Décrit par les uns comme un être machiavélique et dépravé, et par d’autres, en particulier le couple impérial, comme un guérisseur aux pouvoirs extraordinaires et un conseiller visionnaire et désintéressé, Raspoutine étendit son influence sur la vie de la cour, et donc sur la politique nationale et étrangère de l’Empire.
Les fausses rumeurs selon lesquelles il couchait avec l’impératrice, et même avec ses filles, firent au tsar une réputation de cocu pathétique aux yeux d’un peuple et d’une noblesse aux penchants très patriarcaux, et c’est ce qui explique le peu de soutien que Nicolas II trouva auprès des régiments de la Garde impériale quand éclata la révolution populaire de février 1917.
Cette révolution, qui précéda le coup d’État bolchevique d’octobre, fut en partie le fruit de l’emprise de Raspoutine sur le tsar, car Raspoutine se mêla de politique ferroviaire, avec pour résultat un désordre tel que Petrograd ne put être approvisionné convenablement en denrées alimentaires pendant l’hiver 1916-1917, ce qui déclencha les émeutes.
Alexandre Kerensky, le chef du Gouvernement provisoire en 1917, affirma plus tard que « sans Raspoutine, il n’y aurait pas eu Lénine ».
Plus que la chronique d’une fin de règne, c’est celle de la fin d’un monde que nous propose Antony Beevor, une fin provoquée, paradoxalement, en grande partie par un homme seul, qui n’occupait aucune fonction officielle, ne contrôlait aucune organisation et ne bénéficiait d’aucun soutien populaire.
Et malgré cela, Raspoutine est sans doute, avec Lénine, l’homme qui a le plus pesé sur le cours de l’histoire du XXe siècle. »
« Raspoutine et la chute des Romanov », Antont Beevor, Calman Levy, 2026, 500 p
Brimbelle
26 octobre 2026 @ 08:25
L’auteur de ce livre, Anthony Beevor, est un historien britannique spécialiste des faits militaires, particulièrement la guerre d’Espagne et la Seconde Guerre mondiale.. En tant qu’ officier de l’armée , il eut accès aux archives soviétiques pour Stalingrad et Berlin. Son livre « La chute de Berlin », 2002) est très dur à lire, faisant le récit implacable des atrocités soviétiques et fut dénoncé par l’ambassadeur russe au Royaume-Uni.
Un autre ouvrage Stalingrad », 1999, fut interdit en Ukraine à cause des passages décrivant les exécutions d’enfants pas des nationalistes ukrainiens.
Ses ouvrages mettent en évidence les atrocités commises par les deux camps dans la Seconde Guerre.
Pipistrelle
26 octobre 2026 @ 11:35
Le fait que l’auteur soit un historien britannique rend justement ce livre particulièrement suspect. Les historiens russes ont en effet largement démontré l’implication des services secrets britanniques de l’époque dans l’assassinat de Raspoutine au palais du très dépravé prince Félix Youssoupov (qui a ensuite été particulièrement bien accueilli sa vie durant à Londres, où on a financé la publication du livre dans lequel il se disculpait). Le but était d’empêcher la signature par la Russie d’une paix séparée en pleine Première guerre mondiale, dont Raspoutine avait presque convaincu le couple impérial. Elle n’aurait pas arrangé le camp franco-britannique, mais elle aurait mis un terme à l’hécatombe des russes qui allaient au combat sans préparation militaire et souvent sans même un fusil. Comprenons bien que la propagande anti-Raspoutine (films, livres…) a été essentiellement le fait des britanniques qui n’assument pas son élimination. Les Russes ont un jugement beaucoup plus nuancé à son égard car ils considèrent qu’il prenait la défense du peuple.
Robin des Bois
26 octobre 2026 @ 09:31
Ce livre me paraît passionnant
Menthe🌻🌻
26 octobre 2026 @ 09:59
Oui, Robin
Comment une confiance aveugle en un talentueux et cynique manipulateur a provoqué une cascade d’événements allant jusqu’à l’éradication de la famille impériale elle même . Si Raspoutine n’avait pas existé, qu’en serait-il de la Russie ?
Philomène
26 octobre 2026 @ 11:31
Dans cette affaire, un autre personnage doit beaucoup intéresser : le prince Youssoupov meurtrier de Raspoutine. Quelle personnalité, quel destin ! Il existe (au moins) une interview de ce prince. Quelques secondes particulières.
Camille
26 octobre 2026 @ 11:53
Faute d’Historiens francophones ayant repris le sujet, je vois que les ouvrages traduits se multiplient…