Jusqu’au 1er novembre 2015, le château de Versailles accueille les oeuvres de l’artiste Anish Kapoor, dont certaines suscitent de vives réactions comme celle exposée près du bassin de Latone et au titre évocateur du « vagin de la reine ». Ce n’est pas la première fois que les artistes contemporains invités à exposer leusr oeuvres à Versailles suscitent la polémique comme ce fut le cas par le passé par exemple avec Jeff Koons. (Copyright photo : château de Versailles – merci à Elisabeth)

Gérard
8 juin 2015 @ 17:28
C’est, me semble-t-il, en effet beaucoup d’argent dépensé pour rien et dont je doute qu’il attire des mécènes supplémentaires. On peut regretter que les visiteurs qui ne viennent qu’une seule fois dans leur vie à Versailles aient leur vision troublée par ces énormités. Ce n’est pas ainsi que Louis XIV présentait ses jardins. Je préfère cependant que ces horreurs soient à l’extérieur qu’à l’intérieur du palais. Je me demande si finalement le fait d’accepter ce bassin moderne au lieu de recréer l’ancien n’était pas mettre le doigt, si je puis me permettre, dans un engrenage qui va tout à fait à rebours de ce qui est fait à Versailles depuis plus d’un siècle. Et bien sûr il faut un peu d’obscénité pour que ce soit suffisamment décadent et donc convenable par les temps qui courent. Mais n’est pas Baudelaire ou Barbey d’Aurevilly qui veut.
Ce décadentisme avec plus d’un siècle de retard trouvait déjà son expression,
par exemple pour un mauvais jardinier, sous la plume morbide d’un grand poète belge :
Le Mauvais jardinier
Dans les jardins d’hiver des fleuristes bizarres
Sèment furtivement des végétaux haineux,
Dont les tiges bientôt grouillent comme les nœuds
Des serpents assoupis aux bords boueux des mares.
Leurs redoutables fleurs, magnifiques et rares,
Où coulent de très lourds parfums vertigineux,
Ouvrent avec orgueil leurs vases vénéneux.
La mort s’épanouit dans leurs splendeurs barbares.
Leurs somptueux bouquets détruisent la santé
Et c’est pour en avoir trop aimé la beauté
Qu’on voit dans les palais languir les blanches reines.
Et moi, je vous ressemble, ô jardiniers pervers !
Dans les cerveaux hâtifs où j’ai jeté mes graines,
Je regarde fleurir les poisons de mes vers.
Iwan Gilkin,
La Nuit (1897).
Lisabé
10 juin 2015 @ 09:25
Cher Gérard grand merci pour votre excellente analyse,comme toujours si pointue et bien tournée,qui force mon admiration pour votre justesse d’expression qui n’est jamais vaine ou creuse.
Merci également pour ce poème très bien placé ici…si vous ne m’en aviez pas signalé l’auteur,j’aurais également attribué à mon Ami Baudelaire.
Je vais le recopier et le conserver.
A vous une très heureuse journée.
pasef44
8 juin 2015 @ 18:15
Allez à Versailles à partir du 2 novembre, l’exposition sera terminée !!!
JULIA
9 juin 2015 @ 11:28
pasef44 : Super pour les touristes cet été !!!!
Mon Dieu jusqu’au 2 novembre ! terrible !!
THIERRY
9 juin 2015 @ 12:19
excellente réponse
Lisabé
10 juin 2015 @ 09:29
Alors c’est tant pis pour ceux qui aiment aussi admirer les magnifiques massifs de fleurs en été sans que leur plaisir en soit pollué et diminué??!….
C’est ingénieux mais un peu trop facile,votre idée,cher pasef44…
Enfin,merci,au moins sait-on QUAND cela fini…jusqu’à la prochaine fois qui me fait redouter le pire!
Bonne journée à vous.
Marnie
10 juin 2015 @ 10:35
Oui, la belle affaire, le 2 novembre, quand le temps est triste et pluvieux, quand les feuilles tombent des arbres… certes le parc de Versailles est beau à toute saison, mais bon, on aimerait aussi pouvoir en profiter en été !
Pierre-Yves
10 juin 2015 @ 12:53
D’aobrd, le parc du chateau est immense, et nombreuses sont les perspectives qui sont pas concernées par les installations de Kapoor. Donc la vue n’est pas »offensée » en permanence.
Ensuite, je ne crois pas que les visiteurs, massivement étrangers, soient effarés ou consternés par le fait que le bel ordonnancement de Versailles se trouve dramatiquement abimé par ces oeuvres. Je parierais même qu’ils sont pour beaucoup d’entre eux, intrigués, surpris, amusés, et qu’ils ne regrettent aucunement leur visite, qui a comporté quelque chose en plus, d’insolite et d’inattendu.
Je suis à peu près sûr que l’opinion qu’il s’agirait d’un sacrilège ou d’une souillure reste une opinion bien française, que les touristes ne le voient pas ainsi et sont tout disposés à s’étonner et s’amuser.
marianne
9 juin 2015 @ 06:19
Encore une fois (je crois que je mourrai sans avoir eu la réponse) qui a décidé de nommer ceci ART ?
Ce n’ en est pas , c’ est de la m … du fric , de l’ escroquerie etc …
Caroline
9 juin 2015 @ 07:50
D’après les dernières nouvelles du Figaro,il n’est pas étonnant de lire que 81% sont choqués par cette nouvelle exposition d’art contemporain à Versailles!
Bonne journée!
Pierre-Yves
9 juin 2015 @ 12:04
En même temps, chère Caroline, si les lecteurs du Figaro étaient ouverts à la modernité et la création contemporrain, cela se saurait.
Sur tout un tas de sujets, les internautes de ce journal sont d’un conservatisme aussi rageur qu’entêté.
Marnie
10 juin 2015 @ 10:39
Ah bon ? déjà, en quoi être conservateur serait forcément associé aux termes « rageur » et « entêté » ? Et je peux vous dire que, pour me pencher sur la question de l’agrandissement de Roland-Garros au détriment du jardin des Serres d’Auteuil, j’ai constaté que les commentaires du Figaro étaient largement pour (sauf quand il s’agissait de critiquer A. Hidalgo et consorts) surtout sur des critères économiques et de prestige du sport en France… et dans ce cas là je déplore qu’ils soient moins conservateurs.
Pierre-Yves
10 juin 2015 @ 12:40
Ne vous fâchez pas, Marnie, je ne fais aucune association automatique entre le conservartisme, l’entêtement et la rage. Il y a bien sûr (et heureusement) des façons nuancées et conciliantes d’exprimer son conservatisme.
Cependant, le fait est que sur de nombreux sujets, sujets de société ou débat sur la réforme scolaire, par exemple, les opinions exprimées par les internautes du Figaro sont souvent butées, virulentes, belliqueuses, et parfois même à la limite de l’insulte.
Quant à l’extension de Roland Garros, je ne suis pas cette affaire d’assez près pour avoir un jugement pertinent.
Francois Thevenin
9 juin 2015 @ 10:31
A l’attention de « Clement ».
Il a ete question des pertes de sang de Marie-Antoinette a la Conciergerie, mais je n’en ai pas vu mention au Temple. Par contre il est relate dans les memoires de Fersen de l’
arrivee a la Conciergerie de la voiture qui amenait la Reine et qui aurait stationne un certain temps dans la cour avant que les gendarmes n’en descendent. Que s’est-il passe dans cette voiture?
Francois
JAY
9 juin 2015 @ 11:34
N’en déplaise aux associations traditionnalistes, militants d’extrême droite et autres réactionnaires atteints de pudibonderie victorienne chronique, l’art contemporain est de retour à Versailles. Et il ne s’y est jamais aussi bien porté – lui, avec ses milliers d’interprétations possibles. Ses commentaires politiques sous-jacents. Ses sous-entendus sexuels à prendre ou à laisser. Ses questions qui fâchent les gens fâchés. Ses orifices aux faux airs de vagins et ses lignes phalliques aux faux airs de phallus – et plus si affinités. Après Jeff Koons, Xavier Veilhan, Joana Vasconcelos ou Lee Ufan, c’est Anish Kapoor qui est venu mettre un gros coup de pied, pardon, de pelleteuse, dans la cour du Roi Soleil, dans l’espoir de faire dialoguer ces lieux chargés d’histoire avec la création (et la civilisation) actuelle. Et forcément, en faisant parler les non-dits et en mettant le doigt sur des plaies mal refermées, le discours de l’artiste britannique a fait un beau petit esclandre au pays des monarco-catho-conservateurs.
Mais passons sur les polémiques qui, comme souvent à Versailles, ont accueilli cette exposition soi-disant scandaleuse, iconoclaste, blasphématoire. Elles sont aussi anecdotiques que prévisibles. D’ailleurs, Anish Kapoor, indifférent, ne s’en étonne pas. Lui qui a voulu semer le chaos dans les jardins millimétrés de Le Nôtre. Se mesurer à l’ampleur du Domaine en le défigurant. Interroger la place qu’occupe Versailles dans notre inconscient collectif, à l’heure du XXIe siècle « tout démocratique », en cherchant à révéler la « noirceur » qui se cache sous cette surface rangée, proprette. « La rationalité apparente de Versailles contredit un secret, une forme d’abjection, un besoin souterrain de cacher tout ce qui est débraillé », explique-t-il. « Je veux que la confusion règne. »
Miroirs déformants, excavations inquiétantes, vortex menant au centre de la terre, giclures de peinture couleur sang… En optant pour un parcours composé de six œuvres qui lorgnent vers l’allégorie, l’artiste britannique a formulé une proposition bien plus percutante que celles de ses prédécesseurs. Ici, il s’agit d’écorcher, d’éventrer, de laisser le doute, la nature et la bassesse reprendre leurs droits – sur les jardins, surtout, mais aussi sur la salle du Jeu de Paume, berceau symbolique de la démocratie. Le dialogue est grand ouvert, les mythes du château se confrontent à d’autres mythologies, incertaines et souterraines, que l’artiste convoque sans chercher à les expliciter. Ou comment déterrer des fossiles flambant neufs, pour révéler les failles de notre Histoire. Avec un grand H, même.
Camille Gilbert
11 juin 2015 @ 19:29
Jay, dans votre première phrase vous faites un amalgame affligeant pour ne pas dire odieux entre les gens qui n’apprécient pas l’oeuvre citée et leurs présumées opinions politiques. Argument adolescent qui ne vous rehausse pas, et une suite à laquelle j’appliquerais volontiers les mots utilisés par Pierre-Yves ci-dessus dans un autre contexte, « rage, virulent, belliqueux, limite de l’insulte ».
Entre parenthèses, je note depuis un certain temps que des remarques anodines, comme sur les plis du pantalon de M.Hollande sont récupérees et politisées. Pour ma part, je me suis demandé si cette réception somptueuse et chaleureuse organisée par le gouvernement n’a pas donné envie à Letizia de revenir à ses sources républicaines. Mais revenons à nos vagins.
Si vous répondiez aux très bons arguments cités plus haut, en particulier aux raisons pour lesquelles ces exhibitions sont permises en France mais ne le seraient pas au Royaume-Uni ou au Taj Mahal, nous serions plus au coeur du sujet. Dans la même veine, ce pays monarco-catho-conservateur a bon dos qui accepte des manifestations devant ou dans ses églises à des groupes dont les intérêts clashent plus avec d’autre religions.
bianca
12 juin 2015 @ 19:23
Vos commentaires sont parfaits Camille Gilbert et je vous remercie de dénoncer les propos indignes de ce commentateur !
A bientôt le plaisir de vous lire, bon week-end, Bianca !
Camille Gilbert
14 juin 2015 @ 20:08
Merci Bianca, de la part de quelqu’un dont j’apprécie la qualité des commentaires, cela me fait d’autant plus plaisir!
Camille Gilbert
9 juin 2015 @ 13:14
Cela ne m’étonne pas que ce bassin ait été baptisé « Le Vagin de la Reine ». Et ou se trouve « Le Pénis du Roi? » Ou « Les Fesses du Prince »? Continuons, continuons, « L’Anus de la Princesse »? Et encore, je pourrais continuer. J’imagine les mamans demandant à leurs enfants: « Alors, qu’est-ce que tu as préféré, « Le Vagin de la Reine » ou « Le Pénis du Roi »? Ou: « Tu as compris pourquoi ce bassin s’appelle « Le Vagin de la Reine »?
J’aime l’art contemporain, je ne déteste pas les mélanges de genre, encore que dans les exemples cités ci-dessus, je ne les trouve pas heureux, mais si c’est l’oeuvre qui est mise en valeur, laissons les promeneurs rêver eux-mêmes à un titre. Ici, c’est le titre qui est mis en valeur. C’est bien sur les organes sexuels de la femme (la reine, pour que ce soit plus provocant), qui, pour quelque raison que ce soit nous sont mis sous le nez pour ainsi dire.
C’est, comme disait un internaute plus haut, cette obession de tout ramener à l’animal qui me choque. Et cela n’a rien à voir avec du puritanisme, et encore moins du purisme.
C’est d’ailleurs la sorte d’argument qui m’agace, le raisonnement par l’extrême, bikini ou burqa, acceptation d’oeuvres ou titres provocants ou purisme, et tout à l’avenant.
Merci, Marnie, et pratiquement tout le monde, pour vos excellentes analyses.
Bonne semaine à tous.
Francine du Canada
9 juin 2015 @ 13:45
Merci à Régine et à Elisabeth pour cet article et aussi à Marnie pour les photos. S’il est vrai que les artistes contemporains ont le droit de vivre, de créer et d’exposer leurs œuvres, il est vrai également que Versailles n’est pas l’endroit idéal pour le faire. Plusieurs sont choqués par l’œuvre « le vagin de la reine » et surtout par le titre qu’il lui a donné; c’est de la provocation pure et simple et n’aura pour résultat que de faire connaître « négativement » l’artiste. Il y a certainement bien d’autres endroits ou cette œuvre aurait pu être exposée. Bonne journée, FdC
clement
9 juin 2015 @ 15:09
je n’étais pas là à l’époque ,mais pour avoir lu pas mal de livres sur Marie-Antoinette, on dit qu’elle devait se changer fréquemment tant ses pertes étaient abondantes,on dit même que lorsqu’elle était assise et qu’elle se levait , il y avait du sang sur le siège .Des médecins contemporains se sont penchés depuis peu sur les maladies de nos souverains et d’après les symptômes présentés et les formidables progrès actuels de la médecine , ils ont pu rendre un diagnostic plutôt fiable .P Charlier a écrit un ouvrage intéressant sur le sujet..Quant à savoir ce qui s’est passé dans la voiture conduisant la Reine à la Conciergerie je ne sais rien ..
Marie de Bourgogne
9 juin 2015 @ 16:50
J’ai vu en photo cette « œuvre d’art » (le vagin de la Reine – très délicat).
Cela m’a fait penser au Gaffophone de Gaston Lagaffe
Avec la permission de Régine :
http://lagaffemegate.free.fr/marottes/gaffophone.htm
Marie de Bourgogne
9 juin 2015 @ 16:57
Çà résume assez bien « l’art » contemporain, j’en profite pour partager cet excellent sketch des inconnus sur le sujet (avec la permission de Régine) :
Notez bien la « musique » atonale en intro, autre horreur que ces mêmes « spécialistes » adorent ^^^^ …
https://www.youtube.com/watch?v=1yKay8HDjPU
DEB
10 juin 2015 @ 13:13
Le sketch est très drôle.
Je ne le connaissais pas.
Merci Marie.
kalistéa
16 juin 2015 @ 17:10
Chère Marie de B , je viens à peine de découvrir vos liens : Je suis morte de rire! Je ne connaissais pas ces facéties tellement talentueuses des inconnus. merci infiniment. k.
Louis XIV
9 juin 2015 @ 22:19
Il s’agit du vagin-cerveau de la République qui nous rappelle que son histoire et sa pensée hérotomanne débile est née en 1789 … pour se poursuivre sous le casque d’une mobilette …
bernadette
10 juin 2015 @ 09:05
Très drôle…..et véridique ! Eh oui, l’esprit du Siècle des Lumières a sombré progressivement dans les caniveaux !
Lisabé
10 juin 2015 @ 09:30
Louis XIV…Un scotter,je crois,mais quant au reste…Malgré moi,je plussoie! ;-)
Arielle
11 juin 2015 @ 12:13
hérotomanne (sic) ???? ou « érotomane » ???
Lisabé
12 juin 2015 @ 09:24
Arielle…Entre héros et Eros…son style ne le prédisposait pourtant pas à tout cela,Monsieur François! ;-)))
Bonne journée à vous!
Robespierre
11 juin 2015 @ 19:21
Monsieur Louis XIV, votre précepteur n’a pas bien fait son travail.