à l’époque …
José
26 novembre 2010 @ 16:34
Merci,Michelle,très intéressant ce que vous dit (74). Au moins était là le baron de Muritiba, personne très lié à la princesse Isabelle, comtesse d´Eu. La comtesse de Paris aura elle embelie l´histoire?
cisca
26 novembre 2010 @ 21:38
Merci pour cet article. les commentaires sont aussi très instructifs.
Jacques-Régis du Cray
27 novembre 2010 @ 15:24
à Francky,
En effet, chaque année la messe anniversaire est célébrée dans la chapelle Notre-Dame-de-Consolation à la mémoire des victimes de l’incendie, notamment de la duchesse d’Alençon. Le chemin de croix est ouvert à cette occasion.
Sauf à de rares exceptions (lorsque le 4 mai tombe un dimanche par exemple), la messe est célébrée à 18 h chaque 4 mai, comme ce sera le cas l’année prochaine, le mercredi 4 mai 2011. En général, une annonce est diffusée dans le Figaro quelques jours auparavant. Je tâcherai de faire un rappel à la responsable du blog à ce moment-là.
Je renvoie au blog cité pour de plus amples informations.
J.-R. du Cray
angélique
27 novembre 2010 @ 15:54
magnifique reportage je connaissais cette histoire ! Et ces commentaires permettent d’en découvrir encore plus. Je vais me renseigner pour acheter le livre de Domninique PAOLI « l’incendie de bazar de la charité » !
Marie-France en Belgique
28 novembre 2010 @ 20:55
Merci à Francky, à Régine et à tous ceux qui ont commenté ce triste événement.
Je connaissais vaguement l’histoire de cet incendie tragique mais là je viens d’en apprendre beaucoup plus sur le sujet. Merci à tous.
Amitiés
noelie bourbon
14 décembre 2010 @ 19:51
Dans ma jeunesse ,j ai lue la biographie de la Duchesse D Alençon,et m a laisser ,tres triste en lisant ce livre ,on a constater le dechirant moment ou son epoux,a demander de la faire identifier par son dentiste,,tellement,elle etait meconnaissable,,comme bien d autres, SISSI a beaucoup soufert de cette catastrophe et ne s en ai jamais remise,pas plus que du deces de son fils,decidement ,cette imperatrice,a ennorment souffert de la perte des membres de sfamille,et quand elle est deceder elle meme ,elle est partie assassiner, j ai crus comprendre ,que la mort ne lui feaser pas peur,,et elle rejoint les amours de sa vie,,,Sophie sa fille ,son fils Rodolphe et sa soeur !