
Gioacchino Lanza Tomasi, duc de Palma du Montechiaro, était né à Rome le 11 février 1934. Il est mort à Palerme le 10 mai 2023.
Né Gioacchino Lanza Branciforte di Mazzarino, il était fils de Fabrizio, comte d’Assaro, sénateur du royaume d’Italie, et de son épouse Conchita Ramirez Gamacho, marquise de Villa Urrutia, d’antique noblesse espagnole.
Les Lanza, outre le fait d’être de noblesse sicilienne ancienne, ont aussi été des membres éminents de la vie politique et intellectuelle.
Le chef actuel de la famille est don Pietro Prince et Duc Don Pietro, 15 prince de Trabia, 14º Prince de Santo Stefano di Mistretta, 17º prince de Butera, 15º prince de Pietraperzia, 16e prince de Scalea, 14º Prince de Scordia, chaîne Prince, Campofiorito Prince, 16e duc de camastra, 14e duc de Sainte-Lucie, le 15e duc Branciforte, etc…
C’est dire la noblesse et l’antiquité de la famille, alliée avec toutes les familles princière de Sicile.
Il serait fastidieux d’énumérer tous ceux qui ont occupé une position importante dans la vie politique ou de cour, dans les royaumes de Sicile, de Naples, des Deux-Siciles, d’Italie, ou de la République italienne.
Parmi les intellectuels, il y eut Giuseppe Lanza di Trabia-Branciforte (1901-1981) plus connu sous son nom d’auteur Lanza des Vasto, écrivain et philosophe du XXème siècle.
Gioacchino Lanza s’installa à Palerme, avec sa famille, après la Seconde Guerre Mondiale. Il retrouvait ainsi la terre de ses ancêtres paternels, une terre et une ville, Palerme, ruinée par les guerre dont les bombardements qu’elle avait subis.

Le prince Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard
Il fit alors connaissance de son lointain cousin, Giuseppe Tomasi (1896-1957) , prince de Lampedusa, duc de Palma di Montechiaro. Outre les cercles princiers familiaux, il fréquenta les cercles littéraires de Palerme dont celui de Pietro Sgadari di Lo Monaco (1906-1957), critique musical, qui avait accueilli également Bernard Berenson ou Italo Calvo, parmi tant d’autres.

Le prince de Lampedusa, Gioacchino, âgé de 21 ans et leur cousin Lucio Piccolo en 1955
Le prince de Lampedusa et son épouse, née Alexandra von Wolff-Stomersee (1894-1982), aristocrate balte, n’avaient pas d’enfant.
Dans le même entretien, Gioccahino Lanza Tommasi raconta à propos de son adoption: “Sa femme Alessandra en a eu l’idée et il m’a adopté. C’était en décembre 1956. Il voulait que son nom de famille perdure. Mon père est allé voir le roi Umberto en exil pour lui demander la permission de me faire adopter et de conserver le titre de duc de Palma. L’adoption a été accordée au bout d’un an.”
En effet, les titres n’étant pas transmissibles par adoption, il fallut une décision spéciale du roi Umberto alors en exil au Portugal pour permettre la transmission du titre de duc de Palma à son fils adoptif.
L’oncle de l’auteur, Pietro Tomasi della Torreta, sénateur, garda
alors le titre de prince de Lampedusa. Après l’adoption Gioacchino prit le patronyme de Lanza Tomasi.
Il fréquenta son cousin de façon constante de 1954 à 1957. « Il avait déjà l’air d’un homme âgé, mais de nombreuses personnes ayant participé à la Première Guerre mondiale étaient faibles ou malades parce qu’elles avaient été exposées aux gaz dans les tranchées. Lampedusa souffrait d’une terrible arthrose et il marchait avec une canne. Il ne buvait pas,
mais il fumait beaucoup. On pourrait dire que Lampedusa était un divin dilettante »disait Gioacchino précisant ensuite : « J’allais lui rendre visite vers une heure. Comme je l’ai dit, il écrivait entre deux heures et quatre heures ou quatre heures et demie, puis rentrait chez lui. Et il mangeait avec sa femme – généralement un mauvais repas parce qu’elle n’était pas une bonne cuisinière. Elle tenterait de recréer les spécialités baltes dans un pays où n’existaient ni hareng frais ni crème sure. »
Le prince de Lampedusa, le Guépard, mourut en 1957. Son chef d’oeuvre n’était pas encore publié. Il ne sut rien de son immense succès et du film qu’en fit Visconti dont les acteurs principaux sont Burt Lancaster, Alain Delon et Claudia Cardinale.
Gioacchino lui inspira le personnage de Tancrède Falconeri, le neveu du prince, qui dut s’adapter à la nouvelle Italie, née des décombres du Royaume des Deux-Siciles.

Le Guépard
Gioacchino assista à la création de l’œuvre, née des ruines de la ville de Palerme et de sa société et il entendit le prince de Lampedusa le lire à haute voix dans ses différentes versions et corrections successives.
Le Guépard est né selon Gioacchi Lanza Tomasi d’un choc. “ Ce fut un choc terrible de voir la ville de Palerme détruite par les bombardements et de perdre sa maison, qu’il considérait son nid. C’était le Palazzo Lampedusa derrière Santa Cita. »

Les ruines du Palais
« Après la guerre, il a vendu les ruines du palais et est allé s’installer dans un appartement du palais où je vis actuellement, qui était à l’origine une résidence universitaire. Lampedusa est devenue un ami proche ainsi que de ma petite amie qui deviendra plus tard ma femme.
A cette époque, je n’avais pas d’argent et je vivais la vie d’un intellectuel. J’ai étudié la musique en privé et j’irais plus tard étudier en Allemagne.”
L’image de grande élégance donnée par Burt Lancaster dans le film n’était pas celle de Giuseppe Tomais di Lampedusa dont Gioacchino dit : « On ne pouvait pas le qualifier d’élégant. C’était un gentleman d’un certain âge avec des moyens limités. Il vivait en marge de la société et fréquentait six ou sept personnes au maximum ».
La vision que Gioacchino avait de l’œuvre au moment de son écriture nous surprend. « Pour nous, “Le Guépard” était très amusant, une reconstitution espiègle et fascinante de notre histoire passée – sinon de notre présent aussi. C’était une sorte de reportage satirique sur ce
qui se passait autour de nous. Sa femme et ma mère, en revanche, prenaient le livre très au sérieux. »
Mais sa tante paternelle, Lucia Lanza di Mazzarino, se demandait pourquoi il ne laissait pas les morts en paix. Les blessures de la guerre et l’effondrement de leur monde n’avaient pas besoin d’être ravivées.

Couverture de la première édition en 1958
Après avoir veillé, avec la princesse de Lampedusa, à la publication du livre et après avoir participé à la réalisation du film, Gioacchino Lanza Tomasi, inspiré par Pietro Sgadari di Lo Monaco, commença une carrière de musicologue. Il travailla, en qualité de critique musical,
pour le Corriere della Sera. Il écrivit également des articles pour d’autres revues, comme L’Ora à Palerme, Il Gazzettino de Venise et Il Giorno de Milan. Il publia différents essais sur des compositeurs contemporains, dont Stockhausen, ainsi que sur Verdi et Bellini.
Il enseigna également aux universités de Palerme et de Salerne. Il est considéré comme l’un des grands musicologues italiens.

Au Teatro San Carlo de Naples
La musique étant son monde, il fut également directeur artistique des opéras de Palerme (1971-1975) Rome (1976-1984), Messine (1985-1993), Bologne (1992-1995). Il fut aussi surintendant du Teatro San Carlo, l’opéra de Naples (2001-2006), une des salles les plus belles et des scènes majeures des XVIIIe et XIXe siècle et qui continue à l’être encore
aujourd’hui.

Teatro San Carlo
De 1996 à 2000, il fut directeur de l’Institut Italien de New York.
A sa carrière musicale, il ajouta une carrière littéraire avec un certain nombre d’œuvres comme “Les Villa de Palerme” en 1966, le “Portrait du Condottiere” en 1967, « Châteaux et Monastère de Sicile” en 1968, “Les Grands Siciliens, Giuseppe Tomasi di Lampedusa” (1989) “Vincenzo Bellini” (1990) ou Les lieux du Guépard en 2001.

La bibliothèque du Palais Lanza Tomasi
Gioacchino Lanza Tomasi a été un grand intellectuel, un acteur majeur du domaine des arts en Italie. Il a été un des ces grands siciliens, dont il est difficile de ne pas admirer la culture.
De son premier mariage avec Mirella Radice, décédée en 1981, il eut deux enfants, Maria Concezione, née en 1959, et Fabrizio, né en 1961.
De son second mariage avec Nicoletta Polo, célébré en 1982, il eut Giuseppe, né en 1993. Outre son œuvre, artistique et littéraire, Gioacchino Lanza Tomasi, duc de Palma, eut à cœur de faire revivre le palais de sa famille, dont il a été parlé sur ce site.
Nicoletta, l’actuelle duchesse de Palma, y a largement contribué et continuent de le faire dans une activité débordante qui permet à ce bel et grand édifice de conserver, non le faste d’antan, mais une existence digne des temps modernes et au futur certain.
Noblesse et Royautés présente ses condoléance à la duchesse de Palma qui continue l’œuvre de son mari et se bat avec son fils et ses beaux-enfants pour la conservation de leur palais, tout en restant fidèle à la mémoire artistique et littéraire de son mari. les citations sont empruntées à l’article d’Alan Elkian.

Le duc et la duchesse de Palma de Montechiaro
Merci à Patrick Germain pour cet hommage.
Régine ⋅ Actualité 2023, Bourbon-Deux-Siciles, Italie 64 Comments
Vitabel
31 août 2023 @ 20:32
Merci pour cet article intéressant.
Caroline
31 août 2023 @ 23:00
Le décès de Tancrède au lieu de la mort de Tancrède , plus respectueux à mon avis !
Merci à Patrick Germain pour cet article très intéressant sur un noble en Sicile !
Cosmo
1 septembre 2023 @ 10:08
On parle rarement du décès d’un héros mais de sa mort. Le prénom Tancrède fleure bon l’héroïsme et non la convention sociale.
Leonor
1 septembre 2023 @ 11:28
La mort, c’est la mort, Caroline.
Rien ne sert de l’éluder.
Rien ne sert de nommer » technicienne de surface » une femme de ménage, ou » préposé » un facteur.
La mort, c’est la mort.
Perlaine
2 septembre 2023 @ 13:39
vous avez raison Leonor il y a des situations qui n’autorisent pas l’édulcoration , notamment dans les incendies fréquents actuellement où l’on nous parle de blessés alors qu’il s’agit de brûlés !
Robespierre
1 septembre 2023 @ 15:46
Vigny a fait un poème sur « La mort du Loup » . Je pense que « le décès du Loup » aurait mal sonné, et je rejoins Cosmo.
Robespierre
2 septembre 2023 @ 08:45
« La jeune fille et la Mort » de Schubert. « Mort à Venise » de Visconti. Imaginons « la jeune fille et le décès », ou « Décès à Venise »…
Gatsby
1 septembre 2023 @ 08:27
Merci infiniment pour cet article passionnant qui m’a transporté dans cette merveilleuse et fascinante ville de Palerme. Je me souviens des difficultés à retrouver les ruines du palais Lampedusa.
Marie-Caroline de Bretagne
1 septembre 2023 @ 09:14
Sans réponse de Patrick Germain / Cosmo à ma question relative à l’article dont sont issues les propos de Gioacchino Lanza Tomasi, j’ai fait une recherche et j’ai l’impression qu’ils proviennent de l’entretien réalisé en 2015 par Alain Elkann pour son blog dont voici le lien :
https://www.alainelkanninterviews.com/lanza-tomasi/
Cosmo
1 septembre 2023 @ 18:06
Je vous ai répondu…en vous donnant le lien que vous donnez ici.
Marie-Caroline de Bretagne
2 septembre 2023 @ 11:45
J’ai vu cela après avoir posté le lien du blog d’Alain Elkann.
Merci encore !;)
Bruno VanDorno
1 septembre 2023 @ 09:25
Très intéressante histoire de famille.
Les nobles du royaume de Deux-Siciles ont acheté et accumulé une quantité impressionnante de titres princiers et ducaux !!
Le prince a su maintenir le souvenir et l’héritage de sa famille, c’est tout à son honneur. Il mérite largement de ne pas être oublié. Bravo pour cet article.
Baia
1 septembre 2023 @ 13:00
Je lis seulement ce matin votre article Patrick Germain.
Merci, c’est passionnant et avec vous on en apprend toujours.
Très bon week-end à vous cher Cosmo.
Hervé J. VOLTO
14 septembre 2023 @ 21:26
Son nom complet était Gioacchino Lanza Tomasi Branciforte di Mazzarino, duc de Palma du Montechiaro.
Il appartenait à la famille dont était issu le Cardinal de Mararin
http://www.nobili-napoletani.it/Mazzarino.htm
Mazxarin : D’azur au faisceau de licteur d’or lié d’argent, la hache du même, à la faces de gueules brochant sur le tout chargée de trois étoiles d’or.
Le cardinal choisit comme pièce principale de son blason le faisceau de licteur, un signe de romanité (emblème du Sénat romain) qui permet de le rattacher aux grandes figures de l’Antiquité.
Le Prince Gioacchino était Noble sicilien, avec Grandessse d’Espagne.
C’est un très grand Monsieur, très discret, mai très généreux qui s’en est allé.
Toutes nos sincères condoléances !