
À première vue, la question semble presque incongrue. Charles Spencer, 9e comte Spencer, est l’héritier de l’une des plus illustres familles de l’aristocratie britannique.
À la mort de son père, en 1992, il hérita d’Althorp, berceau des Spencer depuis plus de cinq siècles. Un patrimoine exceptionnel qui fait incontestablement de lui un homme très riche. Mais riche de combien ? C’est beaucoup plus difficile à déterminer.
Althorp constitue l’essentiel visible de cette fortune. Le domaine du Northamptonshire s’étend sur plus de 5 000 hectares. Autour de l’immense demeure familiale se trouvent terres agricoles, bois, fermes et propriétés diverses. À cela s’ajoutent le mobilier, les objets historiques et une remarquable collection de tableaux constituée par des générations de Spencer.
Sur le papier, le patrimoine est colossal. Mais Althorp coûte également une petite fortune. Lorsque Charles Spencer en hérite, le domaine est loin d’être une machine à fabriquer de l’argent. Au fil des années, il lui faut entreprendre d’importants travaux de restauration. La seule réfection de la toiture aurait représenté plusieurs millions de livres. Chauffage, plomberie, façades, jardins : entretenir un tel monument relève davantage de la gestion d’une entreprise que de la paisible vie de châtelain.
Charles Spencer a donc dû faire travailler son héritage. Althorp ouvre ses portes au public pendant une partie de l’été, avec billetterie, boutique et restauration. Les terres sont exploitées et différentes sociétés gèrent les activités agricoles, immobilières et commerciales du domaine.
Les documents officiels révèlent d’ailleurs une organisation plus complexe que l’image du richissime aristocrate propriétaire de tout ce qu’il contemple.
Charles Spencer est administrateur de plusieurs sociétés liées à Althorp. Surtout, une part importante des intérêts de Spencer Enterprises est contrôlée par un trust familial, le « 8th Earl Spencer’s Family Settlement ». Une nuance essentielle : patrimoine familial et fortune personnelle ne sont pas nécessairement synonymes.
Et toutes les sociétés liées au domaine ne présentent pas une santé financière spectaculaire. Althorp Farms Ltd a ainsi affiché des capitaux propres négatifs dans ses derniers comptes disponibles et a même fait récemment l’objet d’une procédure administrative de radiation après un retard dans le dépôt de ses comptes.
Cela ne permet évidemment pas d’en déduire que Charles Spencer connaît personnellement des difficultés financières. Mais cela rappelle qu’un grand domaine aristocratique peut posséder une valeur considérable tout en générant des charges tout aussi considérables.
Charles Spencer a d’ailleurs déjà dû se séparer de certains trésors familiaux. En 2010, on s’en souvient, une importante vente aux enchères d’œuvres d’art, de meubles et d’objets avait rapporté quelque 21 millions de livres. Une partie de cette somme devait contribuer à assurer l’avenir et la restauration du domaine.
Alors, combien vaut réellement Charles Spencer ? Les chiffres de « fortune personnelle » qui circulent doivent être considérés avec beaucoup de prudence. Il n’existe pas de bilan public permettant d’affirmer sérieusement qu’il possède personnellement 50, 100 ou 150 millions de livres disponibles.
Sa véritable richesse est ailleurs : dans la terre, les bâtiments, les collections et un patrimoine familial exceptionnel dont il est autant le dépositaire que le bénéficiaire.
À cela s’ajoutent naturellement ses propres revenus. Charles Spencer est un auteur à succès, historien, conférencier et personnalité médiatique. Et la publication d’un nouveau livre consacré à Diana relance les spéculations.
Le paradoxe Spencer tient finalement en quelques mots : il est incontestablement très riche, mais probablement beaucoup plus riche en hectares, en pierres et en tableaux qu’en millions disponibles sur son compte en banque.
Althorp est son extraordinaire héritage. Mais c’est aussi une entreprise à faire vivre, un monument à entretenir et un patrimoine à transmettre à son fils Louis, vicomte Althorp, appelé un jour à devenir le 10e comte Spencer.
Chez les Spencer, depuis cinq siècles, la fortune n’appartient jamais tout à fait à celui qui la possède. Elle appartient aussi à la génération suivante. (Merci à Bertrand Meyer)
Régine ⋅ Actualité 2018, Actualité 2026, Angleterre 1 Comment
ISA
21 septembre 2026 @ 08:35
On comprend encore mieux la nécessité d’un livre-torchon pour renflouer les caisses !