
À l’heure où la mythique panthère de Cartier célèbre son centenaire, difficile de ne pas penser à celle qui lui donna son âme : Jeanne Toussaint.

Fine silhouette, regard d’acier, élégance souveraine, cette Belge devenue l’une des femmes les plus puissantes de la joaillerie française imposa chez Cartier un style félin, audacieux et résolument moderne.

Bien avant les slogans marketing et les égéries mondialisées, elle transforma un simple motif animalier en emblème absolu du luxe.

En 2010, l’écrivaine Stéphanie des Horts fut la première à consacrer un roman biographique à cette personnalité fascinante avec La Panthère, publié chez Jean-Claude Lattès.
Un livre flamboyant, nourri d’archives et d’atmosphères très Belle Époque, qui raconte autant l’ascension de Jeanne Toussaint que ses blessures secrètes, ses amours, son goût du pouvoir et son incroyable intuition esthétique.
Pour le centenaire de la panthère Cartier, Stéphanie des Horts revient sur cette femme hors normes qui fit rugir la joaillerie française.
Pourquoi Jeanne Toussaint vous a-t-elle fascinée au point de lui consacrer un livre ?
Parce qu’elle est un personnage de roman à elle seule. Jeanne Toussaint part de presque rien. Elle connaît une enfance très dure en Belgique, marquée par la pauvreté, les humiliations et des traumatismes profonds. Et pourtant, elle va réussir à se réinventer entièrement. C’est une femme qui fabrique sa propre légende. Chez Cartier, elle impose une vision, un style, une autorité presque intimidante. Elle devient “La Panthère”. J’ai été fascinée par cette métamorphose.
Votre livre débute pendant l’Occupation, avec l’arrestation de Jeanne Toussaint par la Gestapo…
Oui, parce que cette scène est extraordinaire et très cinématographique. Jeanne Toussaint est interrogée au sujet de la fameuse broche “L’oiseau en cage”, exposée dans les vitrines de Cartier pendant l’Occupation. Les Allemands y voient un symbole de résistance. Cette ouverture permet immédiatement de comprendre qui elle est : une femme courageuse, glaciale en apparence, mais traversée par une immense tension intérieure.
La panthère Cartier est aujourd’hui mondialement connue. Mais que représentait-elle pour Jeanne Toussaint ?
C’était presque son double. La panthère symbolisait sa personnalité : indépendante, élégante, imprévisible, dangereuse parfois. Jeanne Toussaint avait quelque chose de félin dans son maintien, sa manière de regarder les gens, de parler très peu mais de tout observer. Elle transforma cet animal en objet de désir absolu. Avant elle, la joaillerie était souvent figée dans des codes très classiques. Elle apporte du mouvement, de la sensualité, de l’audace.
On sent dans votre livre que Jeanne Toussaint aimait autant les bijoux que le théâtre social…
Absolument. Elle adorait les apparitions, les mises en scène, les grandes entrées. Elle comprenait instinctivement le pouvoir du mystère. Chez Cartier, elle ne vendait pas seulement des pierres précieuses : elle vendait du rêve, du prestige, un monde. Et elle savait parfaitement séduire les maharadjahs, les duchesses, les stars américaines ou les grandes mondaines parisiennes.
Était-elle une femme heureuse ?
Je ne crois pas totalement. Elle a connu des passions amoureuses compliquées, notamment avec Louis Cartier. Et puis il y a chez elle une forme de solitude permanente. Dans le livre, elle apparaît comme une femme qui a bâti une armure pour survivre. Cette froideur, cette élégance impeccable, ce perfectionnisme étaient aussi des protections.
Pourquoi Jeanne Toussaint demeure-t-elle si moderne aujourd’hui ?
Parce qu’elle a inventé avant l’heure une certaine idée de la femme libre. Elle refuse les limites sociales de son époque. Elle ose le pouvoir dans un univers très masculin. Elle impose sa créativité. Et surtout, elle comprend avant tout le monde que le luxe doit raconter une histoire. Aujourd’hui encore, la panthère Cartier reste un symbole immédiatement reconnaissable. C’est son héritage.
Cent ans après, pourquoi la panthère fascine-t-elle toujours autant ?
Parce qu’elle est devenue plus qu’un bijou. C’est un mythe. La panthère évoque à la fois le glamour des Années folles, les maharadjahs, les stars hollywoodiennes, la haute joaillerie parisienne… et cette idée d’une féminité puissante et indomptable. Jeanne Toussaint avait compris qu’un grand symbole doit traverser les générations sans jamais perdre son mystère. (Interview par Bertrand Meyer)
Régine ⋅ Actualité 2026, Entretiens, France, Joyaux 14 Comments
Passiflore
12 mai 2026 @ 08:42
En 1948, le duc de Windsor commande pour la duchesse une broche Panthère dressée sur un cabochon d’émeraude de plus de 116 carats. L’année suivante, il lui offre une nouvelle panthère pavée de diamants et de saphirs sur un impressionnant saphir cabochon de 152.35 carats. Jeanne Toussint crée pour elle un bracelet Panthère souple en onyx et diamants. Wallis Simpson possédait huit félins dans sa collection privée. A sa mort, en 1986, le duc de Windsor avait demandé que tous les bijoux soient dessertis pour qu’aucune autre femme ne puisse les porter. Mais Wallis les avait légués à l’Institut Pasteur, à condition que le fruit de leur vente ne soit pas utilisé pour la recherche animale. La vente chez Sotheby’s à Genève (dont 87 pièces Cartier) rapporta environ 42 millions d’euros.
Baboula
12 mai 2026 @ 12:11
Un de mes patients a eu un énorme contrat avec l’Institut Pasteur grâce à la duchesse de Windsor . Il a renouvellé les installations frigorifiques de l’Institut.
G
13 mai 2026 @ 17:33
Wallis n’a pas fait que du ‘mal’
Je pense que cette femme avait des défauts mais bravo pour ce leg a l’institut Pasteur
Passiflore
12 mai 2026 @ 12:49
Le bracelet Panthère en onyx et diamants a été vendu, en 2010, chez Sotheby’s à Londres 7 millions d’euros, soit trois fois son prix. Sait-on s’il a été revendu depuis ?
Bénédicte
12 mai 2026 @ 16:17
Après toutes ses extravagances, la duchesse a fait un don intelligent et aussi en précisant que l’argent récolté ne serve pas,
non pas je pense pour la recherche animale mais que l’on ne teste pas les animaux pour la recherche humaine. Il existe depuis un certain temps, d’autres possibilités tout aussi efficaces sans torturer les bêtes en laboratoires.
Carole 007
13 mai 2026 @ 11:30
Passiflore, merci pour ce rappel.
Iankal21
13 mai 2026 @ 18:02
J’ai l’impression qu’hormis les bijoux laissés au profit de l’institut Pasteur, la Duchesse a laissé un bijou à chaque membre féminin de la famille Windsor, dont la panthère appuyée sur l’énorme saphir à la Princesse Michel de Kent (si mes souvenirs sont bons)
Baboula
15 mai 2026 @ 12:09
Hélas non,cher Iankal. Les Kent ont rendu visite plusieurs fois à la duchesse de Windsor et madame repartait avec des écrins de bijoux mais bien plus modestes que cette somptueuse broche que la princesse n’aurait jamais pû porter tant qu’il y aurait eu des Windsor sur terre .Le cadeau plus vu est une broche Cartier avec deux pendentifs or,rubis diamants ,très originale . Il y eu d’autres babioles moins connues .
Carole 007
12 mai 2026 @ 09:46
J’ai lu ce livre intéressant.
Caroline
12 mai 2026 @ 11:19
Merci pour cet article intéressant !
Mais, ne parlons pas trop de la femme vénale comme cette Wallis Simpson !!!
Claude MARON
12 mai 2026 @ 11:43
Ravi d’apprendre que Jeanne TOUSSAINT était Belge !
Cosmo
12 mai 2026 @ 17:04
J’ignorais tout de Jeanne Toussaint amis je avis certainement me procurer la biographie écrite par Stéphanie des Horts.
A lire l’article, Jeanne Toussaint semble être à l’opposé de Coco Chanel.
Il est vrai que la duchesse de Windsor avait quelque chose de la panthère…la panthère étant, toutefois, plus noble.
Brimbelle
12 mai 2026 @ 19:10
Il me semble que Jeanne Toussaint avait bien créé L’ oiseau en cage comme un symbole d’opposition à l’occupation allemande.
Vitabel
12 mai 2026 @ 20:18
Merci à Bertrand Meyer.