
Dans les sous-sols du plus grand musée du monde, ils veillent depuis 250 ans sur la collection initiée par Catherine II. Discrets, presque invisibles, des dizaines de chats exercent leur aura sur l’Ermitage de Saint-Pétersbourg.

« Nos chats sont aussi connus que notre collection« , affirme Irina Popovets, chargée de « l’unité féline » de l’Ermitage s’occupant des 74 chats qui vivent dans les caves du musée de l’ancienne cité impériale. Elle descend tous les matins les nourrir : une nuée de félins de tous poils et toutes races se pressent contre ses mollets et ronronnent en attendant la pâtée.
« L’Ermitage a toujours eu ses chats, sauf pendant le siège de Léningrad… », raconte Irina qui passe chaque jour, bénévolement, six heures à choyer les dizaines d’occupants des caves de l’Ermitage.
« Toujours », c’est-à-dire depuis le milieu du XVIIIème siècle, lorsque l’impératrice Elisabeth Ire décida un jour de faire venir des chats de la ville de Kazan (capitale de la République du Tatarstan, à quelque 700 km à l’est de Moscou), réputés pour être de bons ratiers, afin d’éloigner les rongeurs de son palais.
En 1745, un ukase est promulgué par la fille de Pierre-le-Grand. Le décret fut immédiatement exécuté et, dès 1747, on fera amener les 30 plus gros chats domestiqués de la race des bleus russes depuis les bords de la Volga jusque dans son Palais qui hébergera plus tard, à l’initiative de Catherine II, le plus grand musée du monde, dont seuls 5 % des 3 millions d’œuvres sont aujourd’hui exposées.

En 1764, la fondatrice de l’Ermitage, Catherine II, qui n’aimait pas les chats les a laissés dans le palais et leur a attribué le statut de « gardes de sécurité des galeries d’art ».

Les chats veillaient sur les galeries d’art et les caves (et il y en a près de 20 km dans l’Ermitage !), les protégeant contre les rats et souris lors de l’invasion de Napoléon, de la Révolution et sous la domination soviétique. Il est intéressant de noter qu’à différents moments, des agents chimiques ont été utilisés contre les rats, mais ils n’ont pas résolu le problème. Seuls les chats ont apporté des résultats.
« Ces chats sont des employés du musée à part entière« , poursuit Irina. Et le musée, il est vrai, le leur rend bien : il n’y a qu’à voir la quiétude de chacun et leur embonpoint.
Chaque année, à la fin du mois de mars, plus exactement le premier samedi qui suit la fête de Pâques en Russie, un jour des chats de l’Ermitage a même été décrété par le musée. « Cette fête dure en fait deux jours et existe depuis 13 ans« , raconte Maria Halttunen.
L’assistante du directeur de l’Ermitage est aussi l’attachée de presse dédiée aux chats. « Au départ, en instituant ce jour des chats, on voulait surtout collecter quelques dons pour leur entretien, se rappelle-t-elle. Aujourd’hui, ce petit événement permet de célébrer les chats de l’Ermitage (qui même ce jour-là restent invariablement tapis dans leur tanière). Nous organisons chaque fois un concours avec les écoles pétersbourgeoises dont les élèves préparent des œuvres représentant les chats. Nous en sélectionnons dix qui sont ensuite exposées dans l’entrée du musée. »
Et un site web a été créé pour que des Saint-Pétersbourgeois puissent adopter un de ces chats connus dans toute l’ancienne cité impériale. Le téléphone d’Irina sonne : une voix masculine s’enquiert des modalités à effectuer pour venir chercher un petit chat, dont il a vu l’image sur le site web. « Vous avez raison, c’est un honneur d’adopter un chat de l’Ermitage« , le félicite Irina.
Invisibles, les « chats de l’Ermitage » sont malgré tout bien connus des 3 millions de touristes qui le visitent chaque année. A la fois symboles d’une tradition et publicité vivante, ils sont maintenant devenus l’effigie d’aimants, de cahiers et de cartes postales disponibles dans toutes les boutiques du musée. « Les chats du musée, bientôt une marque ! » a annoncé le directeur du musée, Mikhaïl Piotrovski
« Aucun chat ne pénètre dans les salles supérieures du musée, ils risqueraient d’abimer les œuvres, confie Maria Halttunen. Mais leur présence est écologique et préventive contre les souris.«
Dans les galeries supérieures de l’Ermitage, les chats interdits de séjour sont pourtant bien là. « Ils sont en fait partout dans le musée« , assure Maria Khaltunen, comme elle montre un félin, puis un autre, tous deux représentés sur les fresques de certaines salles. Comme les chats croisés au sous-sol, les félins imagés ont davantage de l’animal domestique potelé que du chasseur implacable… »Honnêtement, lâche leur gardienne, aucun d’entre eux n’attrape de souris ! Mais c’est une belle histoire. »
Certains félins, qui ont tous un nom de baptême, sont plus populaires que d’autres. « Il y a quelques années, reprend leur secrétaire particulière, l’un des chats était très apprécié ici par tout le monde : il avait décidé de vivre dans l’entrée principale du musée, et c’est ce qu’il a fait. »
Les donateurs se font de plus en plus nombreux. Si le musée ne reçoit pas de budget en tant que tel pour entretenir les chats, les dons sont monnaie courante. « Cela peut aller de quelques roubles trouvés au fond d’une poche à beaucoup plus, confie l’attachée de presse. Quand par exemple le président de l’Académie des sciences nous rend visite, il vient chaque fois avec un gros billet !« , s’exclame-t-elle. A l’été 2020, un médecin français a légué 3000 euros pour restaurer les caves où vivent les 74 chats.
« Et puis nous avons la chance d’avoir deux importants sponsors, Pro Animalia et, plus récemment, Royal Canin. Tous deux nous fournissent de la nourriture pour chats et du matériel animalier ».
Régulièrement, le musée recueille d’ailleurs quelques chats errants de la ville et les intègre à son pool. « Parfois, nous donnons aussi certains chats à des particuliers« , précise Irina. Non sans vérifier la bienveillance des futurs hôtes : « on vérifie, on demande aussi un retour après avoir donné l’animal. Et bien sûr, nous ne laissons partir que des chats propres et en bonne santé.«
Certains jours, avec trois autres collaboratrices, elle vaccine les nouveaux arrivés et soigne les malades. « La plupart sont mal en point« , avoue Irina dans son bureau, une pièce aux murs ornés de portraits de chats, située non loin des caves qui s’étendent sur une vingtaine de kilomètres. « Les gens nous apportent très souvent des chats en toute discrétion », ajoute-t-elle.

Et quand vient l’âge de la retraite, la vie est douce aux chats de l’Ermitage

L’hôpital des chats dans les caves de l’Ermitage

En 1941, des objets de valeur ont été évacués de l’Ermitage vers l’Oural et des abris anti-bombes ont été équipés dans les sous-sols du palais. Lors du blocus de Leningrad (septembre 1941-janvier 1944), la ville a perdu ses chats (ils sont morts de faim, ou ont été mangés), et des hordes de rats ont rempli les sous-sols des vieilles maisons. Ils rongeaient les meubles, les murs, les communications, et colportaient des maladies dangereuses. Les musées, dans les sous-sols desquels se trouvent de nombreuses œuvres d’art, n’ont pas non plus été épargnés. Les objets d’art étaient menacés.
Les résidents d’autres régions de l’URSS ont eu vent du problème et ont décidé de prêter main-forte à Saint-Pétersbourg. Les premiers chats ont été amenés de Iaroslavl en 1943, lorsque le blocus a été brisé, ce qui a constitué un tournant dans la bataille pour la libération de la ville. Les chats de Iaroslavl étaient considérés comme de bons attrapeurs de rats, et d’énormes files d’attente se formaient pour en obtenir. Ce malgré le fait qu’un chaton coûtât 10 fois plus cher qu’une miche de pain, alors très rare. Et pourtant, il n’y avait pas assez de matous…
L’un des plus grands « points de collecte » se trouvait à Tioumen : les habitants de plusieurs villes sibériennes ont envoyé leurs chats pour protéger l’Ermitage. Cinq mille chats de Tioumen, Omsk et Irkoutsk sont arrivés à Leningrad dans un train sibérien. Pouvez-vous imaginer ce qu’ils ont dû endurer pendant plusieurs jours de route ?
Cette fois, tous les rats ont été anéantis et les descendants de ces chats sibériens servent toujours à l’Ermitage.
En 1995, peu après ses débuts comme employée du musée, Maria Halttunen s’est rendue dans les sous-sols et a été choquée de voir des dizaines de chats la dévisager. Ils étaient un peu à l’image des lieux : sales, affamés et négligés.
Avec un ami, ils ont commencé à apporter de la bouillie de la cafeteria afin de les nourrir. Ils ont ensuite lancé la campagne « Un rouble pour un chat » afin de récolter de l’argent pour la nourriture et des traitements médicaux. Ils ont également bénéficié du soutien de Mikhaïl Piotrovski, le directeur du musée, pour consacrer un endroit aux chats dans le sous-sol. Aujourd’hui, on y trouve plein de grattoirs, de gamelles et de couvertures placées sur les conduits de chauffages, où les chats se regroupent en hiver.

En 2019, Achille est la mascotte sur Instagram : appelé le « chat-devin » du musée de l’Ermitage.
Pour rappel, en plus de son adorable bouille, Achille s’était fait connaître pour avoir prédit avec justesse les résultats de plusieurs matchs de la Coupe de la Confédération 2017 et de la Coupe du Monde 2018. Il avait même reçu un FAN ID personnel afin d’assister à cette dernière. (merci à Pistounette)
Kalistéa
26 mars 2021 @ 15:46
Chère Pistounette , je comprends en lisant tout que j’ai raté quelque chose et en insistant, j’ai décroché votre bel article que je n’avais pas vu quand j’ai fait ma réflexion sur le chat noir . Donc je m’excuse car en effet je me trompais et les chats sont beaux et ont l’air heureux au milieu de merveilles . merci pour cet article .
COLETTE C.
26 mars 2021 @ 16:23
Ils sont tous beaux ! espérons qu’ils ne font pas trop de bétises !
Guizmo
26 mars 2021 @ 17:01
Au XVIII c’était de mise d’avoir un ou plusieurs chats chez soi pour éradiquer les rats. Richelieu les introduit au Louvre au départ pour cette raison avant d’en faire des animaux de compagnie.
Maria
26 mars 2021 @ 20:51
Meravigliosi tutti i gatti anche i gatti imperiali dell’ Ermitage! Traduco con google:Merveilleux tous les chats aussi les chats impériaux de l’Ermitage! Je traduis avec Google
Domino
27 mars 2021 @ 20:26
Je vais de ce pas lire l’article à Chiméne ma belle écaille de tortue de presque 14 ans. Je ne sais pas trop si c’est elle qui vit chez nous ou bien l’inverse mais parfois j’ai le sentiment que je dérange lorsqu’elle se prélasse dans mon fauteuil.
Charlotte (de Brie)
28 mars 2021 @ 10:43
Ne cherchez pas, c’est vous qui vivez chez elle !
Muscate-Valeska de Lisabé
28 mars 2021 @ 18:41
Mes chats s’installent sur tous les fauteuils et canapé par temps froid ou de pluie,à l’intérieur avec nous…quand nous voulons nous asseoir,il n’y a plus de place,et ils semblent nous dire:
-« Pourquoi vous ne vous mettez pas par terre sur le tapis,plutôt ??
C’est biiiien,pour vous,le tapis… ».
??
?? Mer Limpide ?
28 mars 2021 @ 15:53
Merci Pistounette, j’ai tout lu, vos articles sont passionnants et instructifs. ?
J’aime beaucoup ?
Ah ! Saint-Petersbourg, nous fait rêver.
Mary
29 mars 2021 @ 00:05
Bu Bellay, sur la mort de son petit chat :
Maintenant, le vivre me fâche
Et afin, Magni, que tu sache
Pourquoi je suis tant éperdu
Ce n’est pas pour avoir perdu
Mes anneaux, mon argent, ma bourse.
Et pourquoi est-ce donques ?
Pour ce que j ‘ai perdu depuis trois jours
Mon bien, mon plaisir, mes amours.
Et quoi ? Ô souvenance greve
A peu que le cœur ne me creve
Quand j’en parle ou quand j’en écris
C’est Belaud mon petit chat gris,
Belaud qui fut aventure
Le plus bel œuvre que nature
Fit onc en matière de chat
C’était Belaud, la mort aux rats Belaud, dont la beauté fut telle
Qu’ elle est digne d’être immortelle … »
Vous pouvez, amants des chats, retrouver la suite sur internet. J’ai un peu sommeil,je m’arrête. J’ai respecté l’orthographe de Du Bellay ( sache, greve et creve).
Magni doit être le poète Olivier de Magny.
Bonne nuit…?
Mary
29 mars 2021 @ 00:11
Coquine de tablette !
Quand je pense que je me suis fatiguée à respecter la disposition des vers, avec des alinéas plus ou moins longs …et madame Tablette à tout uniformisé !?
Muscate-Valeska de Lisabé
29 mars 2021 @ 16:47
C’est superbe,Mary…j’irai voir la suite et je vous remercie ??.
Kalistéa
30 mars 2021 @ 21:56
Merci Mary pour tous vos écrits de ce jour . J’ai lu il y a longtemps un livre de Paul Guth qui s’intitulait « le chat Beauté » . c’était plein de trouvailles du genre: »pendant ce temps Beauté , à la porte ,invoquait Mao … »( c’était l’époque où on parlait énormément du « petit livre rouge » et de la révolution culturelle de la Chine ). Pour répondre aux amies qui plus haut font des variantes sur le fameux »miaou »des chats .
Kalistéa
30 mars 2021 @ 22:00
Yves Montand dans sa chanson « le chat de la voisine » dit « miaü »:
» miaü », miaü », qu’il est touchant le chant du chat!
« miaü », miaü » et vive le chat ! et vive le chat !