On racontait qu’elle arrivait régulièrement en retard aux dîners, non par négligence, mais par stratégie. « Il faut laisser au silence le temps de s’installer », glissait-elle, impassible, avant d’entrer enfin dans le salon.
L’effet était imparable : la conversation s’arrêtait net, comme si l’on avait appuyé sur pause. Une mise en scène parfaitement assumée, qu’elle appelait simplement « une entrée ».

Sa relation avec les couturiers donnait lieu à des scènes délicieuses. Lors d’un essayage, face à une robe qu’elle jugeait imparfaite, elle pouvait déclarer d’un ton calme : « C’est très joli… mais ce n’est pas moi. »
Puis, sans demander la permission, elle attrapait des épingles, modifiait la ligne, changeait l’équilibre. Yves Saint Laurent lui-même, pourtant peu enclin à la docilité, acceptait ces corrections avec un soupir résigné. Jacqueline ne portait pas la couture : elle la dirigeait.
Elle avait aussi un humour redoutable sur l’âge. À plus de quatre-vingt-dix ans, interrogée sur sa forme, elle répondit : « Je vais très bien, je vous rassure. J’ai seulement décidé de ne plus perdre de temps avec les gens ennuyeux. » Décision appliquée avec une rigueur absolue, y compris dans les salons les plus prestigieux.
Lors des bals costumés — qu’elle prenait très au sérieux — elle passait des semaines à concevoir ses tenues. Un soir, déguisée en sultane, elle vit une invitée s’extasier devant son costume. Jacqueline la remercia puis ajouta, faussement ingénue : « C’est gentil… mais l’année prochaine, essayez d’éviter les plumes, c’est déjà pris. »
Enfin, elle aimait rappeler, avec un sourire à peine esquissé, qu’elle était née un 14 juillet. « J’ai apporté la Révolution dans ma famille », disait-elle. Une révolution très personnelle, menée à coups de silhouettes parfaites, de regards souverains et de répliques définitives.

Avec Jacqueline de Ribes disparaît la dernière reine d’un royaume invisible — celui où l’élégance savait encore rire d’elle-même. Elle laisse une leçon rare : le style est une chose grave, mais il gagne à être manié avec esprit. (Merci à Bertrand Meyer)
Iris Iris
4 janvier 2026 @ 10:39
Jamais, je n’ ai été en admiration devant ce type de personnage mais j’ admets qu’ il en faut pour tous les goûts.
Robin des Bois
4 janvier 2026 @ 17:37
Oui.
Iris Iris
5 janvier 2026 @ 09:57
Bonne année, Rob!
Robin des Bois
5 janvier 2026 @ 12:35
A vous aussi, chère Amie.
Aviso
4 janvier 2026 @ 15:47
La reine de Paris a fini ses jours comme une vielle dame acariâtre près de sa banque sur les rives suisses du Léman … tout comme Nadine de Rothschild en beaucoup moins classe mais tout aussi vaniteuse et insupportable…
Cosmo
5 janvier 2026 @ 13:36
Nadine de Rothschild, d’après certains de mes amis, qui la connaissent, est une femme charmante, pleine d’esprit et généreuse.
Baboula ?
6 janvier 2026 @ 12:10
A tout choisir,je préfère Nadine .
Robin des Bois
7 janvier 2026 @ 14:01
Moi aussi. Elle ne manquait pas d’humour. J’aimais bien quand elle disait qu’il fallait fermer les yeux quand le cher et tendre prenait quelques libertés avec la fidélité conjugale. Et faire comme si de rien n’était.
Solenn
6 janvier 2026 @ 16:01
C’est ce que l’on m’a rapporté aussi.
Cependant triste fin de vie avec ses très mauvaises relations avec sa belle fille et ses quatre petites filles.
Robin des Bois
7 janvier 2026 @ 14:03
C’est l’horreur lorsqu’ une femme qui n’a qu’un fils voir celui-ci mourir prématurément et se trouve en face d’une bru qui gère le patrimoine et veut tout faire à sa façon. Les petites-filles, dans ce cas de figure, ont tendance à prendre le parti de leur mère.
Fleur
10 janvier 2026 @ 20:58
Franchement j’ai de la peine pour cette dame. Comme elle est bélier comme moi, je pense qu’elle ne peut pas être foncièrement mauvaise. Je lui souhaite le meilleur pour son soir de vie.
Ventdest
4 janvier 2026 @ 18:36
Et sinon, au chapitre des bonnes œuvres et des engagements qu’y a t il ? A moins que celui de l’éducation de ses enfants soit plus fourni ? Ah non ?! (Loin de moi l’idée de réduire une femme à son procréation, mais puisqu’elle était mère…).
Par pitié cessons d’aduler des personnes aussi égocentriques ! Et d’appeler traits d esprit l’humour aux dépends d autrui.
Rien de ce qui est relaté ici ne me parait savoureux
Antoine1
5 janvier 2026 @ 20:21
Question bonnes oeuvres et engagements, le bilan est arachnéen… Mais elle a puissamment contribué à la survie de certaines professions menacées comme les plumassiers, les brodeuses et les dentellières.
Robin des Bois
7 janvier 2026 @ 14:06
j’adore votre « bilan arachnéen ». Surtout que c’est une posture mondaine les bonnes oeuvres, pour se donner bonne conscience, voire se hausser du col.
J’ai toujours dit que le caritatif c’est le fourre-tout des riches oisifs.
Robin des Bois
9 janvier 2026 @ 08:29
Mais une personne que je prends très au sérieux à ce sujet c’est Katherine de Serbie. D’ailleurs ici elle fait l’unanimité.
Catherine
6 janvier 2026 @ 12:35
« Par pitié cessons d’aduler des personnes aussi égocentriques ! Et d’appeler traits d esprit l’humour aux dépends d autrui.
Rien de ce qui est relaté ici ne me parait savoureux»
Parfaitement d’accord.
luigi
4 janvier 2026 @ 19:53
Elle avait de l’allure, c’est indéniable, mais le simple fait d’avoir lu dans Match qu’elle était connue pour être snob et capricieuse, gâche quelque peu le portrait tout en grâce qu’en fait Bertrand Meyer..
Menthe
5 janvier 2026 @ 17:53
Inscrit sur ses traits, cher Luigi .
Val
7 janvier 2026 @ 13:41
Oui ce visage levé , sans douceur, juste de la prétention personnage. Que je n’aurai pas aimé côtoyer . A 1 millions de kilomètres de ma vie !!
salome
4 janvier 2026 @ 22:32
L’exactitude est la politesse des rois disait Louis XVIII. Ce qui confirme que Jacqueline de Ribes n’était pas une reine.
Robin des Bois
5 janvier 2026 @ 12:37
Nous n’aurions pas été amis. Je suis connu pour être ponctuel, j’ai horreur des gens qui arrivent toujours en retard. J’en ai connu. Comme par hasard, ce n’étaient pas des gens intéressants.
Mayg
6 janvier 2026 @ 15:36
Nous sommes deux. Je suis une adepte de la ponctualité.
Fleur
10 janvier 2026 @ 21:02
Je connais une personne intéressante, un homme, qui n’est jamais à l’heure. Quand on veut qu’il arrive pour 18 h il faut l’inviter pour 17 h. Avec un peu de chance il sera là à 18 h. Mais à part ce défaut, cela reste une personne aimable, avec du savoir-vivre. Il ne sait tout simplement pas gérer son temps.
Bizarrement, au travail il est toujours arrivé à l’heure.
Antoine
5 janvier 2026 @ 13:04
Une grande dame,la dernière reine de Paris
Un Paris qui n’existe plus
Sébastien
5 janvier 2026 @ 13:17
Pauvre comtesse des R.I.B. ….
Robin des Bois
7 janvier 2026 @ 14:11
C’est plutôt pauvre comtesse de RIP.
Cosmo
5 janvier 2026 @ 13:44
Elle semble à mi-chemin entre la duchesse de Windsor et Louise de Vilmorin, avec une touche de Marie-Hélène de Rothschild.
Marie-Caroline de Bretagne
10 janvier 2026 @ 11:20
Résumé intéressant Cosmo !
Guillaume
5 janvier 2026 @ 16:24
Il n’y a aucune comparaison
Si Jacqueline de Ribes était froide, hautaine, snob
La duchesse de Castro n’a pas la même classe et est plus commune, plus voyante
GUY
6 janvier 2026 @ 13:19
Guillaume, j’ai vu la comtesse de Ribes ( 50 fois, comme on dit ) en effet elle m’a toujours parue trés classe , hautaine et distante, il est vrai qu’elle était grande et que je n’appartiens pas a son milieu… Nul doute qu »elle devait être charmante avec son monde….
a force de voir mon minois en train de la photographier, elle voulait des photos pour ses archives et a désiré savoir qui j’étais, mais je devais laisser mes coordonnées a Fr Dumas, qui lui transmettrait,, puisqu’il fallait passer par des intermédiaires , je ne l’ai pas fait !……
Robin des Bois
11 janvier 2026 @ 10:08
Bravo !
salome
6 janvier 2026 @ 18:20
La duchesse de Castro est plus chaleureuse aussi