Elle embrasse l’ensemble de sa carrière et montre combien son influence s’est prolongée jusqu’aux grands peintres français du XIXe siècle.
Jacomo Robusti, dit Tintoret (1518/19-1594), n’a pratiquement jamais quitté Venise. Fils d’un teinturier — d’où son surnom de Tintoretto, « le petit teinturier » —, il s’impose dès la fin des années 1540 avant de devenir l’un des peintres les plus recherchés de la Sérénissime. Avec son vaste atelier, il travaille notamment pour le Palais des Doges et la Scuola Grande di San Rocco, où il laisse certains de ses ensembles les plus spectaculaires.
Tout chez lui est mouvement, théâtre et lumière. Ses perspectives vertigineuses, ses personnages lancés dans l’espace et la rapidité de sa touche donnent à ses tableaux une étonnante modernité. Vasari le qualifiait déjà, en 1568, de « plus terrible esprit que la peinture n’ait jamais connu ».
Tintoret réussit surtout une synthèse très personnelle entre le disegno des maîtres toscans — avec une fascination particulière pour Michel-Ange — et la somptuosité de la couleur vénitienne incarnée par son grand rival, Titien.
Le musée Jacquemart-André rassemble une quarantaine de peintures et d’œuvres graphiques, provenant de collections françaises, italiennes et internationales. Parmi elles figurent Le Miracle de saint Augustin, la Trinité, mais aussi quelques-unes des compositions profanes les plus célèbres du maître : Suzanne et les vieillards, venue du Kunsthistorisches Museum de Vienne, Léda, conservée aux Offices de Florence, ou encore Danaé, prêtée par le musée des Beaux-Arts de Lyon. Sensualité, humour et audace s’y mêlent avec une liberté qui surprend encore aujourd’hui.
L’exposition réserve également une place importante aux dessins et études préparatoires, qui permettent de battre en brèche la légende d’un Tintoret travaillant dans la seule fulgurance de l’inspiration. Ses portraits constituent un autre temps fort du parcours, avec notamment le saisissant Portrait d’une dame en deuil, venu de Dresde.
L’exposition s’inscrit parfaitement dans l’écrin du musée Jacquemart-André, dont les collections témoignent du goût d’Édouard André et Nélie Jacquemart pour l’art italien. Après Caravage, Botticelli, Giovanni Bellini et Artemisia Gentileschi, l’ hôtel particulier du boulevard Haussmann poursuit ainsi son exploration des grands maîtres de la péninsule.
Musée Jacquemart-André -158, boulevard Haussmann, 8ème Paris
D'Italie
19 août 2026 @ 02:35
Jacopo Robusti et non pas « Jacomo » Robusti.
Valois
19 août 2026 @ 05:26
Pas convaincu. Tintoret s’est épanoui dans les grands formats. Allez voir sa Cène qui se trouve à St François Xavier.
Passiflore
19 août 2026 @ 13:18
Peinte à l’origine pour la confrérie de l’église Saint-Félicien de Venise où elle resta jusqu’en 1818, La Cène du Tintoret fit partie des collections de la duchesse de Berry, puis fut offerte à la paroisse Saint François Xavier de Paris par la baronne du Teil (1866-1933). Celle-ci, née Jeanne-Marie Chaix d’Est-Ange, fut une grande bienfaitrice et collectionneuse d’art française. Elle était la fille du célèbre généalogiste et avait hérité de son grand-père, Gustave Chaix d’Est-Ange (avocat de la Maison de l’Empereur, défenseur de Flaubert), d’une remarquable collection dont les plus belles pièces se trouvent au Louvre et dans plusieurs musées français en particulier celui de Saint-Omer (l’hôtel Sandelin) d’où était originaire le baron du Teil.
Brimbelle
19 août 2026 @ 06:16
Il fut aussi surnommé » il furioso » à cause de son caractère !
Expo que je vais essayer de ne pas rater.
milou
19 août 2026 @ 07:06
Interessant surtout dans ce merveilleux musée… toutefois je lui préfère Le Titien!
D'Italie
19 août 2026 @ 10:55
Titien est en effet d’une autre force, moins soumis aux goûts de ses commanditaires, notamment dans ses ultimes tableaux qui témoigne d’un sens tragique presque effrayant.
Caroline
19 août 2026 @ 10:01
Intéressant !
Je ne connaissais pas ce peintre italien . Avait- il laissé ses oeuvres à Venise, sa ville natale ?
Luisa
19 août 2026 @ 10:55
Moltissime opere. La Scuola grande di San Rocco è completamente opera sua. E poi importanti sale a Palazzo Ducale, Gallerie dell’Accademia, Basilica di S. Giorgio maggiore, Madonna dell’Orto (con la tomba)e altre chiese.
D'Italie
19 août 2026 @ 10:57
Comme on dit à Venise en plaisantant : « Peu d’églises ont été épargnés ! » Et en dehors de Palma le Jeune, je ne vois guère de peintre plus omniprésent.
milou
19 août 2026 @ 11:08
Bien sûr Caroline!
Baboula 😻
19 août 2026 @ 14:00
On va encore se bousculer. Heureusement Il a peint des portraits parce ses œuvres religieuses n’entreraient pas dans le musée .
Esquiline
19 août 2026 @ 17:57
C’est à la Scuola Grande de San Rocco que j’ai vraiment appris à connaître le Tintoretto grâce à un érudit qui, nous entendant parler de fresques, nous a courtoisement demandé s’il pouvait intervenir dans notre discussion.
Ce que nous prenions pour des fresques étaient en fait des ´telari’ d’immenses toiles sur lesquelles les artistes vénitiens peignaient à l’huile, beaucoup plus résistantes à l’humidité que les fresques. Intéressés nous lui avons demandé s’il voulait bien nous accompagner dans cette visite. Il a accepté, ce fut passionnant.
Sur son conseil nous nous sommes ensuite rendus à l’église voisine de San Pantalon où se trouve ce qui est considéré le plus grand telero du monde qui recouvre toute la voute. La légende dit que son auteur, le peintre Fumiani, j’ai du rechercher le nom, s’est tué en tombant de l’échafaudage alors qu’il venait de donner le dernier coup de pinceau à cette œuvre impressionnante.
Zulma
20 août 2026 @ 04:29
Pourquoi pas. Leurs expositions sont le plus souvent magnifiques. Par contre j’ai été déçue par la dernière, le Baroque espagnol.