
Au début du XVIIIeme siècle, James Johnston (1643-1773), homme politique écossais, a acheté une vielle maison située à Twickenham au bord de la Tamise. Il a démoli le bâtiment qui était une ancienne ferme de la Couronne et a construit Orleans House entre 1702 et 1737. La demeure, dessinée par John James se compose de trois parties principales : un premier bâtiment carré en briques sombres s’élevant jusqu’au deuxième étage, relié à une tour hexagonale en briques, par une longue galerie de plain-pied. Des communs prolongent l’édifice après la tour appelée l’octogone en raison de sa forme.
Johnston passionné de jardinage, a fait dessiner un parc, un jardin d’agrément et un jardin potager. Après le décès de Johnston, la demeure devient la propriété de George Morton Pitt, député de Pontrefract puis de l’amiral Georg Pocock. En 1800, Louis-Philippe, duc d’Orléans, Antoine, duc de Montpensier et Louis-Charles, comte de Beaujolais s’installent dans cette demeure. Les trois frères y vivront en exil jusqu’à la mort du duc de Montpensier en 1807 . Louis-Philippe et le comte de Beaujolais quittent à cette époque l’Angleterre pour s’installer à Malte.

En 1814, Louis-Philippe et sa jeune épouse Marie Amélie sont contraints de quitter la France en raison du retour de Napoléon durant les Cent jours. Ils viennent alors s’installer à Orléans House. Les ducs d’Orléans restent locataires de cette demeure jusqu’en 1817. En octobre 1844, Louis-Philippe désormais roi des Français a rendu visite à la reine Victoria à Windsor pour célébrer l’Entente Cordiale. La jeune reine Victoria a eu la délicate attention d’amener son hôte à Twickenham afin qu’il retrouve ses souvenirs. Victoria aurait même fait admirer à Louis-Philippe un laurier qu’il aurait planté 40 ans auparavant.
C’est précisément cette scène que le peintre Ouvrie a reproduit sur le tableau ci-dessus, acheté aux enchères en 2010 par le musée Louis-Philippe du château d’Eu. Après la chute de Louis-Philippe en 1848, les princes d’Orléans s’installent en exil en Angleterre. Le prince Henri, duc d’Aumale, 4ème fils de Louis-Philippe, recherche une demeure en Angleterre et par un curieux hasard Orléans House est à vendre. Le duc d’Aumale achète l’ancienne demeure de son père à Lord Kilmorey pour la somme de 700.000 francs.

Le duc d’Aumale s’y installe en 1852 ainsi que son épouse Marie-Caroline et sa belle-mère la princesse de Salerne veuve depuis peu. Le duc d’Aumale a fait construire une pièce supplémentaire pour abriter sa collection delivres rares. Le prince est heureux de vivre au milieu de ses souvenirs d’Algérie, d’Eu et de Chantilly réunis à Orléans House. Le duc d’Aumale organise de grandes réceptions et la reine Victoria est une familière des lieux.

La duchesse d’Aumale est décédée le 6 décembre 1869 à Orléans House. Le duc d’Aumale a quitté la demeure en 1871 et part s’installer en France. En 1877, la maison est vendue à John Digdale Astley pour 45.000 livres et sera transformée en un luxueux club de sport. Très vite, la demeure est revendue à la famille Cunard puis à une congrégation religieuse « Les Dames de la Compassion ». En 1926, Orléans House est vendue à des marchands de gravier et de sable.

Orléans House est alors démolie à l’exception de l’Octogone. Cette ravissante tour est sauvée grâce à Madame Walter Levy, fille du vicomte Bearsted qui racheta ce qui restait de la demeure du duc d’Aumale. Cette mécène restaura l’Octogone et en fit don à la ville de Twickenham. Depuis 1972, la ville a fait de l’Octogone l’Orléans House Gallery, un lieu d’exposition ouvert au public.

Le prince Jean, duc de Vendôme a fait un pèlerinage à Orléans House sur les traces de Louis-Philippe et du duc d’Aumale en 2010. Il a fait le trajet symbolique Chantilly-Twickenham à vélo avec un groupe de neuf amateurs. (Merci à Charles – Copyright photo : site du musée Louis-Philippe, Royals et DR)
jul
9 mars 2011 @ 07:32
Ah ah Mdr Charles :D
A mes yeux, le Duc d’Aumale est le plus sympathique de la famille. C’était une demeure digne de lui. Merci Charles de nous la montrer Charles.
Décidement le reportage de Néoclassique sur Frohsdorf fait des émules.
JAusten
9 mars 2011 @ 07:50
Merci Charles pour ce très intéressant reportage.
le duc et la duchesse d’Aumale étaient très charmants et je remarque que le présent « duc de Chartres » Charles-Louis ressemble beaucoup au duc d’Aumale.
Damien B.
9 mars 2011 @ 07:57
Merci Charles de ce reportage très instructif.
Permettez-moi d’ajouter que si l’ensemble de la propriété est en effet due à l’architecte John James, le pavillon octogonal – quelque peu caché par le groupe de cyclistes – est l’oeuvre de l’ Ecossais John Gibbs qui intégrait avec aisance les éléments palladiens et baroques pour un résultat architectural très abouti.
Bien à vous,
Damien
Charles
9 mars 2011 @ 08:59
Damien,
Merci pour votre complément d’informations.
pierre-yves
9 mars 2011 @ 09:30
En quelque sorte, la réponse du berger Orléans à la bergère Bourbon !
Claude-Patricia
9 mars 2011 @ 09:30
Bonjour à tous
Merci à vous Charles, c’est bien un des endroit que j’ai retrouvé mentionné sur une carte appartenant à ma famille. Avec celle prise à la Cour du Roi Léopold I de Belgique cela me fait un joli puzzle à reconstituer sur les endroits fréquentés par mon possible ancêtre.
La Famille Impériale du Brésil a beaucoup d’alliance avec les Orléans, c’est ce qui m’a aidé dans mes recherches.
Claude-Patricia
9 mars 2011 @ 09:32
Je voulais dire alliance avec les Saxe-Cobourg-Gotha.
Dans mon élan je me suis trompée de patronyme.
neoclassique
9 mars 2011 @ 09:47
Je suis heureux de voir comme le dit fort à propos Jul que j’ai fait des émules avec mes articles historiques et de pouvoir ainsi constater que Charles vaut mieux que la plate et répétitive hagiographie de chacun des anniversaires de naissance et décès des Orléans dans laquelle il me semblait enfermé. Cette émulation est enrichissante pour le site et pour chacun de ses lecteurs
Votre évocation est intéressante mais me laisse sur ma fin sur plusieurs points :
• Où ont résidé les Orléans à Malte et pourquoi sont-ils allé s’installer là-bas ?
. Pourquoi ne rentrent-ils pas d’exil sitôt la fin des 100 jours mais seulement en 1816?
• Comment le duc d’Aumale a-t il pu récupérer des souvenirs d’Eu et Chantilly qu’il y installe entre 1852 et 1871?
• Que sont devenues ces collections ensuite ?
Et en périphérie de cet article:
• Qu’est devenue la collection de tableaux des Orléans au Palais-Royal ?
. De quand datent les ventes que les Orléans ont organisé en Angleterre notamment après la mort de Louis-Philippe?
Enfin, permettez moi un conseil de rédacteur d’articles: classez vos illustrations dans l’ordre de la lecture de l’article et indiquer un renvoi pour chacune d’elles dans le corps du texte
je serai heureux d’avoir un historique complet du château d’Eu sous Louis-Philippe ou de connaitre l’histoire du Nouvion ou bien d’Arc-en-Barrois ( avec photos de l’époque ce serait encore mieux)
Yannick VANACKER
2 mai 2022 @ 21:47
Bonjour,
J’ai eu le plaisir d’écrire un premier ouvrage sur l’histoire du château du Nouvion, construit durant l’exil de la famille en Angleterre. Un second tome est en préparation qui évoquera plus particulièrement le duc d’aumale et son domaine de Guise, dont Le Nouvion est le cœur.
Anne-Cécile
9 mars 2011 @ 09:47
Ah Jul vous avez raison le duc d’Aumale et sa femme étaient de loin les plus charmants de la Famille.
Charles
9 mars 2011 @ 09:49
Précisions sur les illustrations de la demeure :
1 – Huile sur toile représentant Orléans House de Justin Ouvrié et Eugéne Le Poittevin. Ce tableau représente la visite de la reine Victoria et du roi Louis-Philippe le 10 octobre 1844. Cette oeuvre date de 1846 et a été vendue aux enchéres par la dernière duchesse de Nemours le 10 mars 1971, après le déces du prince Charles-Philippe, duc de Nemours son époux. Ce tableau a été acheté par une amie de la duchesse de Nemours lors de cette vente. Il a été revendu chez Christie’s le 23 juin 2010. Il a été acheté par le musée Louis-Philippe du chateau d’Eu. Ce tableau retrouve son cadre d’origine.
2 – Photographie d’Orléans House datant de l’époque du duc d’Aumale, vers 1860. On note à l’extrême droite la piéce supplémentaire construite par le duc d’Aumale pour abriter ses collections de livres rares.
3 – Aquarelle de Justin Ouvrié représentant Orléans House, vue de la Tamise, datée de 1838.
Cette oeuvre a été vendue le 6 mars 2011 à l’hôtel des Ventes de Saint Germain en Laye.
Cette oeuvre est rentrée dans le patrimoine d’un descendant de Louis-Philippe depuis dimanche dernier.
4 – Photographie datant de 2010 reptésentant l’Octogone.
C’est hélas le seul témoin de cette demeure. Le duc de Vendôme est à la droite du maire.
Brigitte et Christian
9 mars 2011 @ 09:58
bonjour à tous
merci Charles pour vos beaux reportages si bien documentés.
Nous avons notés que vous avez fait des émules avec Néoclasique et son Frohsdorf. Nous ne nous en plaignons pas car ainsi , grâce à vous et vos émules, nous augmentons nos connaissances historiques et plus nous avançons en age, plus nous nous apercevons de notre ignorance.
merci aussi à Régine
amitiés du sud ouest en ce mercredi des cendres sous le soleil
Catherine 1315
9 mars 2011 @ 10:19
La vie du Duc d’Aumale est passionnante. Le sort ne l’a pas épargné puisqu’à 50 ans il s’est retrouvé veuf et tous ses enfants sont décédés, je crois et il a réhabilité le Chateau de Chantilly.
Etienne
9 mars 2011 @ 10:23
Merci et félicitations à Charles pour cet article complet consacré à une demeure liées aux princes d’Orléans.
Je suis tout de même très triste d’apprendre que « Orléans House » ait été détruit. Heureusement qu’une amoureuse du patrimoine ait sauvé la tour l’octogone.
Je suis aussi très heureux d’apprendre que le prince Jean de France se soucie du patrimoine historique de sa famille.
Actarus
9 mars 2011 @ 10:38
À chacun son château en exil. ;-)
L’équilibre est ainsi respecté. :)
J’attends avec impatience un reportage sur les résidences de Louis XVIII en exil : le Palais Jelgava en Courlande, et Hartwell House en Angleterre. ;-)
Sans oublier Holyrood House en Écosse et le château de Prague pour Charles X. Espérance… ;-)
Michael
9 mars 2011 @ 10:53
Merci Charles pour ce reportage et surtout d’avoir rappeler le voyage sportif de Prince Jean.
corentine
9 mars 2011 @ 10:58
merci beaucoup Charles
très interressant
Actarus
9 mars 2011 @ 11:27
C’est marrant, je ne peux m’empêcher de faire un lien entre l’Octogone et le Pavillon Montpensier du château d’Eu…
Sophie
9 mars 2011 @ 11:34
La demeure ne manquait pas de charme. Merci Charles pour ce reportage.
Colette C.
9 mars 2011 @ 11:37
Merci, Charles. Superbe demeure typiquement britannique. Je savais que Louis-Philippe avait séjourné en Angletterre pendant son exil, mais je ne savais pas où.
Oui, Jul, le duc d’Aumale était très sympathique, je vous conseiile de lire ses mémoires!
Charles
9 mars 2011 @ 11:47
JAusten,
Le prince Aimone de Savoie, fils de la princesse Claude de France ressemble aussi beaucoup à son arrière-grand-oncle, le duc d’Aumale.
neoclassique
9 mars 2011 @ 12:29
Actarus 14
oui, c’est vrai c’est tout de même marrant, c’est un peu comme la réponse du berger à la bergère….
Enfin je suis content d’avoir fait des émules et pouvoir ainsi enrichir le débat et les connaissances entres légitimistes et orléanistes.
S’agissant d’Hartwell et d’Holyrood, j’y songe, bien sûr, j’ai de la documentation mais pas assez pour faire un article comme je les aime, c’est àdire complet, fouillé et largement illustré. je n’aime pas les articles superficiels. Et j’ai déjà d’autres projets en tête à lire bientôt dans ces colonnes.
Charles
9 mars 2011 @ 12:33
Néoclassique,
Comme vous le savez, c’est Régine Salens qui détermine l’emplacement des illustrations. J’ai aussi donné des informations sur les illustrations de la demeure dans mon commentaire 10. J’espère que vous aurez les informarions manquantes.
J’ai effectué des recherches sur cette demeure pour enrichir les articles que j’ai débuté sur Noblesse et Royautés, il y a déjà deux ans. Donc je ne pense pas être votre émule. Par un curieux hasard, j’ai appris la semaine dernière qu’une aquarelle de cette demeure passait en ventes publiques dimanche dernier à Saint Germain en Laye. C’est d’ailleurs un descendant de Louis-Philippe qui l’a achetée. Comme quoi cette famille est loin d’être ruinée comme certaines mauvaises langues aiment prétendre!
N’étant pas historien et étant en actuvité, je posséde peu de temps pour faire des recherches, je ne pourrais pas répondre ici à vos questions.
Bien à vous,
Charles
padraig
9 mars 2011 @ 12:38
Puisqu’on parle de lui à l’occasion de cette visite, Henri, duc d’Aumale ainsi que son frère aîné, François, prince de Joinville avaient les idées politiques les plus progressistes pour leur époque parmi les enfants du Roi Louis-Philippe 1er.
Ils étaient en cela proches de leur tante Mme Adélaïde, soeur du Roi et détestée pour ces deux raisons par la partie la plus réactionnaire des milieux royalistes de leur époque, car partisane d’une monarchie parlementaire « bleu-blanc-rouge ».
Nos couleurs nationales enveloppèrent d’ailleurs à ses obsèques à l’église de la Madeleine à Paris le catafalque du duc d’Aumale, grand croix de la Légion d’honneur, à qui furent rendus les honneurs militaires, à leurs risques et périls, par le général Leloup de Sancy à la tête de troupes en tenue de parade, alors que le duc n’était plus en activité et n’aurait pas dû y avoir droit.
Merci encore à Charles pour ce reportage sur « Orléans House ».
Michael
9 mars 2011 @ 12:51
Ne vous inquiétez pas Néoclassique, personne ne pourra jamais vous dépasser. Pour la simple et bonne raison que vous avez certainement plus de temps que tout le monde…
En tout cas, tout cela est bien sympatique.
Cela nous révèle aussi une période difficile pour nos princes qui étaient en exil, particulièrement entre 1886 et 1950 pour les Orléans et pour les Bonaparte. Dans son journal, Alfred de Gramont nous raconte qu’à plusieurs reprises Msgr le Duc d’Orléans, Philippe VIII, était triste de ne pouvoir rentrer dans son pays.
ces princes français amoureux de la France ont heureusement retrouvé leur ancien royaume, y vivent et y travaillent avec acharnement et passion.
Marie du Béarn
9 mars 2011 @ 13:24
Charles et Néoclassique,
« Trop de châteaux tue le château… »
Ce serait bien si vous pouviez espacer de quelques jours, voire d’une semaine vos exposés.
Ce n’est que mon humble avis en pensant que Régine n’est pas à court de sujets pour enrichir N&R.
Germain
9 mars 2011 @ 13:26
Ha, enfin du « Charles » intéressant….
Clémentine 1
9 mars 2011 @ 14:23
Rendons à César ce qui est César : il y a fort longtemps que Charles nous concocte de beaux articles sur des demeures hsitoriques. Il n’a pas attendu aujourd’hui 9 mars pour le faire. Merci à vous Charles de m’avoir rafraîchi la mémoire (qui flanche !).
Clémentine 1
9 mars 2011 @ 14:25
j’envoie toujours les commentaires sans me relire : … ce qui est à César ….
patricio
9 mars 2011 @ 16:44
bravo Charles,
tres bel article, j’ adore
amities
patricio
Charles
9 mars 2011 @ 16:46
Étienne,
Je peux vous confirmer que le prince Jean est soucieux du patrimoine et de sa conservation.
Quant au patrimoine historique, il y est très attache.
Le duc de Vendome a le désir de transmettre les forets, que sa famille possède au Nouvion depuis Marie Stuart, au prince Gaston. Il a dit aussi lors de sa dernière conference qu’il gérait en « bon père de famille » ses bois. Une foret doit être entretenue pour être rentable. C’est pourquoi prince Jean s’investit de plus en plus dans la gestion forestière.
D’autre part prince Jean a très mal vécu les ventes a répétition du patrimoine familial. Cette manière d’agir n’est pas la sienne.
Le duc de Vendome n’a cependant jamais juge son grand-père et c’est tout a son honneur.