
Les Britanniques n’avaient sans doute pas besoin de cela. À peine remis des scones à la crème, des puddings de Noël et des sandwiches au concombre, voilà qu’arrivent les très attendues gourmandises officielles du centenaire d’Elizabeth II.
Et autant dire que Buckingham a trouvé la formule parfaite pour faire chavirer les amateurs de tea time : un thé commémoratif raffiné… accompagné d’une boîte de biscuits terriblement chic.
Le merchandising royal n’a jamais été aussi élégant. D’un côté, une ravissante boîte rose poudré décorée de fleurs délicates et du monogramme couronné d’Elizabeth II, contenant un mélange de thé baptisé “Queen Elizabeth II Tea Blend”.

De l’autre, une boîte de shortbreads écossais à l’ancienne, ces biscuits au beurre capables de ruiner en trois bouchées toutes les bonnes résolutions nutritionnelles de l’année.
Prix de cette tentation très Windsor ? 18 livres sterling pour le thé et 20 livres pour les biscuits. Soit environ 45 euros le duo avec les frais et un soupçon de nostalgie monarchique. Mais les admirateurs de la souveraine ne semblent absolument pas disposés à résister.
Il faut dire que tout a été pensé pour séduire les collectionneurs, les amoureux de la Couronne… et les esthètes d’Instagram. Les boîtes semblent sorties d’un salon de thé imaginaire entre Balmoral et Bridgerton. Rose dragée, dorures, motifs floraux, couronne stylisée : on croirait presque un accessoire oublié sur une table de Sandringham après le passage d’une duchesse distraite.
Le plus amusant reste peut-être le cérémonial que ces produits inspirent déjà. On imagine très bien des milliers de Britanniques préparer leur tasse avec un sérieux quasi diplomatique : petite théière en porcelaine, nuage de lait parfaitement dosé, napperon amidonné et silence respectueux devant le portrait de “Her Majesty”. Le simple biscuit devient alors un acte patriotique.
Et derrière cette avalanche de douceur sucrée, il y a évidemment une opération marketing redoutablement efficace. Le centenaire d’Elizabeth II donne lieu à une véritable déferlante de produits dérivés : porcelaines, albums, souvenirs, livres, expositions… Mais ce thé et ces biscuits touchent quelque chose de plus intime. Ils rappellent le rituel préféré de la reine : ce fameux afternoon tea dont elle avait fait un art de vivre presque institutionnel.
Elizabeth II adorait les habitudes immuables. Le thé à heure fixe faisait partie de son quotidien avec une précision d’horlogerie britannique. Quant aux biscuits et pâtisseries, ils accompagnaient depuis toujours les réceptions privées comme les séjours à Balmoral.
Derrière cette simple boîte rose se cache donc toute une mythologie : celle des salons feutrés, des corgis endormis près du feu et des plateaux d’argent circulant dans les couloirs de Buckingham Palace.
Reste une question essentielle : faut-il oser ouvrir ces boîtes ? Beaucoup d’acheteurs risquent fort de les conserver intactes pendant des années, comme des reliques royales. D’autres, plus courageux, céderont sans doute dès la première soirée pluvieuse devant une série anglaise, avec la sensation délicieuse de partager un tea time imaginaire avec la plus célèbre souveraine du XXe siècle.
Une chose est certaine : même disparue, Elizabeth II continue de régner… sur l’art britannique de vendre du rêve dans une boîte en métal. (merci à Bertrand Meyer)
Régine ⋅ Actualité 2026, Angleterre, Gastronomie 13 Comments
D'Italie
23 mai 2026 @ 04:20
La question du thé, c’est avant tout la question : « Tea first or last? » Le genre d’interrogation susceptible de déclencher une guerre civile dans un « Royaume » qui se proclame « Uni » probablement pour se rassurer. Dans le cas de la défunte monarque et de l’ensemble de la famille royale, la réponse est « Tea first », ce qui est une façon délicieusement hypocrite pour souligner la qualité de la porcelaine des services à thé en usage dans ses résidences, capables de résister sans dommages à la chaleur violente de ce breuvage vendu à un prix dérisoire par ses producteurs, mais beaucoup moins par ses marchands. Quant à la qualité élue : l’Earl Grey, ce qui est une évidence sans que personne ne sache pourquoi, ce qui évite de discuter.
🍀 MIKA 🍀
23 mai 2026 @ 07:25
Vous avez raison de parler de nostalgie.
Même si c’est pensé pour mieux vendre, ces boîtes en métal sont fort jolies, avec ce petit côté désuet qui plait tant aujourd’hui.
Menthe
23 mai 2026 @ 09:45
Pour moi le plus amusant et le plus délicieux sont votre prose, toujours si spirituelle avec un léger brin de mordacité, cher Bertrand !
Menthe
24 mai 2026 @ 19:13
Mordant, pas mordacité
Mayg
23 mai 2026 @ 13:06
45 euros pour du thé et des biscuits, il fallait oser.
En attendant, les Windsor ne perdent pas l’occasion de faire du business. Tout est bon pour faire des affaires.
Cosmo
24 mai 2026 @ 21:43
Tout dépend à quoi et à qui est destiné l’argent.
Je serais plus critique sur la qualité esthétique de la chose.
Sylvana 🍀
25 mai 2026 @ 17:12
👍 c’est la jolie boîte qui a sans doute fait augmenter le prix
Mayg
26 mai 2026 @ 15:12
C’est une boîte a biscuits tout a fait ordinaire. On peut en trouver de pareilles dans le commerce.
Fleur
23 mai 2026 @ 14:57
Ces biscuits me semblent plutôt banals de goût, rien qu’à l’aspect.
Muriel 🍒🍉🍓
25 mai 2026 @ 12:23
Détrompez-vous Fleur: les shortbreads sont des biscuits d’une rare finesse, une vraie tuerie et très simples à préparer.
Quand j’en fais, mon mari ne sait plus s’arrêter!
Les boites sont ravissantes en plus!
Lehmann
24 mai 2026 @ 09:50
On ne peut pas critiquer les Sussex et leur veine marchande: ils ont été à une bonne école…
Zoé
24 mai 2026 @ 14:39
Vous avez raison, Mayg, tout est prétexte à business chez les Windsor actifs. Vous remarquerez cependant qu’aucun expert royal ne s’insurge, ce qui peut surprendre pour des gens qui ont l’indignation spontanée et la critique acerbe quand d’autres en font en usant de leur position. Car ici, bien évidemment, personne ne profite de sa position. Tout le monde vend le thé de son pépé ou de sa mémé, vous comme moi, j’imagine ! Cette monarchie britannique est d’une hypocrisie sans nom. Et que dire des experts royaux et de leur flagornerie…
lila🌷la vraie
25 mai 2026 @ 13:18
Quelle lecture…quelle lecture…quel talent Bertrand !
Non , que nenni ! pas intéressée par les biscuits de la reine . Je reste attachée à mes petits sablés de Sablé dans la Sarthe cuit sur plaque de métal. Des amours de biscuits ,une gourmandise.