Voici un article qui a été rédigé par Jul. Connaissant l’intérêt mêlé d’effroi qu’éprouvent les lecteurs de N&R pour les mariages consanguins dont étaient devenus spécialistes notre Maison multinationale au XIXème siècle, je souhaite leur raconter le voyage qu’effectuèrent le Roi et la Reine des Deux-Siciles en 1829-1830, voyage lors duquel un mariage fut célébré et plusieurs combinaisons imaginées par ces infatigables marieurs ! Pour cela partons de celle que le lecteur connait le mieux : notre extraordinaire Duchesse de Berry afin de présenter ses parents.
Elle était la fille du premier lit du Roi des Deux-Siciles François Ier (né en 1777) avec l’Archiduchesse Clémentine, qui était morte fort jeune (1801), laissant veuf celui qui était alors le Prince héréditaire, Duc de Calabre et orpheline la petite Caroline (née 1798).
L’Europe vivait au rythme des guerres que menait la jeune République française, le Roi de Naples et de Sicile Ferdinand IV et le frère de celui-ci, le Roi d’Espagne Charles IV arrangèrent le mariage de quatre de leurs enfants : la Princesse Antoinette avec le Prince des Asturies et le Duc de Calabre avec l’Infante Isabelle (née en 1789). Cette union, scellée en 1802 permit de resserrer les liens des Bourbons et de mettre la jeune fille en sécurité, dans un Royaume frère.
Isabelle, qui n’avait que treize ans ( !) devint une nouvelle mère pour la petite Caroline, qui confia dans ses souvenirs lorsqu’elle vivait au château de Brunnsee :
« Mon auguste mère fut attaquée d’un rhume qui dégénéra en mal de poitrine, dont elle perdit la vie le 15 novembre 1801. J’étais alors dans un âge trop tendre pour pouvoir en conserver le souvenir, mais j’en trouve d’ineffaçables dans les cœurs de toutes les personnes qui ont eu le bonheur de l’approcher et d’admirer ses vertus.
Puisse le ciel accorder à ses prières la grâce que j’implore de travailler à les mériter, ses vertus, sa piété éclairée, sa bienveillance, enfin tout ce qui nourrit mes regrets -de ne pas l’avoir connue!
Combien je l’eus chérie! J’en juge par les sentiments que j’éprouve pour la seconde et tendre mère que le ciel m’a donnée dans la personne de S. A. R. l’infante Marie-Isabelle, qui me comble sans cesse de ses bontés. »
Isabelle avait donné très rapidement des enfants à son époux : à quinze ans ( !) , elle donna naissance à Louise (1804) puis Christine (1806-), Ferdinand (1810-), Charles (1811-), Léopold (1813-), Antoinette (1814-), Antoine (1816-), Amélie (1818-), Caroline la jeune (1820), Thérèse (1822-), Louis (1824) et François (1827). Sur le tableau précédent, on voit les huit premiers honorer la mémoire de leur aïeul le Roi Ferdinand.
« Mon temps se passait en ville et à la campagne, toujours avec mes chers parents. J’eus le plaisir de voir augmenter successivement ma famille, de frères, de sœurs, que j’aime tendrement. »
La Duchesse de Calabre depuis Reine Isabelle n’avait ni la faveur de sa belle-mère, la flamboyante Marie Caroline, ni celle des historiens, mais elle gagna le cœur des Siciliens dont elle partageait la Foi et le goût des dévotions démonstratives. Le sens de son existence était la Charité : elle secourait les nécessiteux par de considérables aumônes.
Ferdinand d’Orléans écrivit de sa tante qu’elle avait « la bonté peinte sur sa figure, et que toute sa vie n’a pas démenti ».
Le Roi François Ier était un monarque dans le style paternaliste, animé du désir sincère de faire la volonté de Dieu et le bien de ses sujets.
Son court règne (1825-1830) fut paisible. Il engagea plusieurs chantiers que poursuivit son fils Ferdinand II : le renforcement de l’armée et de la marine, pour sortir ses Etats de la tutelle de l’Autriche, la modernisation de l’agriculture, de l’industrie textile avec des expositions pour montrer le savoir faire des ouvriers siciliens et les encourager par des commandes royales. Sans oublier le secours des indigents : François Ier ordonna ainsi la construction d’hôpitaux et d’orphelinats pour éviter aux malades, infirmes, personnes âgées et orphelins d’être réduits à la mendicité ou au crime.
Pour stimuler et récompenser ses sujets qui s’étaient distinguer par leurs mérites civils, militaires ou culturels notamment pour l’amélioration du bien être de leurs compatriotes, il fonda l’Ordre de François Ier.
Ses efforts considérables pour restaurer une armée de terre et une armée navale (priorité symbolisées par l’incorporation de ses cinq fils, dont trois dans la marine, un record !) furent couronnés de succès en deux ans (1827) : il obtint de l’allié autrichien le retrait du contingent qui appuyait la monarchie des Deux-Siciles depuis le début de la Restauration.
L’axe principal de la politique étrangère des Rois Ferdinand Ier et François Ier fut de continuer de renforcer les liens avec les autres monarchies bourboniennes (France, Espagne, éventuellement Lucques puis Parme), comme en témoignent les projets matrimoniaux qu’ils concrétisèrent pour plusieurs de leurs enfants : cinq filles de François Ier épousèrent des Bourbons ! (Caroline, Louise, Christine, Amélie et Caroline la jeune) !
- Voyage aller, retrouvailles à Grenoble (Automne 1829)
Si la Princesse Caroline et la Princesse Louise furent convoyées par bateau jusqu’en France (1816) et en Espagne (1819) pour épouser le Duc de Berry (né en 1778) et l’Infant François (né en 1794), Le Roi et la Reine des Deux-Siciles organisèrent un grand voyage en voiture sur le continent pour conduire leur troisième fille Christine à Madrid où son union avec un autre de ses oncles, le Roi Ferdinand VII (né en 1784-) devait être célébrée.
Après des étapes à Rome chez le Pape et en Toscane, chez le Grand-Duc, le couple royal, leur fille Christine, leur fils dernier né le Comte de Trapani ainsi que leur suite traversèrent les Alpes.
La Duchesse de Berry accompagnée de Mademoiselle sa fille, l’Infant François et sa femme, qui s’étaient retrouvés à Valence et qui avaient visité ensemble Lyon, se rendirent ensemble à Grenoble pour attendre leurs parents.
La Princesse Caroline nota : « Samedi 31 octobre. Réveillée à 7 heures, je m’habillai et, après avoir pris une tasse de chocolat, je partis à 8 heures avec mon beau-frère et ma sœur dans leur calèche; la route qui suit la vallée est extrêmement jolie. (…) Au bout de quelques heures, nous avons rencontré M. de Blacas qui nous a dit que papa venait après lui. Nous sommes descendus et nous nous sommes trouvés dans les bras de papa, de maman et de Christine qui est charmante ; ma joie a été extrême de revoir mes parents après treize ans de séparation ».
La Duchesse de Berry et ses demi-sœurs se remémorent les moments de leur enfance dans le pays ensoleillé à Palerme et Monréale : les longs repas, les siestes à l’abri des volets clos, les promenades en mer dans les barques des pêcheurs, les parties de pêche et de chasse de leur très aimé grand-père Ferdinand, les visites d’abbayes et les solennités dans les églises quand elles accompagnaient leur mère et leur tante Amélie.
L’Infante Louise (ci-dessus) impressionnait ses parents par son zèle dynastique. Etablie en Espagne depuis dix ans, mère de sept enfants à seulement vingt-cinq ans ( !), elle put leur conter de vive voix les circonstances dans lesquelles son oncle-beau-frère désespéré de devenir un jour père, la chargea d’intercéder auprès de son épouse la Reine Marie Josèphe de Saxe qui se refusait à lui.
De longs entretiens avec sa farouche belle-sœur, l’aide de son confesseur qui ne manqua sûrement pas de pertinents arguments bibliques, permirent de délivrer la Reine de la culpabilité que les rapports intimes entre mari et femme lui inspiraient. L’intercession de Louise fut un succès mais la Reine mourut (1829).
L’Infante sut redonner espoir à Ferdinand VII, veuf pour la troisième fois. Elle lui qui avait montré un portrait de sa sœur Christine. Le Roi François Ier ne put refuser un tel parti pour sa fille. Son cousin-beau-frère deviendrait son gendre.
On imagine que Louise, François et Christine, qui avaient une passion pour la musique et le chant, agrémentèrent encore davantage ces réunions intimes en se produisant devant leurs proches. (Ils chanteraient même un soir tous trois ensemble à l’Opéra de Madrid vingt ans plus tard). La musique avait été une part importante de l’éducation qu’elles avaient reçue comme en témoigne un tableau montrant les filles du Roi des Deux-Siciles François Ier à la harpe et au piano.
Le Duc et la Duchesse d’Orléans ainsi que leurs enfants rejoignirent les autres Bourbons dans cette halte dauphinoise.
Marie Amélie de Bourbon était la sœur du Roi des Deux-Siciles. Elle avait vécu à Palerme auprès de sa famille au début de son mariage. Le jeune Duc d’Orléans, comme les autres Bourbons, était menacé par le Général Bonaparte qui régnait alors sur la France et occupait une grande partie de l’Europe, notamment le sud de la péninsule italienne. Fils de Philippe-Egalité, de sinistre mémoire, il s’était rangé du côté du Chef de Maison, qui était devenu le Roi Louis XVIII en exil et sut gagner petit à petit la confiance de ses aînés qu’il trahit ensuite, au grand dam de sa digne épouse, en usurpant le trône de France (1830-1848 Louis-Philippe).
Ferdinand d’Orléans, Duc de Chartres (en uniforme d’officier des Hussards) se souvenait avec tendresse de sa cousine la nouvelle Reine d’Espagne, lorsqu’il la revit à Grenoble. Il était alors âgé de dix-neuf ans : « le charme inexprimable de sa personne », « ses yeux si beaux quoique très grands, on n’y voyait que du noir. Mais je compte sur tous ceux qui l’ont vue pour décrire sa grâce parfaite. »
Marie Amélie, qui avait convoité la main de sa nièce pour son fils premier né, confia sans amertume, malgré la déconvenue de la voir accordée à son ancien beau-frère le Roi d’Espagne :
« Christine n’est pas plus grande que ma Louise, quoique le paraissant, elle est très belle, a des yeux superbes, un beau sourire, enfin elle est gracieuse, aimable, avenante, simple et plaît beaucoup ».
La Duchesse d’Orléans jeta alors les yeux sur d’autres enfants de son frère. Ayant des ambitions justifiées pour sa vertueuse fille Louise d’Orléans, elle regarda avec bienveillance son neveu Ferdinand de Bourbon, Duc de Calabre, alors âgé de dix-neuf ans, jeune homme pieux qui s’épanouissait dans le métier des armes et se préparait à son métier de roi en exerçant la Régence pour son père. Deux tempéraments qu’on pouvait judicieusement unir.
La tante Amélie avait également noté les heureuses dispositions de caractère d’Antoinette de Bourbon, quatrième fille de son frère (née en 1814, tableau-ci-dessous) et émit le souhait de la marier à son fils premier né.
Les fils cadets de son frère, Charles et Léopold de Bourbon, était des partis intéressants. Le Duc d’Orléans observait avec intérêt les idées libérales séduire ses neveux et la perspective de donner à l’un d’eux en mariage sa fille Marie d’Orléans, appelée Mademoiselle de Valois, commençait à lui plaire.
Le Prince de Capoue déçut leurs ambitions. Il avait des difficultés scolaires, ce qui avait forcé ses parents à hâter son entrée dans la Marine. Et il préféra épouser l’élue de son cœur : une Ecossaise, une bourgeoise ! Scandale !
Romantique et artiste, le Comte de Syracuse ressemblait à sa cousine et partageait le même passion pour la sculpture. C’était un plus indéniable.
En plus d’une solide instruction religieuse et musicale, François et Isabelle avaient éveillé le goût de leurs enfants pour les beaux arts. Dans leur royaume méridional, ils avaient la chance de posséder les ruines de deux cités romaines de l’Antiquité : Pompéi et Herculanum ensevelies sous les cendres du Vésuve. Le Roi François Ier relança les fouilles pour en exhumer les trésors. Les Bourbons y guidaient en famille les princes de toute l’Europe venus séjourner à Naples pour admirer ces vestiges.
La Duchesse de Berry accompagna ses parents et sa sœur jusqu’aux confins du Royaume de France. L’équipage fit étape à Valence, Avignon (où fut donnée une grande fête en l’honneur des souverains napolitains), à Nîmes, Montpellier. Partout retentissait l’enthousiasme des Français : « Vive les Bourbons ! ». A Perpignan, Madame raconta l’accueil de la Princesse Christine à la frontière par l’escorte espagnole envoyée par Ferdinand VII :
« Aussitôt mon réveil à 6 h. 1/2 je montai chez papa où je restai à bavarder avec Christine et à jouer avec François [le petit frère ?] jusqu’à 9 h. 3/4 où nous sommes partis. Le chemin d’abord fort triste devient promptement très pittoresque, il est taillé dans le flanc même de la montagne jusqu’au bord de la Tech que l’on passe à gué avec des hommes dans l’eau qui soutiennent la voiture Apres avoir admiré à droite les restes d’un fort mauresque en face du Canigou nous sommes arrives à Perthus vis-à-vis la montagne et le fort de Bellegarde. Les troupes françaises ont accompagné les voitures du roi de Naples jusqu’à la frontière, où nous sommes descendus tous. Deux régiments de la garde espagnole et un escadron de gardes du corps nous y attendaient- le commandant de la Catalogne, a complimenté Christine et lui a fait un fort joli compliment; il y avait, en outre, beaucoup d’Espagnols et d’Espagnoles qui baisaient la main de leur future reine; un évêque espagnol; des magistrats, en velours, avec un rabat de dentelle ; le spectacle était fort imposant et le temps le plus beau du monde ! C’est là que nous avons quitté mes parents et Christine ! Dieu la garde… »
- Séjour en Espagne, mariage et nouveau projet (Hiver 1829-1830)
Après la conclusion de l’acte matrimonial entre Ferdinand VII et Christine au Palais-monastère de l’Escorial, le Roi François Ier et la Reine Isabelle demeurèrent en Espagne pour Noël et les Rois, jusqu’à la fin Janvier 1830.
On imagine la joie d’Isabelle de revoir son pays natal et de passer du temps en famille avec ses filles Louise et Christine, ses deux frères-gendres et son autre frère l’Infant Charles.
Leur nièce l’Infante Thérèse, veuve de l’Infant Pierre était revenue vivre à la Cour de Madrid avec son fils (1821), qui comme son père avait le privilège d’être à la fois Infant d’Espagne et de Portugal. Le jeune homme s’appelait Sébastien et avait dix-huit ans.
Dans le tourbillon des réjouissances de son mariage, le Roi d’Espagne n’oublia pas son petit-neveu. Et si on mariait le double Infant à une jeune sœur de la nouvelle Reine Christine ? Sébastien deviendrait ainsi le beau-frère de son grand-oncle.
Ce fut la jeune Princesse Amélie qui fut choisie. N’ayant pas encore douze ans en ce début de 1830, on convint d’attendre encore deux années pour la faire venir en Espagne. (1832)
François Ier et Isabelle était satisfaits, l’établissement de leur cinquième fille était assuré ! Pour la quatrième fois avec un Bourbon comme eux !
Le Palais-Monastère était très mal chauffé et très mal isolé, aussi durant cet hiver glacial en Castille, le Roi François Ier était tombé malade de la poitrine et son ministre, secrétaire et ami le chevalier de Medici y était mort de froid (!)
La perspective de vacances en France, auprès de la Duchesse de Berry, réjouirent alors le cœur du Roi malade.
- Voyage retour et séjour en-France ( Printemps 1830)
De retour, le couple royal napolitain et leurs enfants restèrent en France jusqu’à la fin du mois suivant (Mai à Juin 1830). Hôtes du Roi Charles X, ce séjour fut l’occasion des dernières fêtes de la Restauration.
L’attaché d’ambassade autrichien Rodolphe Apponyi écrivit : « Madame la Duchesse de Berry est dans la joie de son cœur depuis l’arrivée de ses parents ».
La Duchesse d’Orléans était dans le même état à l’idée de revoir ses chères Majestés, ses chers voyageurs comme elle les nommait.
La Duchesse de Berry avait fait préparer pour ses parents d’agréables appartements dans sa demeure parisienne de l’Elysée-Bourbon.
Au programme : ballades au Petit-Trianon et à Saint-Cloud avec le Roi de France, le Dauphin (tableaux ci-dessus) et la Dauphine, invitation à Neuilly-sur-Seine chez les Orléans et à Chantilly chez le Duc de Bourbon, promenades sur les boulevards, courses dans les magasins, – excursions dans les églises, dans les Catacombes que leur avait recommandé l’Empereur d’Autriche (François Ier), sans oublier une pause café, avec sorbet et gaufrettes pour goûter.
Le dernier petit frère de la Duchesse de Berry, le Comte de Trapani, qui avait deux ans, réclamait alors le sein à la Reine Isabelle qui lui donnait prestement à téter, pour le plus grand étonnement des cousins d’Orléans.
Le Roi et la Reine des Deux-Siciles leur apprirent que le bambin qui s’appelait François comme son père et son oncle-beau-frère-parrain, était destiné à l’Eglise, envisageant sûrement pour lui pas moins que la charge d’Archevêque, comme il convenait à une enfant princier. Ce choix était probablement pour remercier Dieu de leur avoir gardé en vie tous leurs douze enfants (ce qui était rare en ce temps). Une fois ses études primaires achevées, le Prince François serait envoyé à Rome à l’âge de 11 ans, et inscrit au collège des Jésuites en 1838. (Mais, ayant d’autres projets pour lui, le Roi Ferdinand II son frère aîné viendra l’y chercher en 1845.)
Pour ce qui était de leurs quatrième et cinquième fils Antoine de Bourbon, Comte de Lecce et Louis de Bourbon, Comte d’Aquila (ci-dessous), le Roi des Deux-Siciles les ferait entrer au service de l’Armée de terre et de la Marine.
Et il y avait encore deux princesses, leurs sixième et septième filles Caroline (nommée comme sa sœur aînée marraine) et Thérèse (filleule du Duc de Calabre et de la Reine d’Espagne, frère et sœur aînés).
Trois de leurs filles étaient mariées, des projets sérieux étaient établis pour les deux suivantes (Antoinette et Amélie) et il leur fallait maintenant penser à l’avenir de la jeune Caroline (née en 1820). Son âge ne correspondait-il pas à celui de son neveu le Duc de Bordeaux ?
Mais comme ils n’étaient encore que des enfants et le Roi Charles X organisa plutôt pour Louise, Henri et leur jeune oncle, une visite à la fameuse Girafe, cadeau de Mehmet-Ali d’Egypte, ce qui ne manqua pas de les émerveiller ou de les terrifier peut-être.
Le soir la famille se retrouvait pour dîner puis se rendait au théâtre ou à l’opéra. Charles X avait fait agrandir la loge de la famille royale pour que Le Roi et la Reine des Deux-Siciles puissent y prendre place avec le Dauphin, son épouse, la Duchesse de Berry ainsi que les Orléans.
« Le Roi de France a été charmant avec ses illustres hôtes, il l’est toujours. Sa Majesté causa avec gaité tantôt avec la reine, tantôt avec le roi de Naples ; la reine parut très contente du spectacle et en exprima son contentement au roi de France et à son mari, auquel elle fit remarquer mille petits détails de peur qu’ils ne lui échappassent. Elle a l’air bien bonne personne, bien aux petits soins pour le roi ».
Charles X avait vingt ans de plus que son frère de Naples, mais ne faisait pas son âge : il était demeuré svelte et fringant. Sa distinction et son affabilité ne s’était pas démentie avec les années. Discipliné et pieux, sa santé n’avait pas été détruite par les excès sur lesquels il avait tiré un trait dans sa jeunesse.
Le Roi des Deux-Siciles, souffrait beaucoup, mais se faisait un devoir d’apparaître dans le fastueux bal donné en son honneur chez le Duc d’Orléans. Celui-ci avait fait décorer somptueusement sa demeure parisienne pour l’occasion et avait offert à sa femme une parure d’émeraudes et de brillants.
Mais La Duchesse d’Orléans était très inquiète pour son frère : « Il tousse, il a maigri et s’est affaibli ».
Ferdinand d’Orléans, moqueur et moins charitable pour son oncle, nota dans ses mémoires : « Aussi fallait-il voir les grimaces, les jeux de physionomie, les mouvements d’yeux et les Jesu Maria Signore et autres pieuses exclamations dont ils assaisonnaient leur piteux récit de leur congélation et de leur misère en Espagne ».
A la mi Juin 1830, La Princesse Caroline emmena encore ses parents dans la campagne, près de Mantes-la-Jolie pour leur montrer son cher domaine de Rosny au bord de la Seine et la chapelle dans laquelle elle avait fait placer le cœur de son regretté époux. Ce furent de revigorantes promenades pour le Roi François Ier qui put ainsi profiter de ses petits enfants Louise et Henri.
Conclusion :
Quelques mois après leur retour dans leurs Etats, François Ier s’éteignit (8 Novembre 1830). Le Duc de Calabre, devenu le Roi Ferdinand II, monta sur le trône. C’est lui qui s’occupa de l’éducation et de l’établissement de ses plus jeunes frères et sœurs.
Le jeune souverain ne voulut pas épouser sa cousine Louise d’Orléans, et préféra la Princesse Christine de Savoie. Projet qu’avait esquissé le Roi François Ier avec et son autre sœur la Reine douairière de Sardaigne, marraine et tutrice de la jeune orpheline, qu’il avait rencontrée lors de l’étape qu’il fit à Gênes, à son retour de France.
Tous les autres projets de mariages avec les Orléans furent abandonnés durant les années 1830. Légitimiste, le Roi des Deux-Siciles ne cautionnait pas l’usurpation de son oncle Louis Philippe.
Ce fut le Grand-Duc de Toscane Léopold II, leur voisin, qui obtint la main de la Princesse Antoinette (1833).
Restait le projet d’union du Comte de Syracuse et de Marie d’Orléans. Il était encore négocié au cours des années 1840, mais, avec la prudence qu’on lui connaît vis-à-vis de l’oncle Philippe, le Roi Ferdinand II ne donna pas suite à cette affaire, préférant voir son frère épouser Marie de Savoie, une Princesse de la jeune lignée de cette Maison.
Il valait peut-être mieux un tel dénouement pour la délicate princesse orléanaise. Pendant son séjour à Naples en 1839-1840, Henri V, Roi de France des Légimistes, décrivit son oncle le Comte de Syracuse en ces termes : « il est tombé au dernier degré de l’abjection : carbonaro, licencieux et vil sous tous rapports ».
Pour ce qui était de la Princesse Amélie, accordée à l’Infant d’Espagne et de Portugal (Sébastien), le Roi Ferdinand II lui offrit un magnifique trousseau et régla les derniers détails du mariage qui fut publiquement scellé en 1832.
Après avoir résidé quelques années à Madrid, ce couple trouva refuge à la Cour de Naples. La Princesse Amélie, très attachée au Roi, s’y consacra aux pauvres dont elle était très aimée. L’Infant Sébastien, qui avait vaillamment combattu aux côtés de son grand-oncle Charles V, Roi d’Espagne pour les Légitimistes (Première Guerre carliste) se consacrait désormais à la restauration des les tableaux de son immense collection dans l’atelier qu’il avait aménagé dans leur appartement du palais royal napolitain.
Pour montrer son attachement à la malheureuse branche aînée des Bourbons, et assagir son jeune et fougueux frère Antoine de Bourbon, Ferdinand II entra en relation avec l’ancien Dauphin (Louis XIX) pour le marier à leur nièce Louise, fille du Duc et de la Duchesse de Berry (1839). Le Chef de Maison déclina la proposition, préférant le Prince de Lucques.
Lors de son séjour en 1839-1840, Henri V avait aussi retrouvé deux de ses demi-tantes qui n’étaient pas encore mariées, la Princesse Caroline qui nous avons déjà évoquée et la Princesse Thérèse.
Le Roi Ferdinand II réussit à marier sa sœur Thérèse au jeune Empereur du Brésil Pierre II. (1843).
Restait Caroline. Un mariage avec Henri V fut a nouveau évoqué. La Duchesse de Berry le souhaitait ardemment et son fils acquiesça puisqu’il envoya le Comte de Montbel en 1844 à Naples pour obtenir la main de sa demi-tante.
La Reine-mère Isabelle s’y opposa. Elle préférait le Duc d’Aumale, cinquième fils du Monarque de Juillet dont la position (il ne vivait pas en exil) et la considérable richesse (héritage Condé) rehaussait encore le prestige militaire qu’il avait acquis en Algérie. Mais le jeune prince d’Orléans fut plutôt séduit par sa cousine (Caroline également) la fille du Prince de Salerne. Un mariage qui enchanta Marie Amélie.
La Princesse Caroline épousa quant à elle Charles VI, Roi d’Espagne carliste, avec lequel elle vécut en Venise. Quand il tomba malade du choléra, Caroline le soigna avec un grand dévouement, au mépris de sa vie. Elle succomba quelques jours après son époux.
(PHOTO)
Très aimée de son mari, la mort de François fut une grande perte pour Isabelle. Souffrant d’un manque d’affection que seul l’état du mariage pouvait combler, et forte de l’exemple de ses filles Caroline et Christine qui, veuves, s’étaient remariées, la Reine mère demanda la permission de contracter un nouveau mariage au Roi son fils. Ferdinand II donna son accord et la Reine Isabelle convola en justes noces (1839) avec François del Balzo des Ducs de Presenzano, un jeune officier des hussards de la garde (né en 1805). Tout en conservant son rang de Reine, comme ses filles.


























JAusten
12 juin 2015 @ 16:27
oh Jul j’ai adoré !!! Quel narrateur plein d’humour vous faites ! ces petits rappels de parentés : oncle-beau-frère ….. gendre-cousin-beau-frère ….. délicieux !
Merci de rappeler que le sang des bourbons était loin de se tarir même après la guillotine :-)
Severina
12 juin 2015 @ 17:39
Merci Jul, très intéressant et un grand travaille pour vous. Il m’a fallut le lire et relire pour le bien comprendre, mais ça valailt la peine.
jul
15 juin 2015 @ 19:43
Merci Severina :) ça me fait plaisir.
Dominique Charenton
12 juin 2015 @ 18:46
Il ya beaucoup à dire sur ce message digne des biographies « ad usum Delphini » du XIXème siècle.
Par exemple on peut faire beaucoup faire de critiques à la reine Marie Caroline de Naples, mais on ne peut nier qu’elle était très « dévote à ses enfants » , très lionne pour les défendre . Elle a tout fait pour empêcher les mariages avec ses neveux d’Espagne. Elle considérait que son neveu Ferdinand était si malfaisant qu’il allait faire mourir sa fille Antoinette . Il faudrait que je remette la main sur sa correspondance à ce sujet;
Quant au mariage avec « la petite bâtarde épileptique » comme Marie Caroline appelait la fille de Godoy .Voici une description de son arrivée :
» Le navire ramenant le jeune ménage [ le futur François I des Deux Siciles
et sa seconde épouse linfante Isabelle dEspagne arrive à Naples le 19 10 1802
débarquer en donnant le bras à « « une toute petite personne, grosse et ronde comme une boule «
« Pour encourager cette enfant, Marie-Caroline de Naples lui adresse la parole.
Isabelle ne répond pas car elle ne parle que lespagnol, mais elle fond en larmes. L’impression produite sur la reine est désastreuse : « « Mon fils a apporté une
épouse de quatorze ans.. un beau, frais, sain visage, mais nullement
Bourbon, mais blanc et rouge, yeux noirs. Elle est très grosse et forte
des jambes très courtes . Elle est nulle en tout, savoir, conception,
idée, curiosité. Rien, entièrement rien. Elle parle un peu d’espagnol,
mais ni litalien , ni le français, mais monosyllabes, oui ou non et
cela pas à propos ..Je ne veux pas lui donner son vrai nom de bâtarde
qui est pourtant indubitable, mais pas de sa faute. « «
.. » Mon fils a une poupée jeune et fraîche, mais naine, entièrement
stupide, nayant aucune connaissance ni idée pas même les plus triviales
curiosités.. et le peu quelle en témoigne n’est pas de bonne augure
pour l’honneur de son époux . Car elle témoigne un très grand penchant
pour la très matérielle galanterie, regardant, souriant, serrant la main
des jeunes gens d’ une manière qui, si elle n’était pas taxée de
stupide, ferait plus parler « « .. « « Elle saute sur tout le monde ,
hommes, femmes, domestiques, elle caresse, polissonne tous mais sans
malice. Elle visite les gros chiens, dit quelle veut les chatouiller,
enfin des choses incroyables, mais le tout bêtement. Le mari ne l’aime
pas du tout. Elle lappelle, lui dit devant tous les gens d’entrer avec
elle faire « « « laffarino « « « « Lui la déjà grondée mais comme elle
ne comprend pas, tout est en vain.
****
Le roi Charles Félix de Sardaigne 1765-1831 avait épousé en 1807 Christine de Bourbon Sicile au grand dam de sa belle mère Marie Caroline d’Autriche épouse du roi Ferdinand.
En effet « elle protesta de donner son consentement pour le mariage
de sa fille avec un homme qui n’avait d’homme que le nom » en effet
» on assure que Charles Félix en se mettant au lit avec sa femme,
lui mettait volupteusement un morceau de sucre dans la bouche ; la
sainte femme se résignait tout en dégustant l’étrange indemnité »
Source : Michele Palmieri di Miccichè (1779-1863) , Moeurs de la
cour et des peuples des Deux Siciles rééd en 1971
NB ……il n’ y eut jamais de postérité de ce mariage
****
Quant au mariage de Ferdinand avec sa cousine Saxonne évoqué dans le message voici un extrait d’une lettre de Prosper Mérimée – écrite fin décembre 1830 – à » Monsieur,Mr H.Beyle, Consul de France » ( il s’agit de l’écrivain Stendhal ) :
» ……………………….Je vais vous écrire une histoire bien salope qu’on m’a racontée
à Madrid. La reine saxonne que Ferdinand a épousée, était , une princesse confite
en dévotion, et si chrétiennement élevée, qu’elle ignorait jusqu’aux choses de ce
mondes les plus simples, et que savent en Espagne les petites filles de 8 ans.
C’est un ancien usage, lorsque le roi épouse une princesse présupposée
vierge, que la princesse du sang mariée la plus proche parente du roi, ait avec la
reine un entretien d’un quart d’heure pour la préparer à la cérémonie. A défaut de
princesse du sang, la Camarera mayor est chargée de cette instruction. Or la
saxonne étant venue, la belle-soeur du roi, femme de l’infant D.Carlos, et soeur
de la feue reine Marie Isabelle, à qui la reine saxonne succédait, déclara tout net
que pour rien au monde elle ne mettrait cette allemande en état de remplacer sa
soeur . D’autre part, la Camarera mayor, vieille putain dévote, prostesta qu’elle
n’avait jamais fait assez attention à ce que son mari lui faisait, pour pouvoir
l’expliquer à d’autres. Il en résultat que la reine fut mise au lit sans aucune
préparation. Entre sa Majesté. Représentez vous un gros homme à l’air de satyre,
très noir, la lèvre inférieure pendante. Suivant la dame de qui je tiens l’histoire, son
membre viril est mince comme un bâton de cire à la base, et gros comme le
poing à l’extrêmité, d’ailleurs long comme une queue de billard. C’est en outre le
plus grossier et effronté paillard de son royaume . A cette horrible vue la reine
pensa s’évanouir et ce fut bien pis quand S.M.C. se mit à la farfouiller sans
ménagement. La reine ne parlait que l’allemand dont S.M. ne savait pas un mot.
La reine s’échappe du lit et court par la chambre avec de grands cris , le roi la
poursuit, mais comme elle était jeune et leste, et que le roi est gros, lourd et
goutteux, le monarque tombait sur le nez, se heurtait contre les meubles. Bref
il trouva ce jeu fort sot et entra dans une colère épouvantable. Il sonne,
demande sa belle-soeur et la camarera mayor, et les traite de P. et de B.
avec une éloquence qui lui est particulière, enfin il leur ordonne de préparer
la reine, leur laissant un quart d’heure pour cette négociation. Puis en chemise
et en pantoufles, il se promène dans une galerie fumant un cigare. Je ne sais ce
que diable disent ces femmes à la pauvre reine, ce qu’il y a de certain c’est qu’elles
lui firent une telle peur que sa digestion en fut troublée. Quand le roi revint et
voulut reprendre la conversation où il l’avait laissée, il ne trouva plus de résistance,
mais à son premier effort pour ouvrir une porte, celle d’à côté s’ouvrit naturellement
et tacha les draps d’une couleur tout autre que celle que l’on attend après une
première nuit de noces. Odeur effroyable, car les reines ne jouissent pas des
mêmes propriétés que la civette. Qu’auriez-vous fait à la place du roi ? Il se
sauva en jurant et fut 8 jours sans toucher sa royale épouse. Si j’avais plus de
papier je vous enverrais la relation de sa première nuit avec la reine portugaise,
mais ce sera pour une autre fois. Adieu, tâchez de vous amuser mieux que nous »
in Prosper Mérimée, Correspondance générale, volume Ier, 1941, pages 85 et 86
***
jul
13 juin 2015 @ 09:27
Je ne sais pas si je dois vous remercier d’avoir pris le temps de recopier ce contenu degueulasse Dominique Charenton.
Les lecteurs apprécieront votre délicatesse et celle de Prosper Mérimée, qui voulait sûrement faire plaisir à des libertins en mal de ragots salaces, ou à des libéraux en mal des légitimistes.
Cosmo
13 juin 2015 @ 17:29
Oh la la, Dominique Charenton ! Votre description de la reine Isabelle ne correspond pas à l’historiographie traditionnelle, qui sans en faire une véritable sainte, ne la présente toutefois pas comme une demie-folle très excitée. Il doit y avoir un juste milieu entre les deux.
Fille de Godoy ? On comprend que la reine Marie-Caroline, si fière de son sang Habsbourg-Lorraine, ait été horrifiée par une telle union. Mais ce ne sont que des suppositions, à moins que l’on ait un texte certifié à propos de la « petite bâtarde épileptique. »
Le texte de Mérimée semble avoir été directement inspiré par le marquis de Sade. Peut-être n’est-ce qu’un pamphlet pour amuser la galerie ou pour discréditer le roi d’Espagne ( ce qui n’était pas difficile, vu le triste personnage qu’il était ).
A-t-on une autre description de la nuit de noces ? Il semble qu’une fois le « péché de chair » accepté par la reine, le couple ait été uni.
Cordialement
Cosmo
Gérard
12 juin 2015 @ 19:25
Je ne vous ai pas encore lu Jul mais bravo pour déjà ces illustrations très peu connues et magnifiques. Merci.
jul
13 juin 2015 @ 09:28
Merci Gérard. Je vous souhaite une bonne lecture :)
Dominique Charenton
13 juin 2015 @ 22:07
Bonjour Cosmo
En l’occurence je cite la reine Marie Caroline qui décrit sa nièce et belle-fille à son arrivée et qui emploie l’expression de « Petite bâtarde épileptique »
La description de l’infante Isabelle n’a rien de surprenant et vaut largement celle de sa soeur l’infante Carlotta par Bombelles : » infante avorton » « petit sapajou » « petit embryon » » il faut la foi, l’espérance et la charité pour consommer ce mariage: la foi pour croire l’infante une femme, l’espérance pour se flatter d’en avoir des enfants et la charité chrétienne pour se résoudre à lui en faire »
Alors l’historiographie traditionnelle….
Marie Caroline aimait ses enfants et c’est pour cela qu’elle à combattu de toutes ses forces certaines unions sachant que ces conjoints proposés allait rendre malheureux ses enfants.
De tous celui qu’elle détestait, méprisait le plus était Ferdinand VII…et elle n’était pas la seule.
Dès leurs naissances l’infante Isabelle et l’infant François de Paul passèrent pour être les enfants de Godoy. Pour les autres enfants on a jamais donné à l’époque d’autres paternités que celle de Charles IV
Les éléments qui font considérer Isabelle et l’infant François de Paul comme enfants de Godoy sont les mêmes que ceux qui par exemple donnent comme mère au comte de Toulouse, à la duchesse d’Orléans etc, la marquise de Montespan.
La paternité de Godoy ne faisait aucun doute pour Marie Caroline qui avait quand même quelques éléments d’informations….
Le problème des paternités dans les maisons souveraines existe depuis toujours . Il est admis depuis bien longtemps par exemple que Gustave IV n’est pas le fils de Gustave III, mais celui de l’amant du roi… que Louise Augusta de Danemark n’est pas la fille de Christian VII, mais celle de Struensee, ce qu’adorait raconter Bismarck lorsqu’il voulait se moquer de « son petit Kaiser » dont l’épouse était l’arrière petite fille de Louise Augusta de Danemark… qu’ Alexandre de Hesse ( père des Battenberg) et sa soeur Marie, épouse du tsar Alexandre II n’étaient pas les enfants du grand duc de Hesse mais d’Auguste Senarclens de Grancey…
Par ailleurs ici même un légitimiste a écrit aussi sur la paternité des enfants d’Isabelle II .
Mérimée était un homme d’une grande culture, polyglotte, il a fait beaucoup pour sauver le patrimoine français. Il avait des correspondants dans plusieurs pays . Il connaissait bien l’Espagne entre autres ou il avait lié une grande amitié avec la comtesse de Montijo dès 1830, alors que les filles de la comtesse n’avaient que 5 et 4 ans . Il sera très attaché à ces deux enfants comme on peut le remarquer dans certaines lettres, par exemple une où il évoque la difficulté à trouver les poupées qu’il voulait envoyer aux petites. Il s’avère que la cadette allait devenir la dernière souveraine française. Malgrè la profonde affection mutuelle qui les liait cela n’empêcha pas Mérimée de dire sur Napoléon III et Eugénie : » L’empereur est le résultat d’une élection, et l’impératrice celui d’une érection ! » car Mérimée avait sur le sexe un regard sain, naturel et sans complexe, et que faire « bingerle » comme l’écrivait Alexandre II à Katia Dolgorouki, fait parti de la vie normale. C’est pourquoi dans beaucoup de ses lettres il en parle , même parfois donnant des conseils « techniques » comme par exemple à un de ses amis ayant des difficultés avec son amant…Il avait un faible pour les dames callipygiennes. Au milieu de lettres sur la littérature, les traductions, les monuments, l’art en général, Il glisse toujours des histoires de « cage au bengali » comme nommait Balzac le sexe féminin, il parle beaucoup des aventures des uns et des autres par exemple celle de Gurowski amant-gigolo d’Astolphe de Custine et futur époux d’une infante fille de ce François de Paul évoqué plus haut, des amants de la reine Isabelle II qu’il excuse toujours etc… .
Les faits qu’il évoque sont ceux d’un homme bien informé par tout un réseau de correspondants sérieux . Par ailleurs il s’agit de correspondances privées non destinées à la publication.
Bien cordialement.
Dominique Charenton
Cosmo
14 juin 2015 @ 07:13
Merci beaucoup, Dominique, pour ces précisions !
En ce qui concerne la paternité de Godoy, je l’ai moi-même entendu de la bouche d’un prince de la Maison de Bourbon. Mais il est vrai que le témoignage de Marie-Caroline est d’importance. Et les deux amants ne se cachaient pas vraiment.
Il est vrai aussi que cette filiation illégitime poserait problème en France si d’aventure il venait aux Français l’idée de revenir à la monarchie et de choisir la branche espagnole. C’est pour cela que les légitimistes du site pousse des hauts cris si on y fait allusion.
Somme toute, ces filiations illégitimes font partie de la vie.
Je connaissais les grands mérites de Mérimée, tant sur le plan littéraire que sur le plan artistique. Son inventaire est remarquable. J’ignorais sa liberté d’esprit quant au sexe. Je le croyais prisonnier de la pruderie bourgeoise de son siècle…Mais il est vrai que l’impératrice Eugénie était plus tolérante qu’on ne le suppose habituellement.
Encore merci
Cordialement
Cosmo
Vincent
14 juin 2015 @ 17:01
La Reine Marie-Christine de Bourbon-Parme a avoué à son confesseur, Juan de Almaraz qu’aucun de ses enfants n’était de Charles IV.
http://historiasdelahistoria.com/2015/02/09/los-reales-hijos-bastardos-de-los-borbones
Vincent
14 juin 2015 @ 17:02
Pardon je voulais dire Marie-Louise et non Marie-Christine.
clement
14 juin 2015 @ 15:14
effectivement Charles,la ressemblance avec François d’Orléans est encore plus visible !
kalistéa
16 juin 2015 @ 05:36
C’est vrai ce que vous dites Charles et Clément.La ressemblance visible chez Jacques d’orléans est encore plus grande chez le prince François d’Evreux.
Amelie
23 janvier 2018 @ 17:37
Le comte de Chambord a failli épousé sa demi-tante, portant le même prénom que sa mère ! L’extinction de la branche aînée aurait sûrement eu quand même lieu car le mariage de Caroline resta stérile (à moins que ce soit dû au mari). Et dire que l’Église a interdit pendant longtemps les mariages entre cousins du 4e degré