
Peu de gens peuvent se targuer d’être admis à la table de l’Empereur et de la famille impériale japonaise. Cependant, on s’en doute, avec un tel privilège, le protocole est lourd et à suivre strictement, sous peine de devenir « persona non grata » auprès de l’Agence Impériale qui régente tout cela.
Voici donc quelques informations, pour ceux et celles qui auront à se plier à ces exigences.

Invitation officielle et son enveloppe
Tout d’abord, les personnes invitées le sont par courrier rédigé à la main par les services de l’Agence Impériale. Courrier évidemment frappé au sceau doré du chrysanthème impérial (oui, oui, la lettre et son enveloppe ici sont bien exécutées à la main !!).
Il est précisé sur l’invitation que la « tenue de ville » est exigée (autrement dit « costume cravate » pour les hommes et robe en dessous du genou pour les femmes – oui, les pantalons sont interdits pour la gente féminine !).
Par ailleurs, le jour venu, la réception ne se fait pas immédiatement par l’empereur, ni par la famille impériale de service ce jour-là (lors du déjeuner dont il est question ici, le prince et la princesse Akishino accompagnaient l’empereur et l’impératrice).
Avant de rencontrer leurs majestés, les invités sont solidement « brieffés » par le staff de l’Agence impériale.
Avant toute chose, au cas où l’idée en viendrait aux invités, il est rappelé qu’il ne faut surtout pas serrer la main de l’empereur et de l’impératrice trop fort. Ils sont très fragiles !
Le déjeuner pris en exemple ici s’est tenu il y a quelques années avec les Empereur et Impératrice aujourd’hui retirés. Cependant, le protocole n’a pas changé avec le nouvel Empereur (à part peut-être la force de la poignée de main autorisée ?).
Ensuite, il est stipulé qu’il est hors de question d’avoir une conversation « de travail » pendant le déjeuner. On ne mélange pas les genres.
Pour le travail, les couples invités auront chacun trois minutes d’entretien avec leurs majestés après le déjeuner. Trois minutes, montre en main, pas une de plus… On est au Japon !
Les invitations sont par ailleurs accompagnées de plans de table (le cercle rouge indiquant où la personne doit s’asseoir, si c’est un couple qui est invité, chacun reçoit son plan individuel).

Cependant, le protocole ne parvient sans doute pas à gâcher complètement un tel événement.
Le jour J, le menu (qui revient au service avec la régularité d’une horloge, car il est impensable de rater un plat pour l’empereur et ses invités de marque – interdiction formelle, donc, d’innover !), le menu donc attend les invités à leur place.

Menu du déjeuner
Et non, pour ceux qui se posent la question, le menu n’a pas été écrit en français en l’honneur d’invités qui ce jour-là auraient été francophones (mais, ils peuvent l’être, bien sûr).
Depuis l’ère Meiji, la table impériale est française (inspirée par la table de Napoléon III). Les menus sont donc systématiquement en français, quels que soient les invités.
Et comme la mélomanie de la famille impériale n’est plus un secret pour personne, chaque déjeuner (ou dîner) est accompagné musicalement par un orchestre live, mais qui se tient dans une pièce adjacente à celle du déjeuner, afin que les convives puissent discuter en toute tranquillité.

Programme musical du déjeuner
Enfin, à la fin du déjeuner, et avant les entretiens individuels, la famille impériale et ses invités ne manquent, évidemment, jamais de remercier individuellement tous les musiciens pour leur performance du jour.
Alors, maintenant que vous êtes prêtes et prêts, gardez l’œil sur vos boîtes aux lettres ! (Merci à Olivier d’Abington pour ce sujet)
nck
1 mai 2020 @ 13:28
C’est un protocole qui a l’air d’avoir trouvé un subtile équilibre entre la tradition japonaise et la modernité internationale pour ne pas complètement perdre les invités.
Carolus
2 mai 2020 @ 08:49
Article très intéressant, merci Olivier.