La princesse Isabelle Maria Amélia Luiza Vitoria Teresa Joana Micaela Gabriela Rafaela Gonzaga d’Orléans-Bragance voit le jour le 13 août 1911 au château d’Eu en France. Elle est le premier enfant du prince Pedro de Alcantara, prince de Grao Para (1875-1940), fils de la princesse impériale Isabel du Brésil et du prince Gaston, comte d’Eu et de la comtesse Elisabeth Dobrzensky von Dobrzenicz (1875-1951). La petite princesse reçoit pour parrain et marraine ses grands-parents la princesse Isabel du Brésil et le comte d’Eu. La famille s’agrandit avec les naissances du prince Pedro (qui épousera la princesse Esperanza de Bourbon-Siciles, soeur de la comtesse de Barcelone) en 1913, la princesse Maria Francisca en 1914 (mère de l’actuel duc de Bragance), le prince Joao en 1916 et la princesse Teresa en 1919.

Considérée à l’époque comme l’une des plus belles princesses du Gotha, la princesse Isabelle épouse le 8 avril1931 en exil en la cathédrale de Palerme le prince Henri, comte de Paris, fils du duc et de la duchesse de Guise. C’est alors le début d’une page importante pour la Maison de France. Le couple vivra dans différents pays au gré de la loi d’exil et des guerres et aura 11 enfants.

Le premier enfant du couple voit le jour à Woluwé Saint Pierre (Bruxelles) en Belgique. La comtesse de Paris donne naissance à la princesse Isabelle, Marie, Laura, Victoire le 8 avril 1932, soit un an jour pour jour après son union avec le comte de Paris à Palerme. Le 14 juin 1933, naissance du prince Henri, Philippe, Pierre, Marie.

La famille qui est installée en Belgique, s’agrandit encore avec les naissances de la princesse Hélène, Astrid, Léopoldine, Marie, le 17 septembre 1934 puis du prince François, Gaston, Michel, Marie le 15 août 1935 et de la princesse Anne, Marguerite, Brigitta, Marie le 4 décembre 1938. Au cours de ses années en Belgique, la comtesse de Paris et sa famille résident au manoir d’Anjou à Woluwé.

En janvier 1940, la comtesse de Paris perd son père le prince Pedro de Alcantara d’Orléans-Bragance qui s’éteint à Pétropolis au Brésil. C’est dans ce pays d’Amérique du Sud que Madame la Comtesse de Paris donne naissance à son sixième enfant la princesse Diane, Françoise, Maria da Gloria le 24 mars 1940 alors que son époux se trouve en Europe en proie à la Deuxième Guerre Mondiale. Après une longue traversée de l’Atlantique, la comtesse de Paris et ses enfants arrivent au Maroc où sont établis ses beaux-parents le duc et la duchesse de Guise.

Le 25 juin 1941, naissance des jumeaux princiers le prince Michel, Joseph, Benoît, Marie et le prince Jacques, Jean, Jaroslav, Marie. Au rythme des activités politiques du comte de Paris, la vie de famille s’organise à Larache au Maroc où naît le neuvième enfant du couple la princesse Claude, Marie, Agnès, Catherine le 11 décembre 1943.

Nouveau départ, cette fois-ci vers l’Espagne où le 8 janvier 1946 naît la princesse Jeanne Chantal Alice Clothilde Marie. La famille s’établit ensuite au Portugal à la Quinta do Anjinho, lieu d’heureux souvenirs familiaux. Le onzième enfant le prince Thibaut, Louis, Denis, Humbert, Marie naît à Sintra le 20 janvier 1948.

La loi d’exil est abrogée par l’Assemblée nationale en 1950, le comte et la comtesse de Paris reviennent en France et s’installent au Manoir du Coeur Volant à Louveciennes. C’est l’époque la plus faste pour la famille de France. La maison familiale ne désemplit jamais : cocktails, dîners, réunions politiques,…

La comtesse de Paris assiste à de nombreuses mondanités et le couple princier fréquente très assidûment ses cousins du Gotha lors de grands événements (fêtes à Persépolis en Iran,…) mais aussi lors de mariages ou encore lors de la célèbre croisière organisée par la reine Frederika de Grèce.

Le prince Michel de Grèce, orphelin du prince Christophe de Grèce et de la princesse Françoise, soeur du comte de Paris, a intégré la fratrie à Louveciennes. Dans un ouvrage autobiographie, il narre avec beaucoup de finesse la vie au manoir du « Coeur-Volant » et revient aussi sur la personnalité de sa tante la comtesse de Paris qui s’avérait être moins proche et moins affectueuse avec les enfants que le comte de Paris (qui montait quant à lui embrasser tous les enfants avant de dormir) mais qui était dotée d’une personnalité généreuse, très ouverte et toujours prête à la discussion à bâtons rompus. La princesse Elisabeth, mère de la comtesse de Paris décède en 1951 à Sintra au Portugal.

Le 17 janvier 1957 à Dreux, la princesse Hélène, troisième enfant du comte et de la comtesse de Paris est la première des onze enfants à convoler. Elle épouse le comte Evrard de Limburg-Stirum qui appartient à une prestigieuse famille de la noblesse belge. Quelques mois plus tard, le Dauphin Henri épouse la duchesse Marie Thérèse de Wurtemberg le 5 juillet 1957.

Les familles de France et de Wurtemberg s’unissent à nouveau le 21 juillet 1960 avec le mariage du duc héritier Carl avec la princesse Diane. La joie des noces qui donnent lieu comme à chaque mariage à un défilé de tenues de couture et de bijoux de famille ressortis des écrins, est ternie par le décès moins d’un mois plus tard du prince François tué au champs d’honneur en Algérie alors qu’il tentait de porter secours à des compagnons blessés. La mort du prince François, titré duc d’Orléans âgé de 24 ans, restera à jamais une des grandes blessures de la comtesse de Paris. Dans ses mémoires, elle explique qu’ayant appris la nouvelle dans sa résidence au Portugal, elle sortit sur le perron, le visage baignant dans les larmes lorsque le comte de Paris arriva. Les seuls mots prononcés furent “François ?” “Oui”.

Le 22 juillet 1964, à Sintra au Portugal, c’est le mariage de la princesse Claude avec le prince Amédé de Savoie, duc d’Aoste qui reunit à nouveau toute la famille et le Gotha au grand complet. Deux mois plus tard, c’est à Dreux que la fille aînée de la comtesse de Paris, la princesse Isabelle portant une robe de brocar de Pierre Balmain, épouse le comte autrichien Friedriech de Schönborn-Buchheim. 12 mai 1965, en la chapelle de Dreux, la princesse Anne dite “Anita” épouse le prince Carlos de Bourbon-Deux-Siciles.

 

En 1967, c’est le prince Michel, comte d’Evreux qui épouse sans le consentement paternel Béatrice Franclieu de Pasquier lors d’une cérémonie intime à Casablanca au Maroc. La réconciliation entre le comte de Paris et son fils aura lieu quelques années plus tard. Août 1969, nouvelle grande joie familiale avec le mariage au château d’Ansouis du prince Jacques, duc d’Orléans avec Gersende de Sabran, issue d’une ancienne famille française.

Juin 1972, sa fille cadette la princesse Chantal épouse le baron François-Xavier de Sambucy de Sorgue. Le prince Thibaut se marie quant à lui à Edimbourg en Ecosse sans le consentement de ses parents en septembre 1972 avec Marion Gordon-Orr. La réconciliation sera scellée quelques temps plus tard lors de la naissance de leur fils Robert et les liens seront encore plus étroits après le décès du deuxième enfant du comte et de la comtesse de la Marche en 1979. Le décès du prince Thibaut en 1983 en République centre-africaine, sera un autre moment très douloureux pour la comtesse de Paris.

La comtesse de Paris fait régulièrement la Une du magazine “Point de Vue” confiant ses bonheurs d’être grand-mère, ses projets de voyage. Toujours impeccablement coiffée, habillée avec beaucoup de raffinement et d’élégance, fréquentant les grands couturiers parisiens et jamais en reste d’un bon mot d’humour, elle publie ses memoires “Tout m’est bonheur” en 1978 et en 1981.

Le succès est au rendez-vous. Quelques années plus tard, la comtesse de Paris se replonge dans l’écriture avec un ouvrage consacré à Blanche de Castille puis à la reine Marie-Amélie. Deux autres ouvrages autobiographiques « Mon bonheur d’être grand-mère » et « L’Album de ma vie » furent respectivement publiés en 1995 et 2002.

La comtesse de Paris se sépare du comte de Paris en 1986. La famille se divise et le comte de Paris n’apparaît plus que lors de rares fêtes de famille. De son côté et plus que jamais la comtesse de Paris reste le moteur de la famille de France, assistant aux mariages de ses petits-enfants et aux baptêmes de ses arrières-petits-enfants.

Voyageuse infatigable, elle continue à sillonner l’Europe pour rendre visite à ses enfants que ce soit à Madrid, à Stuttgart chez la princesse Diane, duchesse de Wurtemberg et sa petite-fille la duchesse Mathilde au château de Rimpach, en Autriche chez la princesse Isabelle, en Belgique chez la princesse Hélène, comtesse Evrard de Limburg-Stirum,…

Malgré la séparation d’avec le comte de Paris, les relations demeurent proches entre eux et Madame fera toujours bloc avec son époux à propos des décisions qu’il prendra notamment la vente de biens de famille ou la constitution de la fondation Saint Louis.

Outre ses déplacements à l’étranger, la comtesse de Paris réside à cheval entre son appartement du 8ème arrondissement à Paris où régulièrement des petits-enfants viennent loger quelques jours et sa résidence d’Eu en Normandie. Polyglotte, la comtesse de Paris expliquait qu’elle aimait parler en allemand rapide avec sa petite-fille la duchesse Mathilde de Wurtemberg (qui résida chez elle à Paris lorsqu’elle étudiait le stylisme) afin que nul ne comprenne leur conversation !

Autre image inoubliable : la comtesse de Paris posant à Trianon entourée par les duchesses de France. En 1992, coiffée d’un spectaculaire chapeau de Jean Barthet, la comtesse de Paris célèbre (avec un an de retard) au bras de son époux leurs noces de diamants lors d’une cérémonie familiale en la chapelle royale de Dreux.

Présente lors de nombreux actes caritatifs, lors du bal des débutantes, la comtesse de Paris s’investit aussi au sein de l’association des amis du Musée Louis-Philippe du château d’Eu et pour le prix littéraire Hugues Capet. La comtesse est restée particulièrement proche de la duchesse de Montpensier, ex-épouse de son fils aîné, et de ses enfants Marie, Jean, Eudes, Blanche et François.

En 1998, dernière grande réunion familiale à Amboise pour les 90 ans du comte de Paris en présence de leur grande famille mais aussi de nombreux membres du Gotha dont le prince Albert de Monaco ou encore l’impératrice Farah d’Iran.

C’est au cours du mariage civil de son petit-fils Eudes, duc d’Angoulême avec Marie Liesse de Rohan-Chabot le 19 juin 1999 que l’on apprend le décès du comte de Paris. Malgré les années, les vicissitudes de la vie et les différends, la comtesse de Paris avait toujours voué une énorme admiration à son époux. Son décès est un moment très douloureux pour elle.

Après une courte maladie,  Madame la comtesse de Paris décède le 5 juillet 2003 à Paris entourée par plusieurs de ses enfants. Ses funérailles ont lieu en la chapelle royale de Dreux en présence de presque tous les membres de sa nombreuse famille et de nombreux membres du Gotha dont la reine Fabiola.

Ce 13 août, la comtesse de Paris aurait eu 100 ans. Madame la comtesse de Paris a laissé une image indélébile auprès de ceux qui l’ont côtoyée. Son élégance, son sens du devoir, son image de « matriarche » font que l’on conserve de sa personnalité une image inoubliable, et lui ont constitué une place à part dans l’histoire de la famille de France. A ce jour, la descendance de la comtesse de Paris est de 11 enfants, 39 petits-enfants et 91 arrières-petites-enfants (connus). Trois arrières-petites-filles portent son prénom : l’archiduchesse Isabella d’Autriche (fille de la princesse Maria Paloma de Bourbon-Deux-Siciles), la princesse Isabelle d’Orléans (fille du duc de Chartres) et la comtesse Isabelle de Schonborn-Buchheim (fille du comte Damian). (Copyright photos : Photos personnelles de Charles, Point de Vue, blog La Couronne et DR)