
À sa naissance en 1941, le prince William, fils des défunts duc et de la duchesse de Gloucester, était quatrième dans l’ordre de succession.

Le prince William de Gloucester (ici à l’arrière plan de la reine mère, la princesse Margaret et de lord Snowdon) fait ses études à Eton, et il est ensuite sorti diplômé en Histoire de l’Université de Cambridge et en Sciences politiques à Stanford en Californie.
Il a ensuite d’abord travaillé pour une banque d’affaires Lazards, avant de travailler dans le service diplomatique en 1965.
Dans une rare interview télévisée, le prince William a évoqué les raisons pour lesquelles il avait choisi de travailler pour le Foreign Office, plutôt que d’emprunter la voie royale traditionnelle d’une carrière militaire : « J’étais peut-être deux personnes différentes. Dans un sens, le prince William, un membre de la famille, et traité de cette manière. Et d’autre part, en tant que particulier qui avait ses propres pensées et ambitions. Et, parfois, je me comportais complètement différemment »
En septembre 1968, le prince prend son nouveau poste à l’ambassade britannique au Japon. C’est donc sa carrière qui l’a conduit à Zsuzsi, la femme qu’il aimait.
Zsuzsi Starkloff (prononcé «Juji») est née à Budapest en Hongrie. À l’âge de 20 ans, elle a fui le régime communiste qui avait envahi son pays natal et s’est rendue en Amérique où elle a rapidement obtenu la citoyenneté américaine.
Initialement gagnant sa vie comme mannequin à New York, elle est devenue plus tard hôtesse de l’air, voyageant partout dans le monde pour la désormais disparue Overseas National Airways. A cette époque, déjà divorcée, elle rencontre et épouse un pilote, Ed Starkloff.
Mais le mariage avec Starkloff n’a pas duré et Zsuzsi a choisi de s’installer à Tokyo, apprenant le japonais et enseignant l’anglais.
Zsuzsi Starkloff a évoqué sa romance avec le prince William dans un documentaire de Channel 4 en 2015.
« Une Japonaise et moi-même étions le nouveau visage de Revlon au Japon. J’étais très occupée, ma fille Andréa était avec moi, elle était adolescente. Un ami donnait un bal masqué et j’ai dit que ce serait amusant d’inviter le prince … J’ai écrit un mot à l’ambassade qui disait: « Cher prince charmant, une fête n’est pas une fête sans vous. En plus de ça, il me manque une pantoufle, signé Cendrillon ».
«J’étais habillée en princesse indienne et William habillé en ranger solitaire avec une cape noire et un masque. C’était vraiment amusant. Il était très beau et grand.
Il m’a dit «Puis-je emprunter Cendrillon pour une danse ? » Et nous avons dansé, et c’est là que notre relation a vraiment commencé.
Leur amour s’est épanoui rapidement et, selon Zsuzsi, trois mois après le début de la relation, William a déclaré: « Je n’ai jamais pensé que l’amour çà pouvait être aussi beau. »
Le couple a loué une maison près de l’océan, un nid d’amour secret, où le prince William aimait cuisiner pour Zsuzsi, préparant son petit-déjeuner tous les matins.

Elle ne savait presque rien de la famille royale …et presque rien de la Grande-Bretagne. Elle ne réalisait peut-être pas ce que tout cela signifiait, cette relation. Pour elle, William n’était qu’un homme célibataire séduisant.
William a écrit à ses parents, le duc et la duchesse de Gloucester, leur demandant ce qu’ils ressentiraient s’il proposait le mariage. «Ils étaient contre», dit Zsuzsi. «Totalement contre. Ce n’était pas une surprise… j’étais plus âgée que William, divorcée et d’une religion différente [elle était juive]. Je savais que c’était voué à l’échec... »
William, cependant, a refusé de s’avouer vaincu. Il était devenu obsédé et, comme le faisait remarquer son vieil ami d’école Giles St Aubyn, « La relation éclipsait tout le reste. Cela a entraîné une période de grande angoisse pour lui, impliquant des désaccords avec ses amis et sa famille. »
Quelles qualités ont attiré le prince vers cette femme plus âgée que lui de cinq ans ? St Aubyn a déclaré: « Elle était pleine d’esprit, intelligente et attirante. William étincelait en sa compagnie. »
Un ami proche de l’époque, l’homme d’affaires japonais Shigeo Kitano, a déclaré : « Le prince William était évidemment profondément amoureux d’elle. Elle était très belle avec de grands yeux bruns et de longs cheveux châtains. Quand elle souriait, elle avait une grosse fossette. Elle conversait dans un japonais impeccable et était clairement une femme très intelligente. »
Mais pas le CV approprié pour une épouse royale, pensaient les membres de la famille royale. Même trente ans après, le traumatisme de l’abdication du roi Edward VIII était encore frais dans les esprits. Dans ce climat, la reine a été consternée à la perspective d’une nouvelle « affaire Simpson » et s’est mise à tout mettre en oeuvre pour que cela ne se produise pas.
La reine, la princesse Margaret et le secrétaire privé de la reine, Sir Alan «Tommy» Lascelles, ont tous conspiré pour détourner le prince de sa dulcinée.
Alors que l’affaire n’en était qu’à ses débuts, la princesse Margaret fut envoyée avec son mari lord Snowdon, au Japon. En apparence , »visite d’État, » le voyage masquait une tâche plus importante – régler la question de la » petite amie du prince William « .
À Tokyo, les deux femmes ont été présentées et, comme Zsuzsi l’a dit plus tard : « Elle s’est montrée amicale. Elle a dit à William: «Je ne suis pas surprise que vous soyez amoureux d’elle» et nous avons tous dîné ensemble.«
Mais quelques jours plus tard, la princesse Margaret avait écrit à son cousin pour l’avertir. « J’ai été ravie d’avoir l’occasion d’échanger un petit mot avec vous », a-t-elle déclaré. « Je pense qu’il serait sage d’attendre un peu, puis de rentrer à la maison et de voir ... »

À l’insu du prince, Margaret avait également eu un mot avec son patron, l’ambassadeur britannique Sir John Pilcher, lui faisant part de ses préoccupations et de celles de la reine. Margaret a encouragé le prince à se confier à Pilcher dans les moindres détails de sa liaison avec Zsuzsi – information que Pilcher a ensuite transmise directement à Londres.
Dans un rapport privé rédigé il noté : « J’ai entendu parler d’une présence féminine délectable fréquente dans la maison du prince William. Nous avons pensé qu’il était sage de sa part d’être attaché à une personne aussi attirante et adulte. »
Ce qui signifiait en langage diplomatique » nous permettrons au prince d’assouvir cette passion et de la voir s’éteindre pendant qu’il est ici au Japon, ne vous inquiétez pas, nous réglerons le problème.… »
Pilcher a rencontré William de Gloucester pour lui donner un avertissement et, comme il le note dans son rapport : « Il était très gentil et a pris en compte remarquablement bien les observations que je me sentais obligé de faire. Je devais souligner les aspects constitutionnels du mariage avec un étranger. Il a entrepris de faire une pause et de réfléchir. Peut-être qu’il l’a fait, et peut-être qu’il ne l’a pas fait… »
« Nous étions amoureux, passionnément amoureux », se souvient Zsuzsi. « William n’allait pas être bousculé par un diplomate …. Il voulait s’échapper, s’éloigner de la camisole de force que son métier était devenu. »
Et il y avait une autre raison pour lui de songer à s’évader. …Le prince avait récemment reçu un diagnostic de porphyrie – la « maladie royale » qui a frappé le roi George III, conduisant à sa soi-disant folie. Juste avant de partir pour le Japon, William avait rendu visite au spécialiste londonien, le Dr Henry Bellringer, se plaignant de fièvre et de nausées et de cloques apparaissant sur ses mains, sa poitrine et son visage. Bellringer a diagnostiqué que William souffrait de » porphyrie variegate », héritée du pool génétique hanovrien. Il était le seul royal de sa génération à contracter la maladie.
A Tokyo, Zsuzsi a emmené son amant rendre visite à un hématologue, le professeur Ishihara, qui a confirmé le diagnostic alarmant.
Cela signifiait un avenir sombre et incertain pour William, qui était un homme fort, un athlète et un bon joueur de polo. Quand on connaît les détails des dernières années de la vie de George III, indépendamment de la « folie » dont il s’est temporairement remis, cela revenait à envisager la possibilité, même lointaine, que sa vie se termine dans une misère et une agonie similaires.

À ce moment-là, Zsuzsi est devenue non seulement l’amante de William, mais aussi sa protectrice. Selon elle, à cette époque, le prince a reçu une lettre de la reine lui disant de calmer les choses. « Cela lui disait de ne pas se précipiter dans quoi que ce soit ‘, se souvient-elle.
Les amoureux sont alors partis en voyage en Amérique.
En gage de son amour, il lui a donné sa chevalière en or, gravée du blason royal, et elle l’a accrochée à une chaîne autour de son cou, chargeant un bijoutier de faire une réplique, qu’il portait constamment.
Zsuzsi se souvient: « Nous avons fait beaucoup de choses merveilleuses ensemble pendant ces semaines, et la plupart du temps il n’a pas été reconnu. Il appréciait l’anonymat – c’était merveilleux pour lui de ne pas être dérangé par les gens. Ils ont conçu un plan de vie alternatif: vivre en Californie, piloter des avions et …être simplement eux-mêmes.«
Mais le Palais, maintenant effrayé à l’idée de perdre complètement William, passa à l’offensive. Il reçut un câble de la reine, lui demandant de la représenter aux célébrations de l’indépendance de l’archipel des Tonga dans le Pacifique Sud. …
En 1970, son père le prince Henry, duc de Gloucester est victime d’un AVC. Le prince William est donc contraint de rentrer en Angleterre pour s’occuper de la propriété familiale dans le Northamptonshire. Zsuzsi est du voyage.
Il convient de se situer dans le contexte de l’époque : le prince est destiné à succéder à son père en tant que duc de Gloucester et assurer des obligations officielles. il n’est certainement pas considéré comme un prince « mineur » au sein du clan.
Son frère le prince Richard (actuel duc de Gloucester) en raison de sa qualité de cadet est autorisé à épousé une jeune femme roturière danoise Birgitte van Deurs. La noce a lieu le 8 juillet 1972.
Zsuzsi raconte que le prince avait écrit à la reine pour lui demander la permission de l’épouser. « Elizabeth lui a dit qu’il devait suivre son cœur mais le prince Philip y était farouchement opposé. »
« William était extrêmement loyal envers sa famille, il avait des obligations et je savais qu’il luttait mais je connaissais ses sentiments pour moi et j’avais confiance en l’avenir. Je n’ai jamais mis de pression sur lui. »
« Son père était très malade et en fauteuil roulant. Mais j’ai eu un merveilleux accueil de la duchesse. Elle était chaleureuse et amicale, assise avec ses fleurs et ses travaux d’aiguille, et nous avons bavardé. Mais elle était très réservée et il était difficile de savoir à quoi elle pensait vraiment. »
Un mois plus tard, cependant, le prince a mis l’affaire en suspens. « Il n’y a jamais eu d’adieu formel. Il avait besoin de travailler sur tout ce dont il avait besoin, mais je pensais qu’à un moment donné, nous serions de retour ensemble. »
Elle a pris l’avion pour New York, le couple a continué à s’écrire et se téléphoner. A l’été 1972, le prince William l’invite en Angleterre pour le rejoindre pour une compétition aérienne. « Je ne pouvais pas parce que j’avais d’autres projets. Mais nous avons parlé de sa venue prochaine à New York pour pouvoir à nouveau discuter sérieusement. »
Leur éventuel destin futur commun se scelle le 28 août 1972. Le prince se tue aux aux commandes de son avion lors d’une compétition près de Wolverhampton.
Zsuzsi a appris la nouvelle du drame d’un journaliste qui lui a téléphoné chez elle à New York. « J‘étais dévastée. Ma première pensée a été pour sa mère, qui était dans le public – comme c’est terrible de voir mourir votre fils. »

Elle ne fut pas conviée aux funérailles du prince.
Son hommage a été de vivre sa vie comme le prince l’aurait souhaité. La jeune femme devint pilote puis instructrice de vol.
Les choses ont bien changé à la Cour d’Angleterre. Six ans plus tard, le cousin du prince William, le prince Michael de Kent épousait la baronne Marie Christine von Reibnitz, catholique et divorcée tandis que la princesse Margaret ouvrit la valse des divorces chez les Windsor.
Dans l’entretien télévisé accordé en 2005, Zsuzsi refuse de s’apitoyer sur ce qui aurait pu être. « Si William était né à une époque différente, il aurait été libre de poursuivre son cœur. Mais nous nous sommes donné de beaux souvenirs, et peu de gens peuvent en dire autant… »
Elle a ensuite vécu au Colorado, ne s’est jamais remariée (elle avait un compagnon) et a toujours gardé la chevalière du prince. « Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à William. Pas un jour ».
Zsuzsi est décédée des suites d’un cancer en mai 2020 à l’âge de 83 ans. (Merci à Caroline VM)
Clementine
19 mars 2021 @ 07:48
Merci à Harry et Meghan d être parti de cette famille.
Famille où l hypocrisie règne en permanence
Guy Coquille
19 mars 2021 @ 16:50
Je suis atterré de voir cette réaction presque unanime des commentateurs de N&R. A croire qu’ils sont constitués très majoritairement de gens qui ne voient dans la royauté qu’une pépinière de vedettes de cinéma! Quand on est successible à un trône, on ne s’appartient pas. Ou alors on renonce à tous ses droits. Nous avons ne nombreux cas de ce type dans toutes les familles souveraines. Le bonheur des princes passe après leur devoir. Mais on ne peut pas tout avoir.
Mireille
19 mars 2021 @ 18:48
La famille royale britannique est soumise à des intérêts nationaux supérieurs qui la dépassent. L’impossibilité pour Margaret d’épouser Peter Townsend tenait au fait que l’Eglise d’Angleterre, dont Elizabeth était le chef, ne reconnaissait pas le mariage avec un divorcé. Le Premier ministre Winston Churchill a fait valoir que, si Elizabeth disparaissait, entraînant l’accession au trône de Margaret, les enfants de celle-ci, considérés comme illégitimes, ne pourraient pas lui succéder, créant ainsi une crise dynastique pour le pays. En réalité, Margaret a été autorisée à épouser Townsend, mais à condition de renoncer à son titre de Princesse royale et à ses droits à la Couronne, ce qu’elle a refusé de faire. Elle a fait passer son rang avant son histoire d’amour, qui commençait peut-être aussi à pâlir.
Gérard
20 mars 2021 @ 18:37
Finalement Peter a été heureux en Belgique avec sa femme, sa deuxième femme. Malheureusement l’âge ne l’a pas épargné. Sa descendance a eu de belles alliances.
Robespierre
21 mars 2021 @ 12:35
Ils n’ont pas eu beaucoup d’argent, mais ils ont été heureux et aucun divorce malgré la grande différence d’âge des deux époux. Avez-vous lu le livre autobiographie que Peter ? Un journaliste américain lui a demandé pourquoi il n’écrivait pas un livre sur Georges VI son ancien patron et dire ce qu’il pensait. Townsend a repondu « Moi, répéter les confidences du Roi ? Jamais, cela ne sa fait pas ». Il vivait de sa plume et aurait pu faire un livre là-dessus mais a préféré la discrétion. C’était un vrai gentleman.
Michelle M
21 mars 2021 @ 03:06
Quelqu’un peut-il m’informer si la maladie de porphyrie doit encore etre verifiee dans la famille royale et ses descendants ?