
Mais la pièce la plus émouvante du château de Frohsdorf était sans conteste la chambre où s’éteignit la duchesse d’Angoulême en 1851. La princesse y conservait dans une armoire reliquaire toute une série de pieux souvenirs lui rappelant la douleur de sa captivité au Temple.

Après le rappel à Dieu de sa tante, le comte de Chambord décida que toutes ces reliques après avoir été enfermées dans un coffre en bois, seraient murées dans un endroit tenu secret dans le château afin de ne jamais tomber entre des mains impies. La pièce fut alors transformée en sanctuaire et une plaque de marbre noir fut posée au-desus de l’emplacement du lit de la princesse, portant une touchante épitaphe écrite par le prince (cf.illustration)

Au second étage se situait la bibliothèque riche de plus de 10.000 volumes et dont la conservation avait été confiée au père Bole, aumônier du prince. Grand lecteur, le comte de Chambord acheta toute sa vie durant de très nombreux ouvrages d’histoire, de géographie mais reçut également beaucoup de livres provenant des nombreux écrivains en sympathie avec la cause légitimiste.Mmais elle comportait aussi de nombreux volumes dans des reliures aux armes rescapés des différentes bibliothèques des princes aux Tuileries (cf.illustration)

Située dans l’aile Nord du château, la chapelle du château, qui était dédiée à Saint Jean, avait été transformée par le comte de Chambord en 1859 dans le goût italien avec un décor de pilastres de marbre veiné rouge et de frises de stuc blanc et or mêlant fleur-de-lys et croix de Saint Esprit tandis qu’au centre du plafond, une importante peinture figurait l’apothéose de l’empereur Saint Henri sous les traits du comte de Chambord en manteau royal. La chapelle a pu faire l’objet d’une restauration complète et soignée menée entre 1966 et 1968 (cf.illustration).

C’est là que seront célébrés plusieurs mariages familiaux : ainsi, en 1845, celui de Louise d’Artois (1819-1864), fille du duc de Berry, avec don Carlo de Bourbon, infant d’Espagne, prince de Lucques et futur duc de Parme (1823-1854) (cf.illustration)

Puis, en 1867, celui de leur fille Marguerite de Bourbon-Parme (1847-1893) avec don Carlos de Bourbon, infant d’Espagne, duc de Madrid (1848-1909) (cf.illustration)

C’est également dans cette chapelle que fut célébré le 1er septembre 1883 le premier service qui suivra la mort du comte de Chambord, service qui, comme celui de Göritz, fut présidé par ses neveux les ducs de Madrid et de Parme. A l’extérieur du château, d’importants communs abritaient les logements du personnel de service, qui entre valets de pied (qui portaient la livrée de la maison du roi en velours « bleu de roi » galonnée d’argent), valets de chambre, maîtres d’hôtel, femmes de chambres, sommeliers, chefs de bouche, d’office et d’argenterie, cuisiniers et autres domestiques, 42 personnes en 1844.
Placés sous la responsabilité du comte Maxence de Damas, grand-ecuyer du prince, les écuries abritaient des remises pour les nombreuses voirtures hippomobiles (calèches, ducs, breaks de chasse, landaus, victoria, coupés) que possédait le prince comme en témoigne cetet aquarelle par K.Göebel (cf.illustration) figurant un landau attelé à deux chevaux devant le château.

Mais aussi des boxes et un manège copuvert pour 20 chevaux de selle et d’atteklage dont s’occupaient 16 cochers, postillons, piqueux, jockeys, grooms et palefreniers comme en témoigne une photo prise devant les écuries de Frohsdorf du temps du comte de Chambord (cf.illustration)

En 1883, à la mort de celui qu’à Frohsdorf, tout le monde n’appelait que « monseigneur« , la peine propriété du château de ses terres et de ses collections revint à la comtesse de Chambord (cf.illustration)

Mais celle-ci préféra séjourner le plus souvent à Göritz dont le climat clément convenait mieux à sa tante fragile. En 1886, lorsque la princesse disparut, la pleine propriété du château et de ses collections revint à son petit-neveu don Jaime de Bourbon (1870-1931) (cf.illustration)

L’usufruit revenant à sa mère Marguerite de Parme, épouse de don Carlos, duc de Madrid qui deviendra chef de la maison de Bourbon à la mort de son père, don Juan de Bourbon, comte de Montizon (1822-1887) et par ailleurs, beau-frère du comte de Chambord. Le duc de Madrid, qui avait confirmé ses droits à la couronne de France dès 1868 dans une lettre publiée de Venise qui ne fut jamais désavouée par le comte de Chambord, fut en 1887 reconnu roi de France « de jure » par les légitimistes français sous le nom de Charles XI. Le duc et la duchesse de Madrid, qui habitaient habituellement le palais Loredan à Venise, utilisèrent le château de Frohsdorf comme résidence d’été jusqu’à la mort de la princesse survenue en 1893. C’est à la mort de son père en 1909 que le duc d’Anjou et de Madrid s’installa à Frohsdorf et en fit dès lors sa résidence principale. Une photo prise dans les années 20 (cf.illustration) montre le prince au volant de sa voiture devant le château.

Frappé par la loi d’exil qui lui interdisait de servir sous l’uniforme français, don Jaime de Bourbon était devenu officier dans l’armée impériale russe et avait notamment participé à la guerre russo-japonaise. A la mort de son père, il devint à son tour chef de la maison de Bourbon, prit officiellement le titre de duc d’Anjou et de Madrid et fut dès lors reconnu roi de France « de jure » par les légitimistes français sous le nom de Jacques Ier. Dans une lettre adressée au comte de Paris le 23 mai 1892, il protesta solennellement contre le port des pleines armes de France par les Orléans.
Le duc d’Anjou et de Madrid fut en 1897 presque fiancé à la princesse Mathilde de Bavière, fille du futur roi Louis III mais l’hostilité de la princesse Marie Berthe de Rohan, que don Carlos, son père avait épousé en secondes noces en 1894, fit échouer le projet.
Pendant la Première Guerre Mondiale, suivant en cela en exemple de sa cousine germaine l’impératrice d’Autriche, née princesse Zita de Bourbon-Parme, épouse de l’empereur Charles Ier (cf.illustration)

qui avait fait mettre les cercueils royaux, qui reposaient dans la crypte de la Castagnavizza à Göritz, en lieu sûr à Vienne, don Jaime fit envoyer en France auprès d’un homme qu’il croyait être de confiance, 3 wagons de tableaux, objets d’art, pièces d’orfèvrerie et souvenirs historiques parmi les plus précieux provenant de Frohsdorf. Parmi eux, figurait notamment l’émouvant manuscrit du journal de sa captivité écrit par Madame Royale dans la prison du temple. Mais leur contenu disparut mystérieusement.
Le duc d’Anjou et de Madrid mourut en 1931 à Paris où il avait son appartement rue du Faubourg Saint Honoré, sans alliance et en laissant de nombreuses dettes. Le château de Frohsdorf et ses collections revinrent alors à sa soeur, la princesse Béatrix de Bourbon (1874-1961) (cf.illustration) épouse du prince Fabrizzio Massimo qui par sa mère, née Francesca Lucchesi Palli, se trouvait être le petit-fils de la duchesse de Berry.

Tandis que ses 3 soeurs, les princessse Blanche, archiduchesse Léopold-Salvator d’Autriche, Elvire, sans alliance et Alice, princesse Friedrich de Schönburg-Waldenburg, se partageaient les châteaux et terres de Katzeldorf et Pitten. Toutefois, pour solder le passif de la succession, la princesse Béatrix de Bourbon-Massimo se verra contrainte de faire procéder à différentes ventes. Ce sera d’abord en 1936 l’ensemble de la bibliothèque du comte de Chambord ainsi que de nombreux portraits et dessins contemporains du prince qui seront cédés au grand libraire angaius Maggs Bros. Puis en 1938, ce seront 151 tableaux dont 72 portraits et tableaux historiques concernant les princes et princesses de la maison de Bourbon entre XVIIe et le XIXe siècle qui seront dispersés.
Par bonheur, une des précieuses photos des salons furent prises avant cette dispersion, nous montre l’ancien salon rouge (cf.illustration) tel qu’il était alors avec le grand tapis au point portant les grandes armes de France offert en 1873 par les dames royalistes de Bretagne et l’imposant lustre en verre de Murano qui y figuraient déjà du temps du comte de Chambord. Les murs de la pièce étaient alors décorés de la suite des quatorze tableaux historiques présentant la campagne du duc d’Angoulême en Espagne (entre autres la Prise du Trocadéro et le passage de la Bidassoa par Abel de Pujol ou le Retour du Prince aux Tuileries par Louis Ducis) et du portrait ovale de la duchesse d’Angoulême qui faisait pendant à celui de son époux, tous deux exécutés en 1825 par Thomas Lawrence. L’ensemble de ces tableaux provenait des collections que la princesse avait rassemblées au château de Villeneuve-l’Etang, son ancien domaine privé qu’elle avait vendu en 1850.

Mais le 22 avril 1941, ne pouvant subvenir à ses lourdes charges d’entretien, la princesse Béatrix de Bourbon-Massimo, devait se résoudre à signer l’acte de vente du château aux Postes du Reich, l’autriche étant alors annexée à l’Allemagne. Ne voulant toutefois pas quitter la demeure de ses ancêtres, la princesse et ses quatre filles s’installèrent alors dans l’ancien pavillon de chasse du château (cf.illustration), situé en lisière de l’ancien parc, en y emmenant de nombreux souvenirs historiques sur lesquels elle veillera jalousement pendant toute la seconde guerre.

Car la guerre n’épargnera pas le château de Frohsdorf. Il sera d’abord réquisitionné en 1941 par l’occupant allemand qui le transformera en hôpital militaire avant d’être contraint de le quitter en 1945 face à l’avancée des armées soviétiques. Ce sont les soldats russes qui vandalisèrent alors de nombreux tableaux de taille importante qui étaneint restés dans la demeure tandis qu’ils brûlèrent ou pillèrent, devant la princesse Massimo impuissante, de nombreuses oeuvres qui avaient été mises en sécurité par cette dernière dans les communs. Le château fut ensuite abandonné et fermé pendant dix ans (cf.illustration) avant d’être finalement récupéré en 1955 par les Postes autrichiennes.

Il fera ensuite l’objet d’un programme complet de restauration qui sera effectué entre 1961 et 1968 pour un montant total de 72 millions de schillings autrichiens, avant d’être transformé en centre de formation des télécommunications. Les décors des salons de réception seront soigneusement reconstitués, la chapelle fera l’objet d’une restauration exemplaire mais les appartements des étages seront, eux, irrémédiablement détruits et cloisonnés pour être convertis en salles de réunion et chambres.
En 2005, les Postes autrichiennes ont revendu le château de Frohsdorf à un promoteur immobilier qui souhaitait transformer la demeure en appartements de luxe mais les travaux semblent aujourd’hui stoppés et le devenir de cette demeure chargée d’histoire semble aujourd’hui très incertain.
Quant au pavillon de chasse de Frohsdorf en 1961, à la mort de la princesse Béatrix de Bourbon-Massimo, c’est sa fille la princesse Blanche (1906-1999), qui avait épousé en 1943 le comte Paul Wurmbrand-Stuppach issu d’une ancienne famille médiatisée du Saint empire romain germanique (cf.illustration) qui en héritera ainsi que les riches collections qu’il contenait.

A la mort de la comtesse douairière Wurmbrand-Stuppach, le pavillon reviendra à son fils le comte Ernest-Gundaccar et son épouse Elisabeth. Le couple qui a 4 enfants, perpétue aujourd’hui fidèlement la présence en Basse Autriche de la branche aînée des Bourbons depuis 167 ans et veille jalousement à la conservation de ce précieux patrimoine historique ainsi que de l’important domaine forestier qui lui est attaché.
On y remaqrue notamment toujours le fameux portrait de Marie Antoinette par Madame Vigée-Lebrun (cf.illustration) « balafré » par un coup de baïonnette en 1793 et qui figurait du temps du comte de Chambord dans le salon rouge.

Mais aussi la paire de souliers que porta le roi Charles X à l’occasion de son sacré à Reims le 29 mai 1825. Pour la cérémonie, il portait deux diamants jumeaux provenant des joyaux de la couronne et qui réintégrèrent le Garde-meuble royal après la cérémonie (cf.illustration)

ou encore un remarquable guéridon marqueté aux grandes armes de France (cf.illustration) dont la provenance est émouvante puisqu’il fut réalisé et offert par des ouvriers français lors d’une visite au prince ainsi qu’en témoigne l’étiquette qu’il porte au-dessous.
Quant aux précieuses archives du comte de Chambord, elles furent logiquement léguées par Henri V aux chefs de la maison de Bourbon successifs que furent don Carlos, considéré par les légitimistes comme le roi de France Charles XI, puis don Jaime, comme le roi de France Jacques Ier. Pendant l’occupation du château, elles furent malheureusement en partie pillées par les soldats soviétiques en 1945.

Toutefois, la princesse Massimo parvint à en sauver courageusement une partie importante et selon sa volonté, celles-ci furent en 1962, un an après sa mort, déposées aux archives de l’Etat situées dans l’ancien palais ducal de Lucques (cf.illustration) où la princesse résidait alors chez l’une de ses filles. (Merci à Néoclassique pour cette 2ème partie de reportage – Copyright photos : DR)
francois
12 mars 2011 @ 17:28
Neoclassique,
Je dois ajouter votre nom aux combattants cites dans mon message precedent. Au lieu de perdre votre temps a faire trop d’honneur aux Zombies Orleanolatres en leur repondant, aurez-vous l’occasion comme je me permettais de le suggerer, de nous regaler d’un reportage sur le sejour de Louis XVIII en Courlande? De bien belles photos en perspective.
Francois
neoclassique
13 mars 2011 @ 10:23
François 121
c’est très volontiers que j’aurais fait un reportage sur la résidence de Louis XVIII en Courlande où il fut accompagné de Madame Royale. mais j’ai peu d’informations sur le sujet et encore moins d’iconographie.
Mais j’avoue que, contrairement à d’autres que je ne nommerai pas, je n’ai pas, moi, pour habitude de parler de ce que je ne connais pas ou mal, ou bien de répéter des banalités ou des généralités éculées qui ne contribuent pas à enrichir le débat ou les connaissances scientifiques.
neoclassique
13 mars 2011 @ 10:28
Michael 119
Apprenez Michael que lorsque l’on écrit un article, on s’entoure de différentes sources écrites que l’on vérifie et que l’on croise pour en détecter les erreurs et qu’on les enrichit ensuite de ses connaissances personnelles.
Bourbons magazine est une source d’autant plus légitime, si j’ose dire, que j’ai collaboré pendant 3 ans à cette revue et dans laquelle j’ai écrit une quinzaine d’articles que j’envisage d’ailleurs de réécrire pour N&R.
Th
13 mars 2011 @ 10:33
Audouin, Néoclassique, messages 113 et 114,
Je vous remercie chaleureusement pour ces informations.
Savez-vous s’il existe un livre richement illustré autre que celui de Luigi Bader, « Le Comte de Chambord et les siens en exil » – « Le drapeau blanc en exil » n’a que peu d’illustrations.
Merci,
Th
Th
13 mars 2011 @ 10:39
Capreolus, Charlanges, messages 48 et 51,
Merci pour les indications bibliographiques que vous donnez.
Th
Nemausus
13 mars 2011 @ 12:16
François (120),
je partage votre avis et les orléanistes démontrent encore leur volonté de ne jamais jouer le jeu du débat démocratique en refusant de répondre à ma dernière question sur la réintégration-rétrogradation de Michel d’Orléans…
et en effet, pas question de leur abandonner le terrain pour les laisser nous inonder de mensonges…
neoclassique
13 mars 2011 @ 13:41
Th 124
non hélas, je ne vois rien d’autre à vous conseiller si ce n’est les albums publiés par la Gazette de france après le mort du comte de Chambord.
Sinon je vous conseille l’excellent ouvrage d’Henri Arsac intitulé les Stations de l’Exil où les lieux et collections sont bien décrits ou bien encore l’Album de l’Exil publié par le peintre Grandsire où sont gravés toutes les résidences de la famille royale pendant son exil.
A ma connaissance, rien d’autre n’a été publié.
J’ai moi-même la chance d’avoir un jeu de 10 photos( dont 1 est publiée dans l’article) des salons de Frohsdorf prises avant guerre après le départ des 400 pièces envoyées par Don Jaime pendant la guerre mais où beaucoup d’importants tableaux demeurent toujours en place. Certaines d’entre elles pourraient être publiées dans le catalogue de l’exposition prévue sur le comte de Chambord en 2013.
Actarus
13 mars 2011 @ 18:03
Réponse au message 100.
Ah, mon bon Michael. À force de répéter comme un robot les mensonges orléanistes que vous avez appris par cœur, vous avez fini par croire réellement au tissu d’âneries que vous nous rabâchez. Essayez pendant un instant de remonter trois siècles en arrière et vous serez obligé de reconnaître que les renonciations d’Utrecht non seulement étaient contraires aux Lois Fondamentales du Royaume, mais encore que tous les juristes et toute l’opinion publique du royaume le savaient et le proclamaient haut et fort. Comme je ne veux pas vous faire l’injure de prétendre que c’est la malhonnêteté intellectuelle qui vous guide, je vais partir du principe que vous avez été endoctriné et êtes, par conséquent, simplement d’une ignorance crasse. ;-)
Allez faire un tour à La Courneuve, aux Archives des Affaires étrangères, pour consulter le mémoire qu’adressa notre ministre des affaires étrangères de l’époque, Jean-Baptiste Colbert marquis de Torcy, à Henry Saint-John futur vicomte Bolingbroke, son homologue britannique, sur commande de Louis XIV. :-)
« La France ne peut jamais consentir à devenir une province de l’Espagne et l’Espagne pensera de mesme à l’égard de la France. Il est donc question de prendre des mesures solides pour empescher l’union des deux monarchies. Mais on s’écarteroit absolument du but que l’on se propose et l’on tomberoit en des maux infinis, pires s’il est possible que celuy qu’on veut unanimement eviter, si l’on contrevenoit aux lois fondamentales du Royaume.
Suivant ces loix le prince le plus proche de la Couronne en est l’héritier nécessaire. C’est un patrimoine qu’il ne reçoit ni du Roy son prédécesseur ni du peuple mais du bénéfice de la loy ; en sorte qu’un Roy cessant de vivre, l’autre lui succède aussitôt sans attendre le consentement de qui que ce soit. Il succède non comme héritier mais comme le maître du Royaume dont la seigneurie lui appartient, non par choix, mais par le seul droit de sa naissance.
Il n’est redevable de sa couronne ni au testament de son prédécesseur ni a aucun Edit ni a aucun décret ni enfin a la libéralité de personne, mais a la loy. Cette loi est regardée comme l’ouvrage de celuy qui a estably toutes les monarchies, et nous sommes persuadés en France que Dieu seul la peut abolir.
Nulle renonciation ne peut donc la détruire et si le Roy d’Espagne donnoit la Sienne pour le bien de la paix et par obéissance pour le Roy son Grand père on se tromperoit en la recevant comme un expédiant suffisant pour prevenir le mal qu’on se propose d’eviter.
Ce seroit au contraire la source de plus grands maux, et ce seroit ouvrir la porte à des guerres intestines dans le Royaume, dont le feu embraseroit encore toute l’Europe. » (Arch. des Affaires étrangères, Angleterre, t. 237, folios 115 et suivants, 28 mars 1712 ; cf. Torcy, Mémoires, p. 180).
Actarus
13 mars 2011 @ 18:04
Pour poursuivre mon propos, examinons à présent une commande du roi des Français Louis-Philippe 1er lui-même : « Le traité d’Utrecht », par Charles Giraud, membre de l’Institut (1847). Le contexte de l’époque : le mariage en 1846 du benjamin de la tribu Orléans, Antoine duc de Montpensier, avec l’infante Marie-Louise Fernande, cadette de la reine Isabelle II, projet auquel l’Angleterre de la reine Victoria était opposé. Vous allez voir, c’est à se tordre de rire. ;-)
Roi des Français ayant fondé une nouvelle dynastie, ce qui sera souvent souligné par ses gens pour montrer qu’elle avait une nouvelle loi contraire à l’ancienne relativement aux biens propres d’un prince cadet devenu aîné et donc Roi (ils étaient réunis à la couronne, et l’Orléans ne voulait surtout pas de ça !), Louis-Philippe se contrefichait comme d’une guigne des Lois fondamentales relatives à l’ancienne dynastie alors déchue. Lors de l’affaire des mariages espagnols, il voulut apporter la preuve, s’il en fallait une, que les renonciations d’Utrecht ne valaient rien puisqu’elles n’étaient faites que pour séparer les couronnes de France et d’Espagne (objectif atteint). Descendant du futur régent, qui avait renoncé à l’Espagne pour lui ET SES DESCENDANTS quand Philippe V renonçait à la France, il devait démontrer dans cet ouvrage que son fils le duc de Montpensier pouvait épouser la sœur d’Isabelle II. :)
C’est ainsi qu’on lit, aux pages 131-132 : « Il est des principes immuables sur la certitude desquels l’assentiment unanime des hommes a été acquis dans tous les siècles. Quelles sont les choses auxquelles on peut renoncer ? Celles dont on a la disposition actuelle et personnelle. Mais nul n’a le droit, ni heureusement le pouvoir de mettre ses héritiers en état d’incapacité générale, et d’imprimer ainsi un caractère de mort civile à une série indéfinie de générations. Des clauses aussi exorbitantes sont forcément reléguées dans le domaine des clauses de style qui n’ont jamais été tenues pour obligatoires dans le droit commun des peuples civilisés de l’Europe.
On ne doit donc s’attacher, dans les renonciations, qu’à leur cause déterminante, et au but qui doit être atteint ; et ce but étant seulement la prohibition du cumul des deux couronnes, il est évident que les termes des renonciations ne doivent et ne peuvent excéder les termes des traités eux-mêmes. Nous ne devons pas être étonnés du luxe de formules inutiles qu’on a déployé dans ces actes ; pour qui connaît les habitudes de la procédure et de la pratique notariale, un tel débordement de clauses de surérogation n’a rien que d’ordinaire. Tous les actes de ce genre ont été machinalement calqué sur le même type. »
Ah ! J’adore quand je lis que Louis-Philippe lui-même a démonté les renonciations d’Utrecht auxquelles les partisans zélés de ses descendants s’accrochent comme des moules au rocher de Gibraltar ! :D
Tout serait finalement beaucoup plus simple si les princes d’Orléans eux-mêmes, en bons démocrates tricolores qu’ils sont, cessaient de prétendre être les héritiers de la monarchie traditionnelle que leurs aïeux ont combattu et détruite, pour renouer avec la monarchie cocardière instaurée par le roi des Français leur ancêtre. Ce serait tellement plus logique et de surcroît en accord total avec leurs opinions politiques !
Alors vive Louis XX, Roi de France et de Navarre, ou vive Henri II, Roi des Français ! Et que le meilleur gagne. ;-)
jul
14 mars 2011 @ 06:52
Ah ah Actarus, trop fort ! :D
le culot de Louis Philippe d’Orléans était sans borne…
Je suis entièrement d’accord avec votre conclusion.
A partir de maintenant, je rapporterai pieusement son opinion :)
Th
14 mars 2011 @ 08:34
Néoclassique, message 127,
Merci beaucoup.
Je possède déjà « Les stations de l’exil » et vais rechercher « L’album de l’exil ».
Vivement le catalogue de l’exposition de 2013 !
Th
neoclassique
14 mars 2011 @ 12:59
th 131
voici un lien d’un site sur lequel l’Album de l’Exil est disponible si le coeur vous en dit:
http://www.abebooks.fr/servlet/BookDetailsPL?bi=1426032919&searchurl=sts%3Dt%26tn%3Dalbum%2Bde%2Bl%2Bexil%26x%3D60%26y%3D15
bien à vous
Michael
14 mars 2011 @ 14:33
Louis-Philippe ne se fichait pas des lois fondamentales du royaume. A la veille de sa mort, il préconisait à ses descendants de reconnaitre leur cousin le comte de Chambord comme héritier légitime (Louis-Philippe, Guy Antonetti).
jul
14 mars 2011 @ 20:46
Ah néoclassique, je ne savais pas qu’un tel livre existait !
hélas, il est si cher (400 euros !)
Th
15 mars 2011 @ 00:04
Nécoclassique, message 132,
Merci beaucoup.
Jul, message 134,
Pour compléter votre commentaire, il semble que ce soit un bon prix :
http://www.lefranc.auction.fr/FR/vente_livres_autographes/v12244_auxerre_encheres/l1872227__charles_grandsire_eugene_muret_theodore_album_de_exil_.html : adjugé à 780 € en 2008…
francois
15 mars 2011 @ 02:49
Michael (133), j’ignore si vos affirmations sur les conseils de LP reposent sur quelque chose mais a cette epoque, qu’il soit peu probable que le comte de Chambord ait quelque chance d’avoir une descendance ou que sa presence ait ete un obstacle insurmontable aux Orleans, une telle attitude etait un calcul plus que raisonnable et habile dans tous les cas pour les projets d’usurpations futures, il ne faut voir dans ce cas qu’une tactique et pas de preuve de respect pour les Lois Fondamentales.
septembre
16 mars 2011 @ 00:20
Actarus
Vous êtes brillant!!
jul
16 mars 2011 @ 08:08
Oulah oui Th !
Michael
16 mars 2011 @ 18:21
En 1868, la seule chose que peut dire le comte de Chambord à propos du duc de Madrid, c’est ceci: « Don Juan renonce à tous ces droits en faveur de son fils aîné Carlos, dont on commence à parler en Espagne comme seul pouvant clore la Révolution », 8 octobre 1868.
ou cela:
« nous apprenons que Marguerite est accouché d’un fils, Jaime » 27 juin 1870. prénom espagnol, il porte les prénoms très ibérique de Jaime Pio Juan Carlos Benvenudo Samson Pelayo Hermenegildo Recared Alvaro Fernando Gonzalo Alfonso Maria de los Dolores Enrique Luis Roberto Francisco Ramiro José Joaquin Isidro leandro Miguel Rafael Pedro Benito Felipe, infant d’Espagne, futur duc de Madrid.
Francky
17 mars 2011 @ 21:07
neoclassique
C’est avec bien du retard que j’interviens. Mais je viens de rentrer de congé et de vous lire avec beaucoup d’intérêt. Je vous remercie de nous donner ainsi l’occasion de découvrir le château de Frohsdorf que j’ai souvent eu envie de découvrir sans en avoir la possibilité. Cette fois, je suis comblé !
J’espère qu’il ne connaîtra pas le même sort que d’autres châteaux français comme celui de Rosny… vu que son sort et son affectation ne sont pas encore fixés…
J’ai lu certains de vos commentaires et ai découvert que vous utilisez parfois le pseudonyme de Louis Montjaux. Il me rappelle le nom d’un village aveyronnais cher à mon cœur… Est-ce une coïncidence ou bien une référence à ce village ?
neoclassique
18 mars 2011 @ 11:08
Francky 140
merci de votre sympthique message. Oui je me passionne pour l’histoire des châteaux liés à notre histoire et dont le destin est souvent aujourd’hui menacé.
Quant à votre allusion à mon patronyme de Louis Montjaux, oui il fait bien référence au village aveyronnais auquel vous faites allusion. Ma famille y possède en effet depuis 15 générations une antique maison à laquelle nous sommes très attachés et que vous connaissez sûrement si ce village est cher à votre coeur.
bien à vous.
Michael
18 mars 2011 @ 15:41
Ce même don Juan de Borbon, beau-frère du comte de Chambord, reconnait les droits de la reine Isabelle II en 1863, en ces termes:
« ..Je vous reconnais pour ma reine, jurant fidélité et obéissance à la Constitution. Juan de Borbon ».
Le comte de Chambord est furieux car il le reconnaissait comme roi légitime….d’Espagne.
Francky
19 mars 2011 @ 10:44
neoclassique
Merci pour votre réponse. Je crois alors que nous nous sommes déjà rencontrés puisque j’avais eu l’occasion et la joie de visiter cette belle demeure, il y a une dizaine d’années ! Et d’y faire quelques photos… Oui, on ne se refait pas !!!
J’étais loin de penser que je trouverais sur ce site matière à parler de ce petit village ! Vous m’êtes du coup, encore plus sympathique !
Vraiment un grand merci à Régine de m’avoir donné cette occasion ! Et vive le Mont Jupiter !!! ;)
neoclassique
19 mars 2011 @ 22:25
Francky
vous êtes donc montjovien vous aussi?
comme cela serait drôle…
Francky
20 mars 2011 @ 12:23
neoclassique
J’y ai effectivement une partie de mes racines puisque c’est le village natal de ma grand-mère maternelle. Je suis né à quelques kilomètres de là et je retourne très souvent dans cette belle région car une partie ma famille y réside.
Le monde est vraiment petit ! ;)
d'Artagnan
23 mars 2011 @ 17:54
Pauvre Famille Royale condamnée à l’exil au Château de Forsdorf par la République ! Si le Prince de Condé, à la tête des armées coalisées avait réussi a détruire les colonnes infernales il aurait pu, comme aujourd’hui en Lybie, arrêter le Génocide de la Vendée, matrice de tous les génocides du XXème siècle comme l’a affirmé Soljenitzyne !
d'Artagnan
23 mars 2011 @ 18:06
Miniatures de la Duchesse de Berry et de la Princesse de Lamballe à la Teffaf à Maastricht.
Portrait du Comte de Chambord et de Madame Royale dans le dernier Magazine Drouot !
Conférence sur Mme Bertin, Modiste de Marie-Antoinette et Goûter-conférence au restaurant « LA PETITE VENISE » à droite du Bassin d’Appolon dans les jardins de Versailles sur les parfums de Marie-Antoinette organisées par l’Office du Tourisme de Versailles !
http://www.galerie-creation.com/elisabeth-de-feydeau-jean-louis-fargeon-parfumeur-de-marie-antoinette-q-2262019460.htm
http://parfums-et-aromes.com/fichederd%E9der.pdf
A bonnes royales senteurs, je vous parfume et vous salue !
d'Artagnan
24 mars 2011 @ 01:47
146 Forsdorf lieu d’exil de la famille Royale de France, suite au génocide de la république
http://www.dailymotion.com/video/x8bqex_le-genocide-vendeen-par-la-republiq_news
Aramis
25 mars 2011 @ 09:05
D’Artagnan, Michelet rappelle que le soulèvement vendéen fut « un coup de poignard dans le dos, au moment où le pays est envahi », ce qui aussi sympathique par certains de ses aspects que soit le mouvement vendéen à la tête duquel n’est d’ailleurs venu aucun Prince, si je ne me trompe, et aussi cruelle qu’en fut la répression, n’est objectivement pas totalement faux… ouuullaallllalala … je vais me faire taper sur les doigts… !!!
d'Artagnan
27 mars 2011 @ 10:35
Petit rappel historique.
Aujourd’hui 27 mars, c’est l’Anniversaire de la Naissance de Louis XVII à Versailles, le Symbole de la Vendée, l’Enfant-Roi Martyr de la France, sacrifié sur l’Autel de la République au nom des Droits de l’homme comme les millions d’autres victimes massacrées entre 1789 et 1815 !