
Voici le souvenir royal de Cosmo avec le prince de Galles et la duchesse de Cornouailles en Egypte. « Un jour de février 2006, je reçois un coup de fil du chargé des relations publiques de la société italienne de prêt-à-porter de luxe, Ermanno Scervino, dont j’étais administrateur, me demandant si je pouvais aller le mois suivant à Siwa.


Vue générale de l’oasis
Siwa est une oasis égyptienne près de la frontière libyenne et à plus de 500 kms du Caire, interdite aux étrangers jusqu’en 1987.
L’oasis est située à 24 mètres sous le niveau de la mer. Peuplée d’environ quinze mille habitants, elle s’étend sur 80 km en longueur et 29 km en largeur. L’eau est abondante et faute de drainage, peut s’accumuler en lacs à forte teneur en sel. Siwa possède de beaux paysages de dunes, d’étangs, de lacs, souvenirs d’une mer qui recouvrait le désert. L’oasis recense 300 000 palmiers, 70 000 oliviers, plus de 300 sources et torrents d’eau pure et fraîche

La Montagne sacrée
C’est à Siwa qu’Alexandre le Grand vint consulter l’Oracle, aussi connu que celui de Delphes à l’époque, qui lui prédit son destin foudroyant. Il fut sans doute le plus célèbre visiteur de Siwa, venu consulter l’oracle d’Amon dans un temple construit sous le règne d’Amasis, au VIe siècle avant notre ère.
Auparavant, d’autres visiteurs illustres comme les messagers du roi Crésus, roi de Lydie, le perse Cambyse, le général athénien Cimon, le carthaginois Hannibal ou le chroniqueur Pausanias avaient tenu à consulter l’oracle.

Buste d’Alexandre, vers le Ier siècle av. J.-C.
Lorsque Alexandre entreprit ce périple mystico-politique pour venir consulter l’oracle lors de l’hiver de l’année 331 av. J.-C., il avait 24 ans, et avait réussi à chasser les armées perses d’Egypte.
Alexandrie était sur le point d’être choisie comme nouvelle capitale de l’Egypte en remplacement du port grec de Rhakotis. Le dieu égypto-grec Amon-Zeus, le Siwite, était vénéré jusqu’en Grèce puisqu’un temple lui était dédié à Athènes.

Le temple d’Amon Zeus
Après s’être fait proclamer pharaon par le clergé de Ptah, à Memphis, Alexandre tenta de faire reconnaître aux prêtres d’Amon sa nature divine, gage de bon moral pour son armée et pour lui-même. Lorsqu’il se présenta aux portes du temple, il voulut qu’on lui confirmât qu’il était à la fois fils de Zeus et fils d’Amon, en qualité de nouveau pharaon.
On ne sait pas grand chose, en revanche, de la consultation de l’oracle proprement dite, car Alexandre devra suivre, seul, le Premier prêtre à l’intérieur du sanctuaire où une voix invisible répondra à ses questions. Officiellement, le dieu annoncera à Alexandre qu’il est « fils du dieu » mais l’entretien privé demeurera secret.
Alexandre confia à sa mère Olympias que l’oracle lui avait tenu des propos confidentiels qu’il lui communiquerait de vive voix à son retour en Macédoine. Il n’en eut pas le temps mais ce qu’on sait, c’est qu’il demanda à être inhumé à Siwa.

La piscine dite “l’œil de Cléopâtre”
C’est à Siwa que vinrent se délasser Antoine et Cléopâtre et leur piscine, de forme ronde, y est encore visible et accessible à qui veut y plonger.
Notre société, grâce à une amie égyptienne, Leïla Neametalla, y avait établi un atelier. Leïla et son frère Mounir étaient engagés dans le développement durable. Cliquez ici.
Pour Ermanno Scervino, il s’agissait de donner du travail à une cinquantaine de femmes en leur faisant broder et apposer sur des vêtements, des motifs traditionnels de leur artisanat.
Comme dans beaucoup d’endroits, la situation de la femme est précaire et malheur à toute femme non mariée. Elle est l’esclave de sa famille. Elle n’a aucun droit et doit accomplir toutes les tâches ménagères. Si ces jeunes femmes restent célibataires, c’est tout simplement parce qu’elle n’on pas d’argent pour se marier. Pas de dot, pas de mari !


L’atelier
L’atelier que nous y avions établi n’employait que des célibataires, qui, ayant un travail rémunéré, pouvaient ainsi se constituer la dot indispensable pour se marier et trouver dans le mariage un semblant de liberté, en tous cas être maîtresse chez elle.

La broderie de Siwa sur le podium
Les Neametalla appartiennent à la haute société copte d’Egypte. En 1956, tous leurs biens ont été saisis par Nasser mais leur situation familiale internationale – cousins de Marie-Hélène de Rothschild dont la mère, Marguerite, était une Neametalla – leur a permis de rebondir.
Grâce à eux, l’information de ce qui se passait à Siwa est parvenue à Clarence House. Le prince de Galles, dont on connait l’intérêt pour le développement durable, et la duchesse de Cornouailles décidèrent se rendre à Siwa, lors d’un voyage officiel qui devait après l’Egypte les conduire en Arabie Saoudite et en Inde.

Ermanno Scervino , Leïla Neametalla, la duchesse de Cornouailles
et le prince de Galles

Un moment de rigolade
Et c’est ainsi que j’ai eu le plaisir de passer trois jours en compagnie de Leurs Altesses Royales. Je ne saurais dire que j’étais de leur entourage intime, car ils étaient arrivés avec une suite de trente personnes.



Quelques vue de l’hôtel Adrere Amellal
Mais nous habitions le même hôtel, le sublime Adrere Amellal, sans électricité ni eau courante, mais un personnel pléthorique, hôtel dont la reine Paola a été aussi une cliente assidue. Je les voyais tous les jours, et notre équipe a eu l’honneur de présenter notre atelier et notre travail au couple princier.

Malheureusement les évènements qui ont frappé l’Egypte peu de temps après nous ont obligés à fermer l’atelier car il n’était plus possible d’exporter la production en Italie.

Aujourd’hui le tourisme semble être revenu à Siwa mais il semble que la condition de la femme célibataire soit redevenue ce qu’elle était. »
Régine ⋅ Actualité 2021, Angleterre, Egypte, Souvenirs royaux 72 Comments
Danielle
6 mai 2021 @ 14:56
Je ne connaissais pas cette île, maintenant c’est chose faite et j’ai revu avec plaisir les paysages égyptiens.
Merci Cosmo pour cet intéressant récit.
berton
6 mai 2021 @ 16:42
Très intéressant. dommage que ces femmes ne puissent plus travailler .
ML
6 mai 2021 @ 18:46
Tout est passionnant dans cet article, superbes photos . Merci Cosmo .
Anitra
6 mai 2021 @ 22:35
Très intéressant, merci beaucoup.
Caroline
6 mai 2021 @ 22:40
Quelle chaleur en plein Février !
Intéressant et instructif sur Siwa et ses environs !
Corsica
6 mai 2021 @ 22:51
Merci Cosmo, pour ce voyage historique et actuel dans l’oasis de Siwa. Il y a quelques années, j’avais vu un reportage passionnant sur cet hôtel conçu comme un village et je m’étais jurée que lors d’un futur voyage en Égypte, j’irais y séjourner. Votre article et la prochaine ouverture du Grand musée égyptien à Guizeh vont m’inciter à réaliser ce projet.
luigi
6 mai 2021 @ 23:47
Joli compte-rendu tout en détails historiques et belles vues ensoleillées, j’aime bcoup. Merci !
Juliette d
7 mai 2021 @ 04:14
Quel beau et intéressant reportage! Je me suis regalée. Merci ã vous Cosmo.
Juliette d
7 mai 2021 @ 04:18
Pour Cosmo: pourriez-cous ėlaborer sur la courtisanerie autour du prince Charles?
Un peu de gossip est toujours intéressant…. et puis vous nous avez mis l’eau à la bouche…
Cosmo
7 mai 2021 @ 09:59
Difficile de parler de la courtisanerie qui est un phénomène qui consiste à encenser les princes pour mieux les encercler et les isoler. En exemple concret, l’obséquiosité verbale de ceux qui « en sont ». Le couple princier est venu avec trente personnes. Il n’a été en contact avec la population qu’une seule fois, sur les photos que j’ai prises. Le reste du temps s’est passé, en réception, entre soi, le gouverneur de la région, l’ambassadeur du Royaume-Uni et sa femme, les amis du prince, les huiles de la région. Il n’y a pas eu une invitation pour les chefs de tribus, douze, qui régissent la vie de l’Oasis. Et pourtant ces tribus sont la vraie population.
A Londres, les personnes proches de la famille royale font barrage. On a l’impression que le rôle des dames d’honneur, une de mes amies l’a été, est de prévenir tout contact avec le commun des mortels. Tout est fait pour que vous ne les rencontriez pas.
Un de mes amis, cousin germain de la reine, quand il parle d’elle, ne dira jamais « ma cousine » mais toujours « The Queen ».
C’est une adoration dans laquelle ceux qui en sont les acteurs se valorisent.
Juliette d
7 mai 2021 @ 13:54
Merci pour les précisions Cosmo. Cette réalité que vous nous dėcrivez ne ressemble tellement pas ã l’image qu’on veut bien nous laisser croire au sujet du prince. En ce qui concerne la reine, il est vrai que tous, y compris ses enfants et petits-enfants, et sauf en de très rares exemptions, disent The Queen en parlant d’elle.
Une autre question suscite ma curiosité Cosmo, Puisqu’il n’y avait pas l’ėlectricité dans l’hôtel où séjournaient le couple princier, on doit supposer qu’il y avait une génératrice? Camilla semble toujours inconfortable par grande chaleur. Merci ã vous.
Cosmo
7 mai 2021 @ 16:49
Non Juliette, pas de génératrice. Donc pas d’électricité du tout. Tout est éclairé à la chandelle. Il y en a des centaines dans le parc et dans l’hôtel. C’est magique. Pour prendre sa douche il y a des containers d’eau qui chauffent sur le toit.
Il faut dire que le personnel est pléthorique. Des centaines de serviteurs s’activent.
Pour le prince de Galles, il y a deux faces. La première est celle d’un homme investi dans un certain nombre de sujets, grâce au formidable Prince’s Trust, investi également dans la protection de l’environnement, avec des vues conservatrices sur l’architecture. La deuxième est celle du prince qui vit entouré de gens qui le coupent de la réalité quotidienne et lui permettent de vivre comme un enfant gâté.
Les deux ne sont pas incompatibles. Au contraire, cela lui permet de s’intéresser uniquement à ce qu’il aime.
Je pense que le prince de Galles est un être complexe, intelligent et cultivé, mais hors sol. Il sera probablement un bon monarque qui n’hésitera probablement pas à dire ce qu’il pense à la différence de sa mère.
Quand on dit que la reine ne peut jouer aucun rôle politique, c’est faux. Rien n’interdit au souverain d’intervenir mais depuis le veuvage de Victoria, les souverains britanniques, Elizabeth II comprise, se sont retirés du jeu politique. C’est tellement plus facile, à la limite de la lâcheté, à mes yeux.
Le prince Charles n’est pas vraiment aimé au Royaume-Uni, peut-être à cause de son franc-parler.
Teresa2424
7 mai 2021 @ 04:21
Gracias Cosmo por tu rico aporte!!estuve en egipto,…en el.alto Egipto en una comunidad copta hermosa,lamento no haber llegado a Siwa …ojalá pase pronto la pandemia y podamos volver a viajar!!!
Juliette d
8 mai 2021 @ 13:17
Merci encore pour tout Cosmo.
J’imaginais quand même que le prince était plus apprécié au Royaume-Uni. Chanceux qu’il est de pouvoir s’intéresser qu’aux choses qu’il aime. Maintenant il reste à savoir s’il sera un jour roi ou si William accédera directement au trône. Tant de choses peuvent se passer en très peu d’années.
Spirou
7 mai 2021 @ 08:27
Oncle Cosmo ,raconte nous d’autres belles histoires ,a demandé Spirou .
Cosmo
7 mai 2021 @ 10:01
Il y en a quelques unes en préparation…mais il faut attendre.
Les Déménageurs Bretonneux
7 mai 2021 @ 11:38
Monsieur Cosmo a tout à fait raison, nous avons pu constater ce phénomène de verrouillage. La garde rapprochée a peur que des intrus puissent avoir de l’influence sur leur Personnage. Merci monsieur Cosmo pour votre reportage éclairant, mais Monsieur Aubert a dit cela mieux que nous les Déménageurs.
Christine (la première
7 mai 2021 @ 11:45
Vous avez du courage pour retourner en Égypte Corsica car entre les virus, les terroristes et autres joyeusetés, jy ai renoncé et je n’ai plus l’âge de l’intrépidite
Berlioz
7 mai 2021 @ 14:17
Dans le dernier Géo (mai) il y a tout un article sur Siwa .Effectivement la vie des femmes ne s’est pas beaucoup améliorée.
Peregrine
7 mai 2021 @ 19:32
Merci pour le belles choses que vous racontez, Cosmo. J’adore l’Egypte et son histoire… et j’adore Scervino.
PATRICIA
7 mai 2021 @ 20:15
Bel article plein de découvertes et une belle expérience pour vous, Cosmo. Merci beaucoup.
Mary
12 mai 2021 @ 22:57
Merci Cosmo , pour ce bel article !
Je ne l’ai pas consulté en temps et heure, parce que je suis un peu débordée en ce moment.
Quel merveilleux endroit et quelle belle initiative que de faire travailler ces jeunes femmes ! Triste que ce soit fini…