Il y a trois siècles, d’immenses forêts s’étendaient sur l’emplacement actuel de Schönbrunn. Ces espaces naturels étaient un terrain de chasse de prédilection des Habsbourg qui acquirent en 1569 un pavillon de chasse avec toute la région boisée environnante. L’empereur Matthias y avait découvert, au début du XVIIe siècle, une source : la « schöner brunnen », littéralement « belle fontaine ».
En 1683, le pavillon fut détruit par les Turcs. Dix ans plus tard, l’architecte Johann Bernhard Fischer von Erlach, professeur d’architecture du fils aîné de l’empereur Léopold Ier (le futur Joseph Ier), conçut les plans du palais destiné à être la résidence privée de la famille impériale. Il fut chargé de sa construction qui commença en 1695.
Après la mort de Charles VI, successeur de Joseph Ier qui témoigna très peu d’intérêt pour le projet, sa fille Marie-Thérèse, très attachée à Schönbrunn, le fit réaménager par Nicolas Pacassi au milieu du XVIIIe siècle, pour en faire le palais que l’on connaît aujourd’hui.
La cour d’honneur est dominée par le grand corps de logis qui développe sur 180 mètres, une façade de couleur ocre appelée « jaune Schönbrunn » ou « jaune Marie-Thérèse ».
Les héritiers de Marie-Thérèse ont chacun laissé une empreinte de leur passage et François-Joseph est celui qui est le plus étroitement associé à Schönbrunn : c’est ici qu’il naquit et qu’il mourut.
Ses appartements privés se trouvent au premier étage de l’aile droite et ouvrent sur la cour d’honneur.
C’est donc tout naturellement par ses appartements que commence toute visite du palais. La salle de billard servait de salle d’attente pour ses audiences. Le billard appartenait au grand-père de François-Joseph, l’empereur François Ier. Le tableau de gauche représente la première remise de l’ordre de Marie-Thérèse en 1758. Le tableau de droite représente l’une des festivités organisées par François-Joseph à l’occasion du centenaire de l’Ordre de Marie-Thérèse avec une réception dans le parc du château.
Le salon en noyer doit son nom aux riches lambris en noyer. Les décors dorés ainsi que les consoles proviennent encore de l’aménagement rococo de l’époque de Marie-Thérèse. C’est ici que François-Joseph donnait ses audiences. On venait voir l’empereur pour lui témoigner sa reconnaissance à la suite d’une distinction, déposer une requête ou se présenter après une promotion à un poste officiel. François-Joseph pouvait recevoir jusqu’à cent personnes en une matinée. Sa mémoire était infaillible: jamais il n’oubliait un nom ou un visage aperçu ne fut-ce qu’une seule fois. L’audience, que l’empereur clôturait d’un léger hochement de tête, ne durait en général que quelques minutes.
Son cabinet de travail, meublé dans un style bourgeois, le fameux style Biedermeier, tranche avec la grandeur du palais. Il est en totale osmose avec les goûts simples du souverain.
C’est là qu’il étudiait les dossiers et c’est là aussi qu’il se faisait servir le petit déjeuner et le déjeuner. Ainsi, la vie du premier fonctionnaire de l’État se déroulait principalement à cette table de travail.
Dans ses appartements privés, l’empereur renonça à tout apparat. Il aimait s’entourer de portraits privés, de photos de famille et de cadeaux de ses enfants et petits-enfants. L’un de deux grands portraits montre François-Joseph à l’âge de 33 ans, l’autre représente son épouse. Cette simplicité s’exprime à travers des murs tapissés de reps marron, des fauteuils recouverts de tissu à motif d’érable, des photos de famille.
C’est dans la chambre à coucher que l’empereur entamait sa journée, qui se déroulait selon un horaire rigoureux. Il se levait en général à 4 heures du matin, parfois plus tôt, se lavait à l’eau froide, puis faisait sa prière matinale sur le prie-Dieu. Le lit de fer témoigne, comme à la Hofburg, du style de vie austère du souverain autrichien.
C’est dans ce lit qu’en 1916, après 68 ans de règne, au milieu des tourments de la Première Guerre mondiale, François-Joseph rendit son dernier soupir à l’âge de 86 ans. Le tableau sur le chevalet montre l’empereur sur son lit de mort.
Ici aussi, on note l’attachement du souverain à sa famille avec les nombreuses photos qui tapissent le paravent.
Voicie le nécessaire de toilette qui était destiné aux soins de beauté de l’impératrice. Elle était considérée comme une des plus belles femmes de son temps et en était d’ailleurs bien consciente. Ses journées étaient ponctuées par des traitements de beauté et des exercices sportifs pour garder la ligne.
La chambre du couple impérial est une pièce unique : ici, et seulement ici, on peut voir la chambre commune du couple… Les murs sont tendus de soie bleue, posée dès 1854 et d’origine lyonnaise.
La chambre comporte un mobilier sombre en palissandre offert par les ébénistes viennois à l’occasion du mariage de François-Joseph, lequel avait appris le métier d’ébéniste dans sa jeunesse, comme tout archiduc qui se devait d’apprendre une profession. Il comprend deux lits identiques, deux armoires mais un seul prie-Dieu.
Le salon de réception d’Élisabeth doit son atmosphère aux boiseries blanc et or, aux tentures de soie claire et aux meubles de style néo-rococo. L’horloge devant le miroir est dotée d’un cadran inversé qui permet de lire l’heure dans le miroir.
Le salon Marie-Antoinette servait de salle à manger familiale. Les dîners de famille suivaient le cérémonial strict et précis de la Cour. La table était toujours décorée de manière festive: au milieu se trouvaient des surtouts dorés ornés de fleurs, de fruits et de confiseries.
Pour les dîners officiels, on servait de la cuisine française, mais pour les repas familiaux, François-Joseph préférait des mets typiquement viennois, comme l’escalope viennoise, le goulach, le « Tafelspitz », un bouilli de bœuf, ou le fameux « Kaiserschmarrn », un dessert à base d’œufs. Pour que les plats soient toujours frais et chauds, on les transportait vers les appartements dans des caisses chauffées; dans une pièce attenante à la salle à manger, ils étaient maintenus à la bonne température sur des réchauds alimentés au charbon et plus tard au gaz.
L’empereur prenait place au milieu de la table, l’impératrice en face de lui lorsqu’elle était présente. Un dîner de famille se prenait généralement à 6 heures du soir et comportait entre 3 et 6 plats.
La chambre des enfants est ornée d’une série de portraits qui représentent les filles de Marie-Thérèse. Si beaucoup d’entre eux, comme Marie-Antoinette, sont nés à la Hofburg, c’est à Schönbrunn qu’ils ont grandi.
Pour des raisons politiques, l’impératrice maria la plupart de ses onze filles alors qu’elles étaient encore enfant. Seule Marie-Christine, la fille préférée de Marie-Thérèse, fut la seule à avoir fait un mariage d’amour avec Albert de Saxe Teschen.
Le salon jaune est la première des pièces des appartements côté jardin. Il est décoré d’une série de pastels peints par l’artiste genevois Liotard. Ils montrent des enfants de milieux bourgeois et forment un étonnant contraste avec les portraits officiels des enfants de Marie-Thérèse.
Du temps de Marie-Thérèse, la salle des glaces servait aux fêtes de famille célébrées en cercle restreint. On y donnait notamment aussi de petits concerts. C’est ici qu’en 1762, le jeune W.A. Mozart, alors âgé de 6 ans, donna son premier concert devant l’impératrice.
« Après avoir joué » écrit plein de fierté son père, « Wolferl a sauté sur les genoux de Sa Majesté, l’a entourée de ses bras et l’a embrassée. »
La salle des Rosa est appelée ainsi en raison des œuvres de l’artiste du même nom qui la décore. Elle représentent une série de paysages de l’Empire des Habsbourg.
Parmi ces toiles, l’une représente Habichtsburg, en Argovie suisse, le château d’origine de la dynastie des Habsbourg d’où elle tire son nom.
La grande galerie, située au cœur du château, était utilisée par la famille impériale pour y donner des bals, des réceptions et des dîners de gala. Se développant sur une longueur de plus de 40 mètres et une largeur de près de 10 mètres, la grande galerie était le cadre privilégié pour les grands événements de la Cour.
Les glaces en cristal, les stucs blanc et or et les fresques peintes au plafond constituent une prestigieuse œuvre d’art de l’époque rococo.
Les fresques, réalisées par le peintre italien Gregorio Guglielmi, glorifient la monarchie autrichienne sous le règne de Marie-Thérèse. Sur la fresque du centre, on reconnaît, assis sur le trône, François de Lorraine et Marie-Thérèse, entourés de personnages symbolisant les vertus monarchiques, ainsi que d’allégories représentant les pays de la couronne.
La petite galerie communique avec la précédente par de grandes arches ouvertes. Elle se trouve côté jardin du château et était réservée aux fêtes d’anniversaire et aux fêtes patronymes célébrées en famille. Elle offre une vue splendide sur le parc et sur la Gloriette. Depuis sa dernière restauration, la petite galerie a retrouvé ses murs blancs polis d’origine, datant du XIXe siècle.
De part et d’autre de la petite galerie se trouve des cabinets chinois. Marie-Thérèse avait une grande prédilection pour l’art chinois et japonais, très en vogue à l’époque. Dans les deux cabinets, de précieux panneaux chinois en laque sont encastrés entre les lambris blancs; de leurs cadres dorés sortent des petites consoles sur lesquelles reposent des porcelaines bleu et blanc. Ils sont rehaussés par de magnifiques parquets marquetés.
Du temps de Marie-Thérèse, les événements familiaux comme les baptêmes ou les mariages, se célébraient dans le salon des cérémonies. La série de tableaux qui orne cette salle relate la fête de noces célébrée à l’occasion du mariage de Joseph, fils aîné de Marie-Thérèse et héritier du trône, avec la princesse Isabelle de Parme, issue de la maison royale des Bourbon. Ce cycle de peintures comporte un des plus illustres portraits de Marie-Thérèse; elle pose en « première dame d’Europe » parée d’une précieuse robe en dentelle de Brabant.
Le plus grand de ces tableaux nous montre le cortège nuptial d’Isabelle et sa suite de 98 carrosses, les invités présents – comprenant toute l’aristocratie européenne – sont reconnaissables aux armoiries familiales arborées sur les voitures. Il nous livre aussi une vue intéressante de la Hofburg et de l’église des Augustins au XVIIIe siècle.
La salle à manger d’été donne sur le parc et était utilisée du temps de François-Joseph pour les repas de famille. Les dîners officiels étaient donnés quant à eux dans la grande galerie.
Au début du XIXe siècle, les murs du salon bleu chinois furent tendus de papier peint décoré à la main datant du XVIIIe siècle. Un portrait de la dernière impératrice d’Autriche, Zita de Bourbon-Parme, y rappelle le souvenir des années qui suivirent le décès de François-Joseph.
C’est en effet dans le salon bleu chinois qu’eurent lieu les négociations qui aboutirent à la déclaration du 11 novembre 1918 par laquelle Charles Ier, le dernier empereur d’Autriche, renonça à l’exercice du pouvoir. Le lendemain, la République autrichienne fut proclamée, mettant ainsi fin aux plus de 600 ans de règne des Habsbourg. Un portrait de Charles Ier, qui fut le dernier empereur de la dynastie, rappelle cet événement.
Le salon vieux laque a été transformé par Marie-Thérèse en salle commémorative après le décès de son très cher époux François de Lorraine, qui mourut subitement en 1765. Les panneaux de laque noire, importés de Pékin, ont été insérés dans des boiseries en noyer et entourés de cadres dorés.
Après le décès de son mari, Marie-Thérèse n’a plus jamais quitté le deuil. Dans le livre de prière de l’impératrice, on trouva, après sa mort, un billet où elle avait consigné avec précision le nombre d’heures que dura son heureuse union. Marie-Thérèse fit exécuter des tableaux pour cette salle commémorative: au milieu se trouve le portrait de son époux François Stéphane, peint par Pompeo Batoni.
Le salon Napoléon nous rappelle que l’empereur des Français s’installa à deux reprises dans l’ancienne chambre à coucher de Marie-Thérèse : lorsqu’il occupa Vienne en 1805 et en 1809.
Le mariage en 1810 de Napoléon avec Marie-Louise, fille de l’empereur François Ier, devait sceller la paix entre les deux puissances. Après la chute de Napoléon, Marie-Louise revint temporairement à la Cour de Vienne avec son fils.
Dans la foulée du congrès de Vienne en 1814-1815, elle obtint finalement le duché de Parme, à la condition toutefois de laisser son fils, le duc de Reichstadt, l’Aiglon, à Vienne. Sous l’instigation des puissances européennes, le petit « Prinz Franzi », comme on l’appelait à la Cour, devait à tout prix rester politiquement dans l’ombre et grandir isolé à la Cour de Vienne sous la tutelle de son grand-père.
Comme tous les Habsbourg de sexe masculin et conformément à la tradition familiale, l’enfant dut aussi apprendre un métier artisanal. Son portrait le représente en petit jardinier.
Le Duc de Reichstadt est mort jeune, en 1832, à l’âge de 21 ans à la suite d’une maladie pulmonaire. Le buste le représente sur son lit mortuaire.
Il avait apprivoisé une alouette huppée qu’il serra si fort au cours de son agonie qu’elle mourut étouffée dans sa main, en même temps que lui. Elle a été naturalisée et conservée en souvenir de l’infortuné jeune prince.
La salle appelée « Salon des porcelaines » servait de salon de jeu et cabinet de travail à Marie-Thérèse, aménagée vers 1763, elle a gardé jusqu’à ce jour son aspect d’origine.
Les lambris de bois ainsi que les boiseries sculptées, laqués bleu et blanc, devaient imiter la porcelaine, très prisée au XVIIIe siècle.
Dans les lambris sont insérés 213 dessins à l’encre de Chine, réalisés d’après des modèles des artistes français François Boucher et Jean Pillement par les enfants du couple impérial, François Ier de Lorraine et Marie-Thérèse.
Le « Salon du Million » est appelée ainsi en raison de ses lambris en bois de palissandre extrêmement précieux. Soixante cartouches rococo ont été encastrés dans ces lambris. Elles contiennent des miniatures indo-persanes qui montrent des scènes de la vie privée et de la Cour des seigneurs moghols aux XVIe et XVIIe siècles.
Afin d’adapter les miniatures originaires d’un manuscrit aux formes asymétriques des cartouches, les feuilles ont été découpées pour recomposer de nouvelles images comme une sorte de collage que l’on encadra d’une bordure baroque peinte. Les dernières recherches n’ont pu confirmer l’hypothèse que les collages artistiques ont été réalisés par les enfants de Marie-Thérèse.
Le salon de l’archiduc François-Charles fait partie d’un ensemble de pièces occupées par les parents de François-Joseph. Les tableaux rappellent l’époque de Marie-Thérèse. Ils nous montrent François de Lorraine, Marie-Thérèse et quelques-uns de leurs nombreux enfants. Le couple impérial a donné naissance à 16 enfants (onze filles et cinq garçons) dont onze ont atteint l’âge adulte.
Ainsi, Schönbrunn, véritable « maison des siècles », conserve dans ses murs un condensé de l’histoire européenne. Le palais d’été des Habsbourg est au cœur d’un écrin de verdure qui fera l’objet d’un prochain article. (Merci à Francky pour ce reportage à Vienne)









































Corsica
23 septembre 2016 @ 23:36
Merci Francky pour cet article passionnant et, comme toujours, abondamment et admirablement illustré.
J’avoue que les appartements datant de l’époque de l’empereur François Joseph m’ont paru bien tristounets comparé à la splendide galerie des Glaces,mêle salon de porcelaine ou les cabinets chinois. Quant à la chambre d Sissi et de son époux, j’ai rarement vu quelque chose d’aussi chargé et étouffant. Cet accumulation de meubles n’est guère propice à un sommeil tranquille et récupérateur.
J’ai toujours été frappé par certaines similitudes entre l’impératrice Marie Thérèse et la reine Victoria : deux femmes jeunes lors de leur accession au trône ; deux femmes très amoureuses qui avaient eu la chance d’épouser selon leur inclination, à une époque où dans leur situation c’était rarissime ; deux mères de famille nombreuse ( 16 versus 9) et deux femmes qui eurent un chagrin immense au décés de leur conjoint et décidèrent de ne plus quitter le deuil.
Quant à « l’Aiglon », je sais que lorsque la fin a été inéluctable sa mère a été appelée à son chevet mais je ne sais si elle était à son chevet. En tout cas si elle y était, elle ne lui tenait pas la main car il n’aurait pas pu étouffer son oiseau dans une seule main. Je trouve infiniment triste que dans ses derniers moments, la seule chaleur réconfortante que ce jeune homme ait trouvé est celle de ce pauvre oiseau mort avec son maître.
Corsica
23 septembre 2016 @ 23:45
Veuillez m’excuser mais en fin de journée, j’ai beaucoup de mal avec ce petit rectangle gris où l’on doit écrire et que l’on ne peut malheureusement pas grossir. Le manque de contrastes m’empêche de repérer mes fautes. Régine, si par hasard, vous pouviez améliorer cela, j’en serai ravie et je pense que je ne serais pas la seule.
Il fallait lire : ConparEs, Le salon de porcelaine, cetTE accumulation, j’ai toujours été frappéE. Sa mère a été RAPPELÉE À VIENNE mais je ne sais si elle était à son chevet.
Francky
24 septembre 2016 @ 09:00
Corsica,
Vous avez raison: Marie-Thérèse et Victoria = même fonction, même famille, même destin… Je n’y avais pas pensé…
Quant à l’Aiglon, j’ai toujours trouvé sa fin triste et émouvante. Il était très peu considéré par les Habsbourg du fait de son ascendance paternelle alors qu’il était autant Habsbourg que Bonaparte…
Cosmo
25 septembre 2016 @ 10:56
Cher Francky,
Bravo pour vos articles ! Et merci.
Je vais toutefois mettre un bémol à votre commentaire sur les rapports entre le duc de Reichstadt et sa famille Habsbourg. Contrairement à ce que vous écrivez, le jeune prince était adoré par son grand-père, par ses oncles et tantes et ses cousins. L’empereur François l’avait souvent à ses côtés dans son cabinet de travail. Et ses oncles et tantes ne savaient que faire pour lui faire plaisir. C’était un enfant délicieux, et il fut un beau jeune homme. Tous l’adoraient, peut-être aussi pour compenser l’absence de ses parents. Son oncle Ferdinand, le futur empereur, faisait même le pitre pour divertir le jeune enfant. Ses tantes le gâtaient.
Je ne vous parlerai pas de l’archiduchesse Sophie qui eut une véritable relation sentimentale avec lui. Cette relation était au vu et au su de toute la famille. Elle doucit les derniers mois de la vie de l’Aiglon.
Bien sûr, il y eut l’attitude ambigüe de sa mère. Disons à sa décharge qu’elle avait été victime de la décision des autres, lors de son mariage et au moment du Congrès de Vienne. Duchesse de Parme, elle se devait d’y résider et son fils avait interdiction de l’y rejoindre…ce qui arrangeait bien la mère qui eut d’autres enfants, les Montenuovo, avant la mort de Napoléon.
Napoléon était craint, admiré et honni en Autriche, comme ailleurs. L’empereur François avait donné l’ordre aux précepteurs de ne pas parler de son gendre à son petit-fils. Mais il avait ajouté que si ce dernier posait des questions, il ne fallait pas dire du mal du père au fils.
Franz, comme il était appelé, avait sa place au sein de sa famille autrichienne et il y fut heureux. Edmond Rostand a beaucoup brodé sur son destin, même s’il est vrai qu’une fois son père découvert, l’Aiglon essaya d’en savoir plus sur celui qui fut, malgré tout, un héros.
Voici ce que disait le duc de Reichstadt en 1830 au Comte de Prokesch-Osten, probablement son dernier ami :
« Comment concilier mes devoirs de Français avec mes devoirs d’Autrichien ? Oui si la France m’appelait, non pas la France de l’anarchie, mais celle qui a foi dans le principe impérial, j’accourrais et si l’Europe essayait de me chasser du trône de mon Père, je tirerais l’épée contre l’Europe entière. Mais y a t il aujourd’hui une France impériale ? Je l’ignore. Quelques voix isolées, quelques voix sans influence ne peuvent être d’aucun poids… .Si c’est ma destinée de ne jamais rentrer en France, je désire devenir sérieusement pour l’Autriche un autre prince Eugène. J’aime mon grand-père. Je sens que je suis un membre de sa famille et pour l’Autriche, je tirerais l’épée volontiers contre le monde entier, hors la France. » (Mes relations avec le duc de Reichstadt
Commentaires et notes de Jean de Bourgoing -Librairie Plon-1934)
Ce ne sont pas les paroles d’un homme qui semble avoir souffert au sein de sa famille maternelle.
On a souvent dit que le prince « n’était même pas un archiduc » et pour cause, ne pouvaient être archiducs que les enfants d’un archiduc et non d’une archiduchesse. L’empereur fit pour son petit-fils le maximum de ce qu’il pouvait : un titre de duc héréditaire, avec le prédicat d’altesse sérénissime, une dotation importante, une place immédiatement après les archiducs d’Autriche dans le protocole impérial, et enfin officier de l’armée impériale.
Amicalement
Cosmo
Francky
26 septembre 2016 @ 07:51
Merci Cosmo pour votre éclairage,
Je connaissais bien sûr la proximité avec l’archiduchesse Sophie, « l’abandon » de sa mère et l’interdiction faite de la rejoindre. Mais j’ignorais ce lien si étroit avec l’empereur François et ses oncles et tantes.
Un grand merci pour toutes ces précisions !
Amicalement.
Francky
clement
24 septembre 2016 @ 09:40
Sa mère était présente et l’a veillé ainsi que sa tante Sophie enceinte de son deuxième fils ; dans les derniers soubresauts de la mort on peut très bien avoir la force d’étouffer un petit oiseau d’une seule main ,je doute qu’il ait pu rassembler ses deux mains pour faire cela étant donné qu’à la fin il n’y a plus de volonté consciente !
patricio
24 septembre 2016 @ 12:19
Un grand merci Francky.
Amitiés
Patricio