Le coeur d’Anne de Bretagne a été dérobé au musée Dobrée à Nantes dans la nuit de vendredi à samedi. Les cambrioleurs ont aussi volé une statue hindoue et des monnaies d’or présentées dans le cadre de l’exposition « Voyage dans les collections » qui se tient au musée jusqu’au 30 septembre prochain.
Anne de Bretagne avait souhaité être inhumée auprès de ses parents. L’écrin (créé en 1514) contenant son coeur avait été sauvé de la fonte lors de la Révolution française. Il était conservé au musée Dobrée depuis 1886. (Merci à Anne et Ghislaine)

Denis
15 avril 2018 @ 18:39
On se demande pourquoi un tel trésor se trouvait dans un musée aussi peu sécurisé!
Bernard Hivert
16 avril 2018 @ 12:36
A l’origine,Denis,le reliquaire fut placé dans le tombeau de François II-(père de la Duchesse Anne)- et Marguerite de Foix,sa seconde épouse,dans l’Eglise des Carmes,à Nantes.Le tombeau,chef d’oeuvre de la Renaissance,dû à Michel Colomb,fut installé,en 1817,dans la Cathédrale de Nantes.
Le reliquaire fut,alors,exposé au Musée Dobrée.
Teddy
15 avril 2018 @ 19:02
Ils feront une copie en vermeil Comme la couronne de la reine Marie de Roumanie
Et la couronne de la victoire des rois du cambodge
framboiz 07
16 avril 2018 @ 13:42
C’est la solution, des copies, partout ! Peu romantique , triste, mais sur …
Marnie
17 avril 2018 @ 12:48
Une copie ne remplacera jamais un objet multiséculaire. L’intérêt n’est pas de voir un objet similaire mais était de posséder cet objet réalisé en 1514 et seul (a priori) de l’Histoire de France à nous être parvenu. Aucun intérêt d’avoir une copie….
Marie de Cessy
15 avril 2018 @ 19:35
Mais c’est dingue, on ne respecte plus rien ma parole !
J’espère qu’ils vont vite le retrouver.
Caroline
15 avril 2018 @ 22:49
Quoi ??????????
Pas possible avec le vol de cette pièce d’une grande valeur historique !
N’y-avait-il pas de caméras dans ce musée? Quelle négligence inadmissible ! Je crains beaucoup que ce reliquaire finisse fondu !
Antoine
15 avril 2018 @ 23:18
Je nourris les craintes les plus vives pour le coeur. Ce n’est certainement pas ce qui intéressait les voleurs. A l’occasion d’une restauration d’église, j’ai assisté à l’ouverture d’un coffret contenant le coeur d’un vénérable curé décédé à la fin du XIXème. Ce n’était guère plus gros qu’un pruneau desséché…
Patricio
16 avril 2018 @ 05:47
Dire qu’il a traversé tous ces siècles, pour finir entre les mains de vulgaires cambrioleurs !
J’espère que la police le retrouvera.
Amitiés
Patricio
Marie1
16 avril 2018 @ 08:13
Triste nouvelle, comment est ce possible ? pas de système de sécurité ?
Espérons qu’il soit retrouvé intacte.
Kalistéa
16 avril 2018 @ 08:59
Il va peut-être revenir, comme le fétiche Arumbaya,qui sait?
val
16 avril 2018 @ 09:19
Anne deux fois reine de France, une violation de sépulture .elle qui avait voulu que son coeur repose au côté de ses parents .
Ghislaine-Perrynn
16 avril 2018 @ 17:34
Val dans sa Bretagne , près des bretons .
Leonor
16 avril 2018 @ 15:48
Honneur à la duchesse Anne, et honte aux voleurs.
Evidemment.
Ceci dit, je m’étonne de vos étonnements à tous.
Le pillage des sépultures a toujours existé. La très grande majorité des sépultures égyptiennes a été pillée dès … l’Antiquité ! C’est l’une des raisons pour lesquelles la découverte du tombeau de Touth-Ankh-Amon a été si extraordinaire : elle, elle n’avait été découverte par les voleurs d’aucune époque; les objets qu’elle contenait étaient donc tous là, et intacts.
Ceci, évidemment, n’excuse en rien la chose. Mais reste un fait.
Marnie
17 avril 2018 @ 12:35
Leonor, il semble vous avoir échappé qu’il ne s’agit pas ici du pillage d’une tombe mais d’un vol dans un musée, le contexte n’a absolument rien à voir !
Ghislaine-Perrynn
17 avril 2018 @ 18:20
Léonor , La plupart des intervenants ne sont pas étonnés mais révoltés et meurtris . C’est ainsi , depuis 500 ans Anne règne non plus sur la Bretagne mais dans le coeur des bretons et des plus durs d’entre nous . On ne touche pas à la « Duchesse en sabots » c’est ainsi une évidence . Alors soit les Pharaons mais ils n’ont pas dans le Ponant la même valeur qu’Anne , que la Mer et que nos Mégalithes , qui, entre parenthèses , seraient un peu mieux préservés et peut être mieux expliqués si la Vallée du Nil n’occupait pas tous les mécènes de la planète .
Alors si le désastre (pour nous et les amoureux de la Bretagne , ils sont nombreux autour de la Terre) est confirmée , ce seront tous les coeurs bretons qui seront chacun le reliquaire d’Ana .
Gérard
16 avril 2018 @ 18:13
La reine Anne mourut de la gravelle le 9 janvier 1514 vers six heures du matin au château de Blois, elle avait fait part de ses dernières dispositions en ce qui concerne les sépultures avec la division du corps en cœur, entrailles et ossements et donc il y eut plusieurs funérailles. Le corps fut enterré à Saint-Denis au cours de cérémonies qui durèrent 70 jours et ce fut la première fois qu’on entendit le cri funèbre du héraut d’armes, en l’espèce le héraut Bretagne Pierre Choque : « La reine est morte ! La reine est morte ! La reine est morte ! » C’est après la mort quelques mois plus tard de son mari Louis XII qu’on exécuta le splendide tombeau de Saint-Denis, qui fut profané comme les autres à la Révolution. Le cœur fut placé dans son écrin d’or, sans doute d’un artiste de Blois, peut-être sur un dessin du peintre Jean Perréal, et cet écrin lui-même contenu dans une boîte en plomb qui était dans une boîte en fer, et transporté à Nantes après un long cortège terrestre dans un char tiré par six chevaux couverts de velours noir, depuis l’église Saint-Sauveur de Blois en passant par Paris puis Saint-Denis avant un bref voyage fluvial. À Nantes il fut déposé le 19 mars 1514 en la chapelle des Carmes dans un coffre à la tête du tombeau qu’elle avait fait dessiner par Jean Perréal pour ses parents le duc François II et Marguerite de Foix, et qui fut plus tard en 1791 placé par précaution à la cathédrale Saint-Pierre de Nantes. La ville de Nantes avait payé 713 livres tournois pour les obsèques du cœur qui se terminèrent le 23 mars.
En 1727, Gérard Mellier, maire de Nantes, avait fait exhumer l’écrin, craignant que les religieux n’en aient fait fondre l’or. La boîte était vide le cœur s’étant probablement désagrégé. Aux Carmes à la suite d’un débordement de la Loire en 1590 l’écrin avait été ouvert pour vérifier ce qui en était et semble-t-il le cœur était encore visible. Le couvent des Carmes était situé à Nantes entre la rue des Carmes et la rue du Moulin. Le couvent et l’église ont été progressivement détruits sous la Révolution. Les derniers éléments disparurent au début du XXe siècle. Ce couvent avait bénéficié des largesses des ducs de Bretagne. Y avaient été inhumées notamment Marguerite de Bretagne (1443-1469), duchesse de Bretagne, première épouse de François II, dont les restes furent transférés dans le caveau de celui-ci à la cathédrale en 1817 à la cathédrale, Marguerite de Foix, qui fut d’abord inhumée dans la cathédrale en 1486, puis que sa fille fit transférer en 1574 aux Carmes pour y être auprès de son mari, avant le transfert à la cathédrale à nouveau en 1817.
Le cœur d’Anne de Bretagne aurait été d’une taille exceptionnelle ce qui pour les contemporains était le signe d’une vertu hors du commun, parce qu’il était tenu pour être le siège de la sensibilité, de la piété, de la foi, selon le professeur Stanis Perez (Le Corps du roi, Perrin, 2018). Pour l’historien Alain Croix la volonté de la duchesse d’avoir son cœur à Nantes serait avant tout « un geste d’aristocrate », une
« affirmation symbolique de ses droits par-delà la mort » et non un geste d’amour pour les Nantais comme on le croit depuis la fin du XIXe siècle.
Gérard
17 avril 2018 @ 10:44
Jacques Santrot, docteur en histoire de l’art et archéologie et conservateur en chef du patrimoine devenu directeur du musée Dobrée à Nantes, avant d’être limogé en 2013 et remplacée par une directrice intérimaire pendant l’interminable fermeture du musée pour travaux, a publié en 2017 chez Droz un gros ouvrage illustré de 725 pages intitulé Les doubles funérailles d’Anne de Bretagne : le corps et le cœur (janvier-mars 1514).
Après la mort de la reine Anne le 9 janvier 1514 à 10 heures du matin le cœur embaumé aurait été détruit dans la cathédrale de Nantes pour la Noël 1793 par les révolutionnaires tandis que son coffret d’or était envoyé à la Monnaie pour y être fondu, mais on le sait bien il fut à l’époque sauvé.
Pourtant il avait été transporté « avec respect » de la chapelle des Carmes, où il se trouvait depuis le 19 mars 1514, le 17 février 1792 jusqu’au trésor de la cathédrale dans une cachette qui a aujourd’hui disparu.
Il avait été enfermé dans un coffret d’or en forme de cœur couronné, lui-même dans un de plomb cubique hermétiquement scellé à Blois, le troisième de fer fermé à clé et placé dans le caveau avant l’inhumation et le dernier de plomb scellé à l’issue des obsèques aux hermines de Bretagne et aux armes (d’argent, à 7 macles de gueules, 3, 3 et 1, au lambel de quatre pendants de même, ce sont des cadets des Rohan) de Philippe de Montauban, chancelier de Bretagne, chambellan du roi, qui présidait les funérailles du cœur. Seules les deux boîtes de plomb étaient hermétiquement scellées pour protéger la chair embaumée de la putréfaction.
Le cœur d’or, ovale, ce petit vaisseau, est donc en or partiellement émaillé, formé de deux coques plates et surmonté d’une couronne. C’est une boîte à mécanisme dont les deux valves s’emboîtent par une feuillure et sont réunies à leur base par une charnière tandis qu’elles se ferment au sommet par la friction des deux tubes d’une coque dans les deux anneaux de l’autre, et dont la couronne coulissait par deux tubes sur deux tiges tubulaires fixées au sommet du vaisseau et qui ont été arrachées.
Un M romain émaillé de vert foncé dissimule le fermoir tandis que la charnière était cachée par un S retenant les houppes de la cordelière qui entoure le vaisseau, dissimulant la suture d’emboîtement. L’intérieur est intégralement émaillé de blanc avec une inscription peinte à l’or. À l’extérieur, un poème en lettres d’or découpées à part, soudées et émaillées de noir, se détache sur les valves aux reflets adoucis par un fin guillochis et se développe sur les deux faces, avec une date : 9 janvier 1513 (ancien style), celle de la mort de la reine. La couronne ovale, est constituée par un cercle de lettres romaines, sommé de neuf fleurs de lys et de neuf fleurons, et richement ornée de filigranes et de cordelières, avec une devise en lettres émaillées
« CVEVR. DE. VERTVS. ORNE. DIGNEMENT. COURONNE. » encadrée de sept rangs de cordelières filigranées et d’une chaîne également filigranée à la base.
Sur l’une des faces extérieures de l’écrin, on peut lire :
« En ce petit vaisseau
De fin or pur et munde
Repose ung plus grand cueur
Que oncque dame eut au munde
Anne fut le nom delle
En France deux fois royne
Duchesse des Bretons
Royale et Souveraine.
M V(C) XIII ».
Sur l’autre :
« Ce cueur fut si très hault
Que de la terre aux cieulx
Sa vertu libérale
Accroissoit mieulx et miulx
Mais Dieu en a reprins
Sa portion meilleure
Et ceste part terrestre
En grand dueil nous demeur. »
IXE Ianvier
Sur le revêtement intérieur en émail blanc, d’un côté :
« O cueur caste et pudicque
O juste et benoît cueur
Cueur magnanime et franc
De tout vice vainqueur. »
Et de l’autre :
« Cueur digne entre tous
De couronne céleste
Ore est ton cler esprit
Hord de paine et moleste. »
L’année indiquée est en chiffres romains, sous forme abrégée. L’écriture complète serait « MCCCCCXIII », mais le « C » au-dessus du « V » signifie « cinq (V) cents
(C) ». L’année de décès de la duchesse est, depuis plusieurs siècles, établie en 1514, mais cette mort est survenue antérieurement à la réforme de 1563-1564 du calendrier décidée par Charles IX, modification avant laquelle l’année commençait le 16 avril.
L’analyse des alliages et des métaux, et l’étude technique et stylistique du cœur montre le travail de deux orfèvres différents, le plus habile ayant créé la couronne. Une étude approfondie de cette œuvre suggère que l’objet a été bien dessiné par le Lyonnais Jean Perréal, peintre ordinaire de Louis XII et organisateur technique des funérailles de la reine, et qu’il a été créé entre le 9 et le 16 janvier 1514 (nouveau style), en huit jours au plus, par deux orfèvres de Blois, Pierre Mangot, orfèvre du roi, pour la couronne, et Geoffroy Jaquet, orfèvre et échevin de Blois, pour le vaisseau.
Le quatrième enfant de la reine était mort-né à Blois en janvier 1512 la laissant désespérée. À cette époque le pape Jules II avait exigé qu’on lui rende son légat, Jean de Médicis, le deuxième fils de Laurent le Magnifique, qui avait été fait prisonnier à la bataille de Ravenne par les Français. Les Français et leur allié le duc de Ferrare y avaient battu les Espagnols le 11 avril 1512. Le roi Louis XII refusa et le pape menaça puis solennellement excommunia le roi. Pour la reine Anne c’était un coup terrible, elle s’épouvanta, sa grossesse tourna mal.
Le père Anselme appelle l’enfant le dauphin mais il ne reçut jamais de nom et naquit sans vie, c’était un garçon mais il est donc difficile de le considérer comme dauphin. L’excommunication a été annulée d’office par le pape Léon X le 20 février 1513. Celui-ci était précisément Jean de Médicis qui avait réussi à s’évader après la bataille de Ravenne avant d’être élu pape à la mort de Jules II.
Aux obsèques de la reine le roi d’armes de France commença par le triple appel au silence, puis le roi d’armes Bretagne cria : « La très chrétienne reine et duchesse, notre souveraine dame et maîtresse, est morte ; la Reine est morte, la Reine est morte. »
Gérard
17 avril 2018 @ 19:55
Après l’inondation de 1590 à Nantes il fut écrit après examen que le cœur « était entier mais encore tout brillant d’un sang vermeil ».
Gérard
17 avril 2018 @ 20:02
Après l’inondation de 1590 à Nantes il fut écrit après examen que le cœur « était entier mais encore tout brillant d’un sang vermeil ».
Kalistéa
18 avril 2018 @ 16:12
Comme toujours notre précieux Gérard nous donne des détails jamais lus ou oubliés .merci cher ami .Très intéressant .
Gérard
19 avril 2018 @ 17:08
Vous êtes bien bonne chère amie.
Hélène F
16 avril 2018 @ 20:06
L’erreur, à mon sens, consiste à mettre les responsables de ce vol dans une logique de respect : « honteux » « aucun respect » « révoltant » « ignoble » « lamentable » :
Mais évidemment !!
Quand quelqu’un est capable de voler, un reliquaire ou une boite de tic-tac, c’est que toutes ces notions ont disparu de son horizon !
Le seul discours valable est l’appât du gain : a mon sens, si l’on veut avoir une chance de retrouver ce trésor, ce ne sera qu’en proposant une somme suffisante pour le « racheter »…..C’est terrible, mais c’est la vérité la plus basique……
Catoneo
17 avril 2018 @ 08:41
Il y a un marché pour ce type d’objets funéraires.
Soit les voleurs sont connectés à ce marché, soit ils volent au poids d’or.
Dans le second cas, l’objet est déjà fondu avec d’autres pièces et partira en bijouterie dans des pays d’Europe peu regardants.
La moindre des choses serait que le directeur du musée pose au moins sa démission. Mais ce genre de dignité tend à disparaître, hélas.
Leonor
17 avril 2018 @ 19:49
Il y a un marché pour tout.
Et une police pour s’en occuper. L’OCBC fait partie de la Direction centrale de la PJ.
Figaro
17 avril 2018 @ 17:47
La dignité c’est hara-kiri. Rien de moins.
Ghislaine-Perrynn
17 avril 2018 @ 18:28
Gérard merci pour ce morceau historique mais notre tradition orale opiniâtre dépasse ce
morceau de notre histoire . ce qu’il ne dit pas et que nous savons est sa simplicité , sa proximité avec le peuple , le Tro Breizh n’est pas une plaisanterie . Il faut effectuer périple dans des chemins creux à l’époque , sa claudication prononcée n’arrangeait pas les choses mais elle allait , questionnant , essayant d’améliorer les choses .
Il y a deux figures qui restent gravées dans le granit breton Ewan , Saint Yves proche des gens , dont le tombeau à Treguier est encore fleuri tous les jours !! et la Duchesse Anne . On peut contester mais c’est ainsi .
Vous savez que je vous lis toujours avec un égal plaisir . Grand merci !
Gérard
18 avril 2018 @ 13:50
Oui et merci Chère Amie et elle eut les obsèques d’une reine, d’une duchesse et d’une sainte. Louis XII y a mis le prix. Ce furent les plus grandioses et les plus suivies des funérailles d’une reine de France.
Ghislaine-Perrynn
19 avril 2018 @ 16:28
Trugarez !(merci ) Gérard , j’ignorais et suis contente de l’apprendre .
Ghislaine-Perrynn
19 avril 2018 @ 16:47
J’ajouterai qu’il y a des témoignages d’amour pour la Duchesse Anne , actuellement , émouvants .Des artistes la peignent sous des traits modernes .
Sa devise : Kentoc’h mervel eget bezañ saotret
ce qui équivaut à : Plutôt la mort que la souillure .
Combien sont tombés sous sa devise !