
Le pont Charles, et ses célèbres statues baroques qui jalonnent les parapets, mène d’une moitié de la ville à l’autre, de Staré mesto à Mala strana. Passants, musiciens et vendeurs en tout genre se pressent sur cette promenade piétonne, féerique par temps de neige ou de brouillard.
Le pont Charles est un axe majeur de communication depuis sa construction : les processions qui acheminaient les rois au Château, pour un couronnement ou un enterrement, l’empruntaient rituellement. Les chevaliers y organisaient des tournois, les marchands s’y réunissaient pour traiter les transactions. Criminels et « hérétiques » y étaient pendus ou décapités.
Les troupes nazies y défilèrent en 1939, puis les milices communistes après le coup d’Etat de 1948. Les ménestrels d’autrefois ont cédé le pas aux musiciens de jazz ou de rock, mais la magie du pont Charles opère toujours, lorsque sonnent les douze coups de minuit.

Les crues hivernales de la tumultueuse Vltava ont éprouvé durement les ancêtres du pont Charles.
Appuyé sur de puissantes piles, il est aujourd’hui protégé par des brise-glace en bois. Pour l’anecdote, tous les points blancs que l’on voit sont des cygnes : il y en a des centaines, car c’est l’un des seuls endroits où l’accès à l’eau est facile pour eux.

Le plus ancien pont connu (10è siècle) n’est qu’une passerelle en bois, fréquemment emportée par les flots.
En 1170, le roi Vladislav Ier fait bâtir le premier pont en pierre, le baptisant du nom de sa femme, Judith, mais il ne résiste guère mieux aux intempéries pragoises. Il fut en son temps le deuxième pont de pierre d’Europe centrale par l’ancienneté, après celui de Ratisbonne.
Charles IV, roi de Bohême, couronné empereur en 1355, trouve le pont en ruine. En 1357, il demande à son architecte, Petr Parlér, alors âgé de 27 ans, de dessiner les plans d’un pont qui défierait le temps.
Pour ce technicien de génie, les 16 arches du pont ne sont évidemment qu’un jeu d’enfant. Construit légèrement en aval du pont Judith, le nouveau pont, long de 516m et large de 10m, édifié en blocs de grès, utilise certaines fondations de son prédécesseur, ce qui explique qu’il ne soit pas parfaitement rectiligne.
Il faudra attendre 1870 pour que l’ancien « pont de Pierre » soit rebaptisé du nom de son illustre commanditaire, Charles IV.

Avec son abrupte toiture, ses tourelles d’angle et sa galerie crénelée, la tour de garde est haute de 40m. Dotée à l’origine d’une herse, elle était destinée à défendre la ville ou le château d’une attaque ennemie.
En 1648, à la fin de la guerre de Trente Ans, elle essuya le feu de l’artillerie suédoise au cours de son dernier assaut contre la ville. Tout en haut, on voit les statues de Saint Adalbert et saint Procope, patrons de la Bohême. Au-dessous d’eux, saint Guy est encadré de Charles IV et de son fils, Vaclav IV. Au-dessus de la porte, se trouve un bandeau orné des armoiries des pays qui faisaient partie de l’empire de Charles IV.
Inspirés par les statues du Bernin et de son atelier pour le pont Saint-Ange à Rome, les sculpteurs baroques tchèques réalisèrent 25 statues. Aux 19è et 20è siècles, la série fut complétée de 6 nouvelles statues et de copies : les originaux baroques, en très mauvais état, sont abrités dans les anciens cachots du château de Vysehard.

A l’origine, une croix en bois, installée près de l’extrémité est, ornait le pont. La première statue, érigée en 1683 à l’initiative des Jésuites, représente saint Jean Népomucène (saint patron des ponts), religieux tchèque jeté du pont dans la Vltava, en 1393, sur l’ordre de Venceslav IV. La statue est surmontée d’une auréole dorée ornée de cinq étoiles.

Le groupe de Sainte-Barbe (patronne des mineurs d’argent), sainte Marguerite et sainte Elisabeth provient du célèbre atelier de la famille Brokoff.

Cette sculpture, créée en 1714 par Ferdinand Maxmilian Brokoff, représente Jean de Matha, Felix de Valois et Ivan. Jean et Félix sont les deux fondateurs de l’Ordre des Trinitaires, qui supervisait le rachat des Chrétiens tombés aux mains des turcs. Ainsi, leur mission est bien représentée ici puisque Jean tient de l’argent et une paire de menottes brisée, alors que Félix libère un prisonnier. En dessous des trois Saints, un chien et un turc gardent les trois prisonniers.

Statue de Saint Augustin sculptée en 1708 par Jeronym Bedrich Kohl : il tient le cœur de son ordre et marche sur des livres hérétiques que ses enseignements ont vaincus, avec son pied droit.

Sculpture de la Madone et Saint-Bernard réalisée en 1709 par Matej Vaclav Jäckl. La Vierge Marie porte Jésus dans ses bras avec un sceptre et Saint Bernard, fondateur de l’Ordre Cistercien, est à genoux.

Du pont Charles on a une magnifique vue sur la vieille ville de Prague dominée par le château au sommet de la colline. (merci à Pistounette)
luigi
2 janvier 2022 @ 23:58
Ma grand-mère était originaire de Prague, merci pour l’émotion Pistounette.
Hervé J. VOLTO
4 janvier 2022 @ 15:55
Oh ! Leonor, comme vous avez raison !
Traverser le Pont Charles avec cette musique dans un baladeur, en prenant soin de profiter de toutes ces merveilles artistiques…