Alors qu’elle était jusque-là intrinsèquement mêlée à l’apothicairerie, à la distillerie et à la ganterie, elle devient peu à peu un artisanat indépendant. La figure même du parfumeur émerge à partir du milieu du XVIIe siècle. Ce temps fondateur voit la parfumerie française s’émanciper de ses racines italiennes et devenir un modèle sur la scène européenne.
Au cours de cette période, ce sont les gantiers qui s’approprient le savoir-faire de la parfumerie pour en faire un monopole lucratif. Les matières premières venues du monde entier répondent à la créativité de ces artisans.
La fleur d’oranger, le jasmin, le musc, le benjoin ou encore l’ambre gris arrivent jusqu’à ces parfumeurs, parisiens pour la plupart, en transitant sur les nombreuses routes commerciales exploitées par les « compagnies des Indes ».
Grâce à un sens aigu du commerce, ces artisans touchent une riche clientèle, composée de ducs et de princes, et parviennent jusqu’à la cour de Versailles et aux souverains. Les marchands qui fournissent Louis XIV ou Marie-Antoinette sont ainsi assurés d’avoir leurs carnets de commande bien remplis ; sentir bon permet de se faire remarquer et de se distinguer.
Cet essai historique nous fait découvrir de véritables dynasties marchandes dont la réputation n’est plus à faire.
Entre l’achat des matières premières, la fabrication des produits, la gestion du personnel, la stratégie commerciale à mener et les relations avec la clientèle, le quotidien de ces parfumeurs est riche.
Certains, comme les Huet et les Dulac, parviennent à se constituer un solide patrimoine et à s’élever socialement.
A travers l’étude de ces individus, c’est tout un univers qui se dévoile : celui de la bourgeoisie marchande parisienne, du luxe… et de l’argent qui a de l’odeur ».
« Les parfumeurs de la Cour de France. De Louis XIV à Louis XVI », Alice Camus Mignen, Perrin, 2026
Passiflore
22 mai 2026 @ 09:13
Alice Camus Mignen avait soutenu, en 2021, sa thèse de doctorat sur les parfumeurs et la cour de France, de Louis XIV à Louis XVI. Elle avait organisé, cette même année, avec Erika Wicky, un colloque à Versailles sur la place du Parfumeur, de la Renaissance à nos jours.
Jean-Louis Fargeon, son parfumeur officiel, procurait à Marie-Antoinette les «pommades au citron, à la fleur d’orange double, au concombre, les bâtons aux mille parfums, ou encore les eaux spiritueuses de lavande, les pommades au jasmin, les eaux de Cologne et les sachets parfumés», d’après Elisabeth de Feydeau. Son parfum préféré combinait des notes de bergamote, de rose, de jasmin et de tubéreuse, enveloppées dans une base de bois de santal et de cèdre.
« Avant Marie-Antoinette, on pratiquait la “toilette sèche” : pas de bain mais du parfum pour camoufler les odeurs, précisait Charles Cracco, ancien d’HEC devenu pharmacien. On changeait d’habit jusqu’à dix fois par jour. Lorsque Marie-Antoinette arrive à Versailles, elle adopte la “toilette de Flore” : elle prend des bains parfumés, s’enduit de pommades et se farde très peu pour ne pas abîmer son visage avec des composés nocifs tels que la céruse ou les sels de mercure. Elle raffole de soins naturels ». Charles Cracco avait fondé « Mademoiselle Saint-Germain » pour remettre au goût du jour les anciennes recettes de beautés des dames de la Cour grâce aux plantes du Potager du Roi, à Versailles.
Calliopé
23 mai 2026 @ 07:16
Passiflore, pour ma part, j’avais lu que les bienfaits de l’eau sont redécouverts à partir de 1750, et que tous les membres de la famille royale avaient leur salle de bain. Avant l’arrivée de la Dauphine en France, Mme du Barry était déjà une adepte des bains. Elle en prenait un le matin, à peine tiède. De même, elle se maquillait peu, adoptant un style très naturel, alors que Marie-Antoinette usait du fard rouge si en vogue à Versailles. C’était d’ailleurs un reproche que son frère Joseph lui adressera lors de sa venue en France. Mme Campan rapporte une anecdote témoignant de l’esprit moqueur de l’empereur à ce sujet. Voyant sa sœur se préparer pour assister à un spectacle, il lui désigna une dame ayant semble-t-il quelque peu abusé du rouge et lui dit : « Encore un peu sous les yeux ; mettez du rouge en furie, comme madame ».
Passiflore
23 mai 2026 @ 12:51
Calliopé, je ne sais pas, finalement, ce qu’il en était question hygiène à cette époque-là ? Louis XIII avait créé, en 1614, la corporation des Maîtres Gantiers Parfumeurs qui s’était dotée à Grasse, dès 1724, de statuts spécifiques. J’ai appris par une personne qui travaillait dans cette profession qu’il y avait, à Grasse, de très nombreuses fabriques familiales de parfum mais qui ont été concurrencées par Fragonard.
Dans le genre anecdote plus ou moins fine, vous savez sûrement que les Français ont la réputation d’être sales en plus d’être arrogants. Je recevais une jeune Mexicaine pour un stage d’un mois en relations internationales. Arrivée chez moi, elle me dit : « Alejandro – notre ami commun (que je connaissais peu) m’a dit de te dire que je me lavais tous les jours » ? – « Ah ? Moi aussi, je me lave tous les jours ! ». Le lendemain matin, elle me dit : « Ah, c’est bizarre, je n’ai pas perdu mes cheveux » ?? « Pourquoi aurais-tu perdu tes cheveux ? » – « A cause de la pollution à Paris » « Ah ? Ce ne serait pas Mexico, la ville la plus polluée du monde ? » Je résume nos conversations. pendant ce mois. Il paraît que j’ai une grande patience.
Calliopé
25 mai 2026 @ 13:07
Je ne pensais vraiment pas que la France avait une telle réputation de pollution 😶. Cela ne me semble d’ailleurs guère justifié. Pour l’hygiène, oui, malheureusement, nous ne sommes guère cités en exemple… Même si, là encore, je me demande pourquoi (y a-t-il tant de Français qui négligent leur hygiène ?).
Je suis plutôt convaincue que la Cour avait fait de nets progrès à ce sujet sous Louis XV. Emmanuel de Valicourt, dans son livre consacré à Louis XVI et ses frères, relate que Marie-Joséphine de Savoie, épouse du comte de Provence, s’était d’ailleurs faite chapitrée sur l’importance de prendre soin d’elle-même à son arrivée en France. L’ambassadeur de Savoie se voit même obligé d’en parler au roi son père. Il lui exprime dans une lettre la nécessité qu’il intervienne pour l’inciter à prendre soin de sa coiffure et de ses dents. La lettre n’est pas rapportée dans son intégralité, mais l’ambassadeur précise que Marie-Joséphine « ne fait pas assez usage des bains », et qu’elle devrait recourir aux eaux de senteur après avoir dansé ou lorsqu’il fait chaud. « Je souffre d’être dans le cas de parler de cela mais ces sortes de choses qu’on regarde comme des minuties ailleurs sont des affaires essentielles dans ce pays-ci ». Cela traduit bien que la Cour est devenue beaucoup plus sensible aux bases de l’hygiène, et bien moins tolérante aux odeurs désagréables.
Catherine
25 mai 2026 @ 18:24
Louis XIV avait l’appartement des bains, l’une de ses garçonnières pour Athénaïs de Montespan
Perlaine
22 mai 2026 @ 09:16
Ce livre doit être passionnant ! Lorient
où la Cie des Indes était prospère , Colbert s’y intéressa et il existe un musée concernant cette période à Port-Louis (56) très intéressant
Passiflore
22 mai 2026 @ 09:44
Oui, Perlaine, passionnant, ce musée !
Iris Iris
22 mai 2026 @ 09:47
Envie d’ une lecture « capiteuse »? Essayez Le Parfum, de Patrick Suskind. Effet garanti!
Aggie
22 mai 2026 @ 10:42
J´ai eu du mal à me remettre de cette lecture. Malaise intense mais quel talent Suskind.
Aggie
22 mai 2026 @ 12:10
Pour être capiteux ça l´est. Âmes sensibles prudence. J´ai fini le livre prise d´un sacré malaise.
Lapiequichante
22 mai 2026 @ 22:44
Iris , j’ai voulu le lire il y a fort longtemps, dans le premier mois de ma première grossesse. Rien que l’évocation des odeurs m’a fait vomir , je n’ai jamais pu le réouvrir.
Lapiequichante
22 mai 2026 @ 22:49
Iris , j’avais commencé à le lire au début de ma première grossesse. Entre 2 nausées et l’évocation des parfums du marché aux poissons, je suis partie vomir. Et je l’ai laissé là. Je n’ai jamais pu le reprendre. Une impression physique indélébile.
Benedicte
22 mai 2026 @ 23:03
Horrible ce livre ….le parfum .
Iris Iris
23 mai 2026 @ 09:14
Pour ma part, j’ ai lu ce roman de bout en bout et je salue sa puissance évocatrice: une réelle prouesse littéraire. Mais, pour rien au monde, je ne le relirai…
.
Brimbelle
22 mai 2026 @ 19:59
Les parfums sont utilisés depuis la Préhistoire, et les peuples antiques en faisaient une grosse consommation, particulièrement les Égyptiens. Utilisés de manière profane (séduction, vertus médicinales…) ou religieuses ( offrandes aux dieux, embaumement des corps .. ). Chez les Grecs, la finesse du parfum était un moyen d’affirmer sa position sociale. Le commerce du parfum a fait la prospérité de nombreuses villes du bassin méditerranéen. La fabrication des parfums a connu un grand progrès à la fin du Moyen Âge grâce au perfectionnement de l’alambic et la visite ecouverte de l’alcool éthylique,
A noter que le parfum servit longtemps pour faire oublier les mauvaises odeurs dûes à une hygiène quelque peu défaillante.
Deux autres grandes étapes, la création du vaporisateur et celle de la célèbre eau de Cologne, que nous avons sans doute toutes et tous connue.
Fleur
23 mai 2026 @ 08:50
Je n’ai jamais compris pourquoi le nom « eau de Cologne », alors que cette ville allemande n’est pas connue pour ses plantations d’agrumes et autres plantes ou fruits du sud.
Passiflore
24 mai 2026 @ 09:11
Fleur, on dit (mais il y a plusieurs versions) que Jean Marie Farina, parfumeur italien, s’installa à Cologne au début du XVIIIe siècle où il se mit à produire, dès 1708, une « eau admirable », ou Aqua mirabilis, ainsi qu’on appelait alors des eaux issues d’une distillation quelconque et auxquelles on prêtait des dons particuliers.
Baboula 😻
24 mai 2026 @ 09:23
Fleur,il vous sera beaucoup pardonné car vous avez bon fond .
Fleur
24 mai 2026 @ 09:35
Jean-Marie Farina, l’inventeur italien, habitait à Cologne, d’où le nom.
« 4711 » est le nom d’une eau de Cologne toujours prisée en Allemagne. Finalement une bonne eau de Cologne c’est agréable de s’en asperger généreusement en été, sachant que la senteur rafraîchissante ne tient pas longtemps.
Esquiline
24 mai 2026 @ 17:25
Parce que le créateur italien de ce type de parfum, Giovanni Maria Farina, s’était établi à Cologne.
Brimbelle
25 mai 2026 @ 20:00
Fleur, c’est un parfumeur italien, Giovanni Farina qui s’installa à Cologne et produisit une » eau admirable » , mélange d’huiles essentielles et d’alcool. Elle conquit rapidement les cours européennes et devint l’eau de Cologne.
A l’origine, elle était vendue comme un médicament . .
Bien sûr, il y eut de nombreuses imitations et ce nom est devenu générique.
A noter que la création par Farina est souvent contestée.
Perlaine
23 mai 2026 @ 09:04
Mon avis sur le livre « Le parfum » de Suskind est négatif , un pensum.
Mayg
23 mai 2026 @ 13:19
Vu l’hygiène en ce temps là, les parfums étaient les bienvenus…
Fleur
24 mai 2026 @ 09:38
Henri IV, qui semble-t-il, n’a connu l’eau pour se laver qu’à sa naissance et à sa mort, aurait dû être un remède contre l’amour.
Menthe
24 mai 2026 @ 19:27
Euh Mayg….le parfum ne masque pas la mauvaise odeur corporelle, le mélange des deux étant pire, du moins à mon nez, pouah !
Caroline
23 mai 2026 @ 23:37
Pourrait- on comparer ces parfums à ceux du harem de l’Empire ottoman ?
Carole 007
24 mai 2026 @ 10:00
Sujet et commentaires intéressants.