
Anastasia Mikhaïlovna, grande-duchesse de Russie (1860-1922)
grande-duchesse consort de Mecklembourg-Schwerin. Le soleil commence déjà à se lever et permet à Anastasia de découvrir les contours du golfe de La Napoule et de l île Sainte-Marguerite qui ferment l’horizon de Cannes.
Elle respire profondément l’air marin, elle s’étire comme une chatte, un peu lasse quand même: la nuit a été si longue ! Lentement elle commence à se déshabiller. Elle n’a pas appelé sa chambrière, non pas par respect pour sa domestique, quelle pensée ridicule ! Les domestiques sont faits pour ça. Elle gourmande bien assez ses amis russes pour leurs idées progressistes ! Non. Ce qu’elle veut c’est ne pas réveiller son mari , le grand-duc régnant de Mecklembourg-Schwerin.

Frédéric-François III, grand duc souverain de Mecklembourg-Schwerin (1851-1897)
Le duc est toujours malade, le moindre effort l’épuise. Les roses “Maréchal Niel ” du parc distillent leurs effluves embaumés et Frédéric-François est allergique aux pollens. Et pas qu’à ceux des roses : tout est prétexte à déclencher son asthme.

Rose Maréchal Niel
Anastasia a tenu bon. A quoi ressemblerait la propriété sans fleurs ? Pauvre prince, si conciliant, qui lui laisse vivre sa jeunesse avec mélancolie. Elle est très attentive à sa santé. Personne ne pourra dire qu’elle ne s’occupe pas de son époux; dans la journée du moins… Elle lui fait la lecture tous les midis, le change de lieu, de salon, au gré de son humeur.
Elle a le choix, la villa Wenden possède quarante cinq pièces ! Certains la trouvent un peu trop fastueuse pour une maison d’hiver et donc secondaire. Comme si pour Anastasia le petit pouvait exister !

La Villa Wenden à Cannes
Elle aime la vie, l’extrême, le frisson. La nuit dernière, elle a encore joué gros à Monte-Carlo. Il va falloir le cacher à Frédéric-François qui supporte de plus en plus mal ses extravagances.

Salle de jeu au casino de Monte-Carlo
Qu’aurait-il dit s’il l’avait vue, au bal, passer de bras en bras la fois disponible et arrogante ? La soirée avait commencé par un spectacle donné à l’Opéra Italien de Nice, où chantait la Patti, la divine ! Anastasia s’était vite assoupie puis, réveillée par les applaudissements, elle avait décidé que l’on prendrait le train pour aller à Monaco.

La fête sur la Côte d’Azur
Pas le sien. Le train impérial est en gare de triage et le grand-duc ne veut pas que l’on s’en serve pour de petits trajets. Dommage, elle aime tant l’ambiance feutrée du wagon qui lui est réservé.
Il y avait là son entourage habituel et des amis rencontrés à la sortie du spectacle qui tous connaissaient son appétit de vivre. Une nuit avec la grande-duchesse était toujours joyeuse et animée. Oui, elle avait joué. Ah ! quel bonheur d’être riche, elle pouvait recommencer sans cesse à jeter les dés, savourer cette minute qui ressemble à l’éternité, l’attente, puis le drame ou la réussite. Elle venait de lire « Le joueur » de Dostoievski. L’avait-il écrit pour elle? En tous cas, elle avait aimé cette écriture slave, si proche de ses origines. Frédéric-François n’aimait que la littérature allemande ou anglaise. Il préférait la sensiblerie à l’originalité. Tant pis pour lui !
Elle s’est glissée dans la chambre à coucher, située au premier étage. Les stores sont à peine tirés et elle perçoit la faible respiration de son mari. Ils avaient d’un commun accord décidé de faire chambre commune, choix rare dans leur milieu. Le grand-duc se ressourçait au contact de cette peau si jeune, de ce corps svelte qui se serrait contre lui dans la nuit. Elle s’abandonnait en songeant surtout à se faire pardonner ses sorties de plus en plus nombreuses, et puis elle l’aimait, quoi qu’en disent les racontars.

Le grand-duc et la grande-duchesse de Mecklembourg- Schwerin en 1880
Il y avait dix ans maintenant qu’ils étaient mariés. Elle se souvient de leurs fiançailles. C’était en 1878, elle avait dix huit ans. Son père, le grand-duc Michel était le frère du Tsar Alexandre II et Anastasia n’oubliait jamais qu’elle était la petite-fille de Nicolas Ier.
Seule fille entourée de six frères, elle avait connu une enfance exceptionnelle. Son père, gouverneur du Caucase, lui avait donné le prénom inusité d’Anastasia, celui de la femme d’Ivan le Terrible !

Son père le grand-duc Michel Nikolaïevitch (1832-1909)
A peine savait-elle marcher que son père la mettait à cheval, lui laissait partager les jeux de ses frères, pratiquant même l’escrime.

Sa mère la grande-duchesse Olga Feodorovna, née Cécile de Bade (1839-1891) par Winterhalter
Son éducation n’était pas négligée pour autant, elle parlait cinq langues, connaissait parfaitement l’histoire de la Russie et de ses peuples. Son père recevait souvent quarante personnes aux déjeuners du Palais dont on ne comptait plus les pièces.


Le palais Michel à Saint-Petersbourg
Ouzbecks, Tatars,Tchétchènes (Tolstoï n’écrit-il pas un livre sur eux ?), étaient conviés à partager le repas du grand-duc. Les enfants avaient leur place à table comme les adultes. Ils ne devaient pas parler, mais s’ils étaient interrogés, ils devaient répondre dans la langue de leur interlocuteur. Anastasia était, comme il est facile de l’imaginer, la préférée de son père. Il avait fait construire pour elle un tennis, ce nouveau sport à la mode dans l’aristocratie européenne. Elle y avait vite excellé. Ci-après la fratrie d’Anastasia

Grand-duc Nicolas de Russie (1859-1919) Frère aîné

Grand-duc Michel de Russie (1861-1929)

Grand-duc Georges de Russie (1863–1919)

Grand-duc Alexandre de Russie (1866-1933)

Grand-duc Serge de Russie (1869-1918)

Grand-duc Alexis de Russie (1875-1895) le benjamin

Frédéric François III, le mari
Lors de leur première rencontre, elle avait été séduite par la douceur, la retenue de Frédéric-François, un grand, blond à la moustache soignée et aux yeux bleus et froids comme la Baltique.
Elle aussi avait du sang allemand dans ses veines, sa grand-mère était Charlotte de Prusse, la sœur de Guillaume 1er, premier empereur allemand. Le grand-duc avait été séduit par son petit nez si droit, sa chevelure brune qui encadrait un visage à l’ovale parfait, ses yeux en amande pétillants de vie.
Elle avait dû se convertir, non sans réticence, à la religion protestante, si dépourvue d’apparat, si austère, mais son pensum ne faisait que commencer.

Château de Schwerin en 1850

Château de Schwerin aujourd’hui
Le grand-duché lui paraissait tellement exigu en comparaison avec l’immensité russe et il ne comptait que 600 000 habitants, moins que Saint-Petersbourg ! Elle avait cru qu’une vie familiale, chaleureuse, compenserait le manque d’éclat de la Cour. C’était compter sans la présence de la princesse de Prusse, la grand-mère de son mari à l’autoritarisme célèbre dans toutes les familles princières d’Europe, qui menait son entourage d’une main de fer. La liberté dont avait joui jusque là Anastasia ne tarda pas à se heurter à un mur de puritanisme et de rigidité. Marie, l’épouse du grand-duc régnant, n’était pas la mère de Frédéric-François mais la troisième femme de son père et elle ne tarda pas à se révéler à son tour une belle-mère acariâtre.

Grande-duchesse Alexandrine de Mecklembourg-Schwerin (1879-1952), Reine de Danemark (1912-1947)
Heureusement il y avait eu rapidement les naissances d’Alexandrine, puis celle de Frédéric-François et enfin de Cécilie, la petite dernière. Anastasia avait découvert l’amour maternel et par bonheur, cette femme si peu casanière adorait s’occuper de ses enfants.

Grand-duc Frédéric François IV ( 1882-1945), dernier souverain de Mecklembourg-Schwerin

Grande-duchesse Cecilie de Mecklemburg-Schwerin (1886-1954), princesse héritière de l’empire allemand
La maladie de Frédéric-François avait rendu nécessaires des séjours sous des cieux plus cléments. la découverte de Cannes les avait enchantés et ils avaient immédiatement fait construire une villa, dans le style italien naturellement, puisqu’on était dans le Midi.
Anastasia avait insisté pour que le grand-duc suive le conseil des médecins et même après l’accession au trône de son mari, elle avait tenu à passer les hivers sur la Riviera. A Cannes, le duc souffrait moins de ses problèmes respiratoires et cardiaques et pour sa part, Anastasia se sentait revivre loin de la Cour ennuyeuse et sévère du grand-duché.
Un tennis avait été construit dans le parc et Anastasia jouait tous les matins, quelle qu’ait pu être l’heure de son coucher. Elle participait à de nombreux tournois et ne ratait jamais celui de l’hôtel Beau-Site, le plus réputé de la Côte d’Azur.

Tennis à l’Hôtel Beau-Site à Cannes
Quand son mari ne se trouvait pas contraint à garder la chambre par quelque refroidissement, il aimait participer aux Régates de Cannes sur son yacht l’Aranella. Il y affrontait le prince de Galles, dont Anastasia était la cousine par alliance, et elle ne manquait jamais l’occasion, dans les manifestations mondaines dont elle raffolait, de rappeler son rang de grande-duchesse de Russie, infiniment plus noble à ses yeux que celui d’altesse royale du petit Mecklembourg.


Yachting sur l’Aranella. Peintures d’Albert Lynch
Elle s’est rendue il y a une semaine au thé organisé par le prince Constantin Radziwill en l’honneur de l’impératrice Eugénie qui séjourne sur la Côte d’Azur. Frédéric-François est trop fatigué pour supporter l’organisation de grandes soirée, mais Anastasia se rend volontiers aux invitations de la « gentry ” cannoise. A la villa, seuls quelques intimes viennent dîner, notamment l’aide de camp de son mari, le richissime comte Henckel Donnersmark. Elle peut le recevoir, depuis que veuf, il s’est remarié dans le milieu aristocratique, car en premières noces, il avait épousé, scandale ! La Païva, une grande cocotte d’origine russe qui avait régné sur le Paris du Second Empire.

Guido Henckel von Donnersmarck (1830-1916)
Parfois le comte von Bulow, ministre des Affaires Etrangères du Grand-Duché, s’invitait au dîner familial après une journée de travail qui laissait le grand-duc exténué.

Salon de la Villa Wenden
Anastasia est allée à Nice, rendre visite à la reine Victoria qui séjourne à l’hôtel Regina. Les deux souveraines sont plusieurs fois parentes par alliance de par leur généalogie allemande.
L’impératrice des Indes était entourée de ses deux filles, Hélène et Béatrice, et Anastasia, qui avait été impressionnée par les serviteurs Bengali de la reine, a promis de revenir faire un tennis avec les princesses.
D’ailleurs, Anastasia s’est prise d’affection pour l’ambiance britannique. Elle a engagé pour ses enfants des nurses anglaises et veillé à ce qu’ils parlent couramment leur langue. Et voila qu’on lui reproche d’abandonner sa progéniture à leurs gouvernantes quand elle voyage !
Mais pourrait-elle les amener en Russie, sa terre natale qu’elle aime revoir régulièrement, où pas plus que dans l’Allemagne des villes d’eaux, la vie n’est faite pour les enfants? Cécilie seule réclame encore sa présence, les aînés sont grands et il va falloir songer à les marier. Bien sûr, son mari lui reproche timidement ses absences. Comme si elle pouvait mener une existence bourgeoise !

Famille et amis à la Villa Wenden
La Pâque russe est un autre moment important de sa villégiature. Bien qu’elle se soit nécessairement convertie lors de son mariage, la religion orthodoxe reste sa foi profonde. Anastasia a été invitée à venir trouver sa tante, l’impératrice douairière Maria Alexandrovna, la veuve d’Alexandre III, qui organise la Pâque sur son navire en rade de Villefranche. Maria veut lui faire part de son projet : réaliser à Nice une grande église russe, l’actuelle de la rue Lonchamp se révélant trop petite.
Elle n’ignore pas qu’Anastasia subventionne déjà la construction de la nouvelle église russe à Cannes, avenue des Pins, dont l’initiative a été prise par le consul de France à Moscou, Tripet, qui a épousé une princesse russe.

Eglise orthodoxe russe de Cannes
Anastasia était heureuse de voir le projet avancer, son frère, le grand-duc Michel, ayant généreusement financé l’entreprise.L’installation toute récente de son frère à Cannes avait été une grande joie pour Anastasia. Le mariage avait été la raison de son exil : Michel avait voulu épouser la petite fille de Pouchkine, Sophie de Meremberg, que le Tsar et son père n’avaient pas trouvée suffisamment titrée pour s’unir à un membre de la famille impériale.
En apprenant la nouvelle de ce mariage, leur mère avait succombé à une attaque. La colère de son père avait été terrible et Michel avait dû quitter la Russie. Avec sa jeune femme, qui avait pris le nom de comtesse de Torby, Michel menait grande vie sur la Côte d’Azur.

Grand-duc et grande-duchesse Michel de Russie. Une partie de leur descendance est actuellement Mountbatten-Milford-Haven

Villa Kazbek résidence à Cannes du grand-duc et grande- duchesse Michel de Russie
Cependant, la santé de Frédéric-François décline. Bientôt il ne quitte plus sa chaise roulante. Un soir, alors qu’Anastasia était dans sa villa, contrairement à ce qu’assureront les médisances, et qu’elle s’était éloignée quelques instants, elle l’avait trouvé dans le jardin, étendu sur le sol et sans vie, comme si dans un dernier effort il avait voulu aller dans le parc pour enfin respirer.
Le maire de Cannes, Hibert, avait suivi en tous points les recommandations d’Anastasia et personne ne fit allusion aux circonstances de l’accident. Les obsèques d’un prince germanique pouvaient choquer dans un Midi déchiré par l’affaire Dreyfus et qui n’avait pas accepté la perte de l’Alsace et de la Lorraine, et en cette année 1897, c’était le premier enterrement depuis 1870 d’une personnalité allemande.
Vingt-sept altesses et de nombreux aristocrates suivirent le corbillard. Dans la foule se formulaient des interrogations, certains parlaient même du mystère non élucidé de cette mort et les journalistes se livrèrent à quelques suppositions. On parlait à mots couverts de suicide, on laissait entendre que la grande-duchesse en savait peut-être plus qu’elle n’avait voulu le dire. L’autorité et le rang de la veuve, quelques dons aux bonnes œuvres cannoises eurent raison des rumeurs.
Il fallut se préoccuper de l’avenir. A quinze ans, son fils était trop jeune pour régner et la veuve, jugée d’ailleurs trop russophile, était écartée du pouvoir au nom de la loi salique. Anastasia dut se contenter de devenir grande-duchesse douairière. De toute façon elle décida de ne rester « que” grande-duchesse de Russie. L’affaire d’importance était maintenant le mariage de ses enfants.
Alexandrine avait rencontré l’amour et un destin royal en se fiançant avec Christian de Danemark, héritier du trône. Le mariage eut lieu en avril 1898 à Cannes, devenue le rendez-vous des altesses royales du monde entier.

Les futurs souverains danois, Christian et Alexandrine et
leur fils Frédéric en 1900, père de l’actuelle reine de Danemark
Puis la jeune Cécilie succomba au charme du jeune Konzprinz Guillaume, elle deviendrait donc impératrice d’Allemagne, pensait sa mère en ce début de siècle dont les souverains étaient encore bien loin de se douter des révolutions qui allaient découler de la première grande guerre mondiale.

Cécilie princesse héritière d’Allemagne en 1908 par Lazslo
Enfin, à sa majorité, Frédéric-François accéda au trône du Mecklembourg et épousa la fille du duc de Cumberland.

Alexandra, princesse de Grande-Bretagne (1882-1863), Grande-duchesse de Mecklembourg-Schwerin
Anastasia pensait non sans raison que ses enfants étaient sa plus belle réussite. Son bonheur fut à son comble quand elle fut grand-mère à trente neuf ans ! Anastasia ne pouvait plus vivre loin du soleil. Elle revint se fixer sur la Côte, à Eze, sur un minuscule îlot relié à la terre par une seule passerelle. Puis elle fit construire tout près une nouvelle villa séparée de la mer par le chemin de fer, mais proche d’une plage de sable fin où elle aimait marcher, pieds nus, retroussant le bas de sa robe, pataugeant en riant dans le ressac.

Villa Fantasia aujourd’hui
Sa vie n’était plus que plaisirs, tournois de tennis acharnés, réceptions endiablées. Tout ce qui lui rappelait sa patrie avait son aval : elle s’enthousiasma pour les ballets russes Diaghilev à Monaco, mena une nouvelle vie amoureuse, imposant à tous le fils naturel qui en résulta. Elle suivit attentivement la gestion de la Maison Russe de Menton, dotant généreusement le sanatorium.

Alexis Louis de Wenden (1902-1976) son fils naturel
avec Vladimir Alexandrovich Paltov
La guerre de 1914-1918 vit s’effondrer le monde des aristocrates et avec les révolutions, les rêves de grandeur d’Anastasia. La Russie impériale s’écroula comme un château de cartes, son fils abdiqua, tout comme son gendre, seule Alexandrine devint reine de Danemark. Anastasia ne survécut pas longtemps à ces cataclysmes qui scellaient la fin d’une époque. La grande-duchesse de Mecklembourg-Schwerin et de Russie devait s’éteindre à Eze, sur cette côte qu’elle aimait tant, à l’âge de soixante-deux ans.

Une mère et ses enfants au temps du bonheur : Cécilie, Alexandrine, Frédéric-François, Anastasia, avant que la guerre ne divise la famille en deux sans altérer leur affection mutuelle.
Ce portrait est extrait du livre “Impératrices, artistes et cocottes” par Martine Gasquet avec l’aimable collaboration de Patrick Germain pour les illustrations.
Régine ⋅ Actualité 2021, Mecklenburg, Portraits, Russie 63 Comments
Ciboulette
8 mars 2021 @ 19:41
Si c’est une rose française , elle peut se nommer ainsi en France , mais autrement à l’étranger . Proust n’a pas tort , c’est un hommage , mais pas très poétique .
Kayleen
8 mars 2021 @ 20:49
Toujours très intéressantes ces histoires, merci
Luigi
8 mars 2021 @ 23:00
Formidable article très complet, de bien belles illustrations, merci pour le temps passé à nous divertir!
Debora12345
8 mars 2021 @ 23:36
Un grand merci !
Mary
9 mars 2021 @ 00:09
Un drôle de pistolet, la dame !
Caroline
9 mars 2021 @ 01:01
Très intéressant à lire, surtout à cette heure tardive au lit !
Ca nous donne une forte envie d’ acheter ce livre passionnant ‘ Impératrices, artistes et cocottes ‘ !
Actarus
9 mars 2021 @ 01:30
Comme il ne s’agissait pas d’une impératrice ni d’une artiste, dois-je en conclure que c’était une cocotte ? ;-)
Cosmo
9 mars 2021 @ 13:43
Elle exerçait sous le pseudonyme de Cocotte du Mecklimbourg, alias Stasia de Petersbourg.
Gérard
9 mars 2021 @ 09:08
Anastasia Mikhailovna eut de son secrétaire Vladimir Alexandrovich Paltov (Saint-Pétersbourg 22 mars 1873-Menton ou Brest 9 septembre 1944) :
le comte Alexis Louis de Wenden (Nice 23 décembre 1902-Paris 7 juillet 1976) époux à Paris le 25 janvier 1929 de Paulette Marie Constance Henriette Félicie Seux (Lyon 3 janvier 1908-Villejuif, Val-de-Marne, 19 novembre 1975), fille de Georges Seux et de Lucile Poulon,
d’où deux filles :
1- Xénia Anastasie Germaine Louis de Wenden (Paris 26 février 1930) épouse à Paris le 31 mai 1952 Alain Brulé, né à Paris le 24 août 1925, fils d’Alexandre et de Marthe Gault, d’où :
a) Christophe Brulé (Paris, 15 avril 1955)
marié à Roussillon le 25 août 2000 avec Victoria Encio (née aux Philippines le 21 décembre 1961) fille de Joachim Encio et de Marguerita Empig,
d’où Philippine Brulé (Paris, 9 juillet 1998),
b) Nicolas Brulé (Paris le 3 novembre 1957)
épouse à Paris le 31 mai 1978 Paris Pascale Chambolle-Tournon (Anvers, septembre 1959) fille de Claude Chambolle-Tournon et de Beatrice Hickson,
d’où :
– Alexia Brulé (Costa Rica 24 novembre 1979),
– Priscilla Brulé (Costa Rica 3 janvier 1982),
épouse le 15 mai 2010 à Santa Domingo de Heredia Eisen Rios (Costa Rica) :
1) Isabella Brulé Rios (Costa Rica 20 septembre 2000),
2) un enfant né en juin 2011,
– Nathalia Brulé (Costa Rica 7 mai 1983-+Costa Rica 4 juin 1985),
c) Cyril Brulé (Paris 2 août 1959) épouse à Paris le 31 mai 1978 Isabelle Moltzer (Boulogne, 1er juillet 1966) fille de Kim-Georges Moltzer et d’Odile de Bailleul, d’où :
Olympia Brulé (°Paris 10 septembre 2002),
d) Gaspard Alexandre Brulé (° Paris 7 avril 1962)
x 19 août 1989 Sophie André (Ambilly, Haute-Savoie, 17 décembre 1963) fille d’Éric André et Monique Chiaro, d’où :
1) Arthur Brulé (Paris 30 août 1990),
2) Alix Brulé (Paris 3 décembre 1992),
3) Joséphine Brulé (Paris 26 octobre 1998),
2- Anastasie Alexandrine Paule Louis de Wenden (Paris 10 janvier 1935-Paris 5 juillet 1995)
d’où :
a) Dominique Louis de Wenden (Sannois, Val d’Oise, 3 mars 1954)
x Isenay, Nièvre, 5 juillet 1997 Isabelle de La Forest d’Armaillé (Paris 11 octobre 1965) fille d’Yves de La Forest, vicomte d’Armaillé, et de Régine Braun,
1) Anastasia Régina Louis de Wenden (Paris 7 mai 1998),
2) Dimitri Yves Alexis Louis de Wenden (Paris 24 ou 23 avril 2003).
La relation de la grande-duchesse avec son secrétaire particulier semble avoir commencé après le mort de son époux qui se serait suicidé. Alexis Louis fut interne en Normandie.
Ses grands-parents paternels étaient Aleksander Paltov et Ekaterina Vorobieva. Son père se maria avec Henriette Jeanne Bruaux.
L’enfant fut d’abord connu comme Alexis Moreau (le nom de l’infirmière) puis le roi Christian IX de Danemark lui aurait donné le nom de von Wenden.
Mais le nom de Wenden venait de celui de la villa de sa mère à Cannes. Il fut en tout cas confirmé par décret du président de la République française du 14 avril 1958 pour Alexis Louis devenu Alexis Louis-De Wenden.
La famille du secrétaire des commandements de la grande-duchesse paraît issue de Youri Palt, colonel au service de la Russie en 1658 dont la descendance fut inscrite dans la sixième partie, celle de la noblesse ancienne, des registres nobiliaire de Kalouga en Russie centrale.
D’après la tradition les premiers Palt, originaires de l’étranger et spécialement d’Allemagne seraient venus en Russie dans les premières années du XVIIe siècle.
Gérard
9 mars 2021 @ 12:34
Le mari de Priscilla est Hernán Baudry.
Jual
9 mars 2021 @ 14:03
Cyril Brulé, né en 1959 ne pouvait se marier en 1978 avec Isabelle Moltzer née en 1966, la mariée aurait eu seulement 12 ans! Je pense que c’est un copié-collé avec la date de mariage de son frère, Nicolas.
Mais ceci est seulement un détail, merci pour toutes les informations.
Gérard
10 mars 2021 @ 15:22
Ma source a été : https://www.angelfire.com/empire/houseofwillis/romanov.html;et il doit y avoir en effet une erreur.
The Peerage ajoute que les époux sont divorcés.
Dans l’arrêté n° 15 du 8 juillet 2010 portant classement au titre des monuments historiques du château de Bailleul à Angerville-Bailleul (Seine-Maritime), on cite l’adhésion au classement de Mme Odile Moltzer en date du 16 septembre 2008 et de Mme Isabelle Moltzer en date du 5 janvier 2010, représentant la SCI propriétaire ;
Mme Odile, Marie, Emmanuelle de Bailleul est née le 5 août 1926 à Paris (7e arrondissement), épouse de M. Kim Moltzer,
– Mme Isabelle, Béatrice, Marie, Madeleine Moltzer,
née le 1er juillet 1966 à Boulogne-Billancourt et épouse de M. Cyril Brulé.
Celui-ci dirige une agence de mannequins à Paris et son ex-épouse est designer.
Les parents d’Isabelle se sont mariés le 25 mars 1965. Je suppose donc que le mariage de celle-ci eut lieu en 1998.
Sa mère Mme Kim Moltzer est décédée à Paris le 10 janvier 2019 et le décès fut annoncé par Mme Isabelle Moltzer, le prince Olivier de Croÿ-Roeulx, la princesse Alyette de Croÿ-Roeulx, ses enfants, ses petits-enfants et arrière-petits-enfants et Mme Anne de Robien, sa nièce.
Gérard
9 mars 2021 @ 12:16
Frédéric-François III de Mecklembourg-Schwerin souffrait d’asthme et de graves difficultés respiratoires ainsi que de problème de peau. Le climat de Cannes lui convenait mieux que celui du nord de l’Allemagne. Son épouse vivait en France et lui-même était bisexuel.
Il mourut au soir du 10 avril 1887 à Cannes. Il avait 46 ans. Il serait sorti sur la terrasse de la villa victime d’une crise d’asthme, il se serait appuyé sur la balustrade qui domine la route et serait tombé victime selon le rapport de troubles respiratoires.
Il fut retrouvé, grièvement blessé, allongé contre le mur de soutènement de la terrasse du jardin. L’intendant Gagzow et des employés le transportèrent dans la villa où il mourut peu après en présence de sa famille. Une autopsie réalisée par ses médecins traitants sur place révéla la fracture de la colonne vertébrale, de deux côtes et d’une cheville. Mais ils conclurent que la mort était due à une insuffisance cardiaque. On parla aussi d’une soirée trop arrosée.
La famille s’efforça de dépeindre la chute d’une hauteur de huit mètres comme un accident, mais la rumeur d’un suicide prévalut.
La presse contemporaine – dont le journal du dimanche Wiener Bilder – rapporta que la cause présumée du décès du grand-duc était « la paralysie cardiaque » ou « la rupture d’un ulcère artériel ». En octobre 1897, le prince Max de Bade s’exprima également dans une lettre confidentielle : « Quelle belle mort eut le duc de Mecklembourg. Peu importe combien il a souffert, il a fait son travail. »
La baronne Louise von Reibnitz-Maltzan dame d’honneur de la grande-duchesse et qui était à la villa de Cannes en 1897, parla en 1922 du « suicide du grand-duc ».
C’est à la villa Wenden à Cannes que la duchesse Alexandrine de Mecklembourg-
Schwerin, fille du défunt grand-duc Friedrich Franz III et de la grande-duchesse Anastasia de Russie, se maria avec le prince héritier de Danemark, futur Christian X, en présence des familles régnantes de Russie, de Danemark et d’Allemagne le 26 avril 1898.
Gérard
9 mars 2021 @ 16:54
Anastasia a ramené le corps de son mari au grand-duché où elle fut mal accueillie par sa belle-famille et même soupçonnée de l’avoir tué. Anastasia dit à une dame d’honneur » J’ai perdu mon meilleur ami. »
Anastasia a conservé les propriétés privées de son mari, entre autres la Villa Wenden à Cannes.
Elle n’avait que 36 ans.
Ce n’est que plus tard que commença sa liaison avec Vladimir Paltov. Elle éleva Alexis. Elle hérita de son père une grande fortune.
Elle repose au côté de son mari.
Corsica
10 mars 2021 @ 16:20
Encore une fois un récit et une iconographie passionnants concernant une grande-duchesse qui, grâce à sa naissance et sa fortune, a pu mener sa vie comme elle l’entendait. Le destin qui l’avait d’abord choyée lui a ensuite cruellement laissé le temps de voir son monde s’écrouler et trois de ses frères être assassinés en 18 et 19.
Je ne sais si l’anecdote est avérée ( je viens de la lire dans l’encyclopédie du web) mais elle ravira certainement les nombreux amoureux de félins du site. En 19, le grand-duc Nicolas, l’aîné de la fratrie, qui a été exécuté en même temps que son frère Georges, se serait avancé vers la fosse de l’exécution en tenant son chat dans ses bras avant de le confier à un soldat en lui recommandant d’en prendre soin.
Gérard
11 mars 2021 @ 15:44
En effet Corsica.
Dans Les Derniers Jours du grand-duc Nicolas Mikhaïlovitch, publié à la Revue des Deux Mondes, tome VI, en 1921 par le général Constantin Brummer, celui-ci précise que lorsqu’ils furent extraits de la forteresse les princes n’étaient pas autorisés à prendre des bagages mais notre grand-duc sortit avec un chat qui s’était habitué à lui et ne le quittait pas. Un soldat dit : « Quel honneur pour nous ! Voilà maintenant que nous nous promenons bras dessus bras dessous avec des grands-ducs ! »
Bimbo, comme on appelait le grand-duc Nicolas Mikhaïlovitch l’intellectuel, botaniste, historien, passionné et farceur, avait donc son chat dans les bras qu’il confia à l’un de ses bourreaux en lui demandant de s’en occuper.
Franc-maçon appelé par ses amis Nicolas Égalité en référence à Philippe d’Orléans, il était célibataire n’ayant pu épouser pour consanguinité prohibée par le patriarcat sa cousine germaine Victoria de Bade qu’il aimait (qui fut l’épouse de Gustave V de Suède), il avait une amie la princesse Nelly Bariatynskaïa. Il eut sans doute des enfants naturels.
Mais il demanda la main d’Amélie d’Orléans, fille du comte et de la comtesse de Paris, cependant ceux-ci s’opposèrent à la conversion de leur fille, qui épousera le roi Charles Ier de Portugal.
De tous les Romanov tués alors il est le seul à ne pas avoir été canonisé par l’Église russe. Le 8 juin 2009 le grand-duc Nicolas Mikhaïlovitch fut réhabilité à titre posthume.
On sait où il repose avec son frère et ses cousins dans une fosse commune près de la muraille de la forteresse Pierre-et-Paul, mais les fonds manquent pour les fouilles.
Corsica
14 mars 2021 @ 03:06
Gérard, merci infiniment pour votre réponse extrêmement détaillée, comme toujours.
Gérard
14 mars 2021 @ 18:59
Merci à vous Corsica.