
Jaime/Jacques de Bourbon et Battenberg, Infant d’Espagne est né le 23 juin 1908 au Palais de la Granja de San Idelfonso près de Ségovie en province de Castille. Il est le deuxième enfant et deuxième fils du roi Alphonse XIII et de la reine Victoria Eugénie, née princesse de Battenberg, petite-fille de la reine Victoria.

L’Infant d’Espagne reçut lors de son baptême les prénoms de Jaime/Jacques (en souvenir des rois d’Aragon), Luitpold (pour le prince de Bavière), Isabelino (en l’honneur de l’Infante Isabelle, fille d’Isabelle II et de François Ier, sa grande-tante paternelle), Henri (en souvenir du prince Henri de Battenberg, son grand-père maternel), Alexandre (en l’honneur de son oncle maternel le prince Alexandre de Battenberg), Alphonse, Victor (pour ses parents), Acacio, Pierre, Paul (en souvenir de martyrs chrétiens de ce mois).

L’Infant passa son enfance entouré par ses frères et soeurs entre les Palais de Madrid, La Granja et de Miramar à San Sebastian. Il avait un frère aîné Alphonse, prince des Asturies et quatre frères et soeurs cadets : Béatriz, Cristina, Juan (comte de Barcelone, père du roi Juan Carlos) et Gonzalo.
Les enfants du roi Alphonse XIII et de la reine Victoria Eugénie sont également très proches de leurs cousins Bourbon et Bavière, enfants des Infants Carlos et Fernando, veufs de leurs tantes paternelles.

En 1912, l’Infant devient sourd-muet. Sa soeur l’Infante Béatriz précise dans ses souvenirs à la fin de sa vie « Mon frère Jaime n’était pas sourd-muet de naissance, cela s’est produit quand il était tout petit à cause d’une otite mal soignée, suivie de complications (…) Nous avons pensé qu’il avait été mal soigné. Ce fut une grande souffrance pour mon père. Mon frère était très vif d’esprit. Il lisait sur les lèvres si nous parlions lentement en français et il entendait divinement ce que nous disions, il n’avait aucune difficulté pour nous comprendre mais si nous lui parlions de loin ou sans le regarder, c’était impossible. Un autre problème était le téléphone. Pour lui, il n’existait pas. »

L’Infant réussit au prix d’efforts colossaux et de nombreuses heures de travail avec les spécialistes durant son enfance, à surmonter son handicap si bien qu’à l’âge adulte, il pouvait s’exprimer distinctement. Elevé au sein d’une famille cosmopolite, il parlait même couramment plusieurs langues : français, anglais, espagnole et allemand.

Le 24 octobre 1921 à l’âge de 13 ans, il devient le 1153ème chevalier de la Toison d’Or et reçut le collier de l’Ordre de Charles III en 1925. Le 2 mars 1931, conformément au souhait de son père, il est désigné Grand Commandeur de l’Ordre de Calatrava, un des quatre plus prestigieux ordres de chevliers espagnols. La vie dorée de la famille royale espagnole fut maheureusement interrompue en 1931.
Le roi Alphonse XIII dut abdiquer et partit en exil en France. La famille royale séjourna tout d’abord à l’hôtel Meurice puis à l’hôtel Savoye d’Avon près de Fontainebleau, puis à Lausanne en Suisse et enfin à Rome. En 1933, son frère aîné le prince Alphonse épousa à Ouchy en Suisse Edelmira Sampedro-Ocejo y Robato, une rotutrière cubaine. Aussitôt, le roi Alphonse XIII retira à son fils le titre de prince des Asturies.

Voulant favoriser son troisième fils Juan en cas d’une éventuelle restauration de la monarchie, le roi ordonna alors à son fils Jaime/Jacques de renoncer à ses droits au trône d’Espagne sous prétexte de son handicap. Comme ses frères et soeurs, l’Infant n’avait pas connu longtemps l’harmonie au sein du foyer familial. L’Infante Beatriz, sa soeur, le rappelle en ces termes : « Mes parents étaient merveilleux pour moi mais une certaine distance était apparue entre eux (…)même s’ils ne se sont jamais disputés devant nous. Ma mère anglaise et protestante, devait s’adapter à une religion différente de la sienne, à une nouvelle langue et à ce qui fut le plus difficile à des habitudes et des coutumes bien différentes de celles qu’elle avait connues dans son pays d’origine. Il y avait également les problèmes de santé de mes frères qui furent une grande souffrance et déception pour mon père (…) En exil, mes parents décidèrent de se séparer définitivement. Ma mère nous le dit, pensant, qu’au fond nous savions que son mariage était déjà brisé. »

Une autre épreuve fut la disparition de son plus jeune frère l’Infant Gonzalo, enlevé à l’amour de sa famille à l’âge de 20 ans des suites d’un accident de voiture en 1934 en Autriche. Hémophile, il ne survécut pas à ses blessures. Le 4 mars 1935, le roi Alphonse XIII d’Espagne et son amie Victoire Ruspoli des Princes de Poggio Suaso, vicomtesse Roger de Dampierre organisèrent en l’église Saint Ignace de Loyola de Rome le mariage de leurs enfants Jacques et Emmanuelle (née en 1913).

Le jeune couple fut titré par le roi duc et duchesse de Ségovie, en souvenir de la province natale de l’Infant (en 1928, il avait été fait « Nino predilecto« , que l’on peut assimiler à « citoyen d’honneur » de Ségovie et San Idelfonso par la députation provinciale tout comme sa soeur l’Infante Beatriz). Le duc et la duchesse de Ségovie ont eu deux fils : Alphonse né le 20 avril 1936 et Gonzalo né le 5 juin 1937 à Rome. Le duc de Ségovie fut ensuite frappé par deux autres deuils : en 1938, son frère aîné Alphonse, ancien prince des Asturies décède à Miami et le 28 février 1941 son père le roi Alphonse XIII qui s’éteint à Rome.

Son mariage avec Emmanuelle de Dampierre ne survécut pas très longtemps. Ils se séparèrent dès 1939 et divorcèrent en 1947. Chacun retrouvant le bonheur de son côté. Ainsi, le duc se remaria le 3 août 1949 à Innsbruck en Autriche avec la cantatrice allemande Charlotte Tiedemann (1919-1979) qu’il avait rencontrée au restaurant « Il Faro » de Rome. Emmanuelle de Dampierre se remaria avec un banquier milanais Antonio Sozzani le 21 novembre 1949 à Vienne.

Le duc vivait à Rueil-Malmaison à la « villa Ségovie », ensuite à Paris au n°9 de l’avenue Ingres (16ème arrondissement) puis à Neuilly-sur-Seine et finalement en Suisse. Emmanuelle de Dampierre est quant à elle restée en Italie. Elle s’est séparée de son deuxième mari vers la fin des années 60. Leurs fils Alphonse et Gonzalo ont été scolarisés au lycée français Chateaubriand de Rome puis à Fribourg en Suisse. Les deux princes passaient l’essentiel de leurs vacances auprès de leur affecteuse grand-mère paternelle la reine Victoria Eugénie.
Quelques années après la mort d’Alphonse XIII, le nouvel aîné des Bourbon pris officiellement à Rome le 28 mars 1946 le titre de duc d’Anjou porté jadis par son ancêtre le roi Philippe V, petit-fils de Louis XIV, avant de monter sur le trône d’Espagne. Il prit également les pleines armes de France, d’azur à trois fleurs de lys d’or. Il chargeau le prince Xavier de Bourbon-Parme de transmettre sa déclaration aux cours européennes ainsi qu’une lettre aux cadets de la dynastie capétienne. A la mort de sa mère la reine Victoria Eugénie en 1969, il prit le titre de duc de Tolède, porté en exil par les souverains et qui avait servi d’incognito au roi Alphonse XIII lorsqu’il participait à des tournois de polo.

Après plusieurs revirements, et sur demande de son fils aîné Alphonse, le duc accepta finalement en juillet 1969 de reconnaître le règlement successoral en faveur de Juan Carlos, son neveu. A partir de ce moment, il assuma seulement les prérogatives de chef de la Maison de Bourbon et d’héritier des rois de France. Il signa ses actes français des prénoms Jacques Henri. Les légitimistes français l’appelèrent Jacques Henri VI.
Le 8 mai 1956, il avait d’ailleurs été invité par les autorités françaises à présider avec son fils aîné la cérémonie de remise du reliquaire de Saint Louis à la Basilique de Saint Denis, oragnisée par le Mémorial de France à Saint Denis. Il présidait déjà depuis 1952, chaque 21 janvier, les commémorations de la mort de Louis XVI en l’église Notre Dame des Victoires puis à partit de 1972 à la Chapelle expiatoire.

Le duc d’Anjou et de Ségovie honora également de sa présence les commémorations de Vendée au Mont des Alouettes. Il fut à cette époque aidé dans sa tâche par Jacques, duc de Bauffremont et l’Institut de la Maison de Bourbon qu’il avait fondé en 1973. Lors de ses apparitions publiques, il porta les insignes de Maître de l’Ordre du Saint Esprit, comme ce fut le cas lors du séjour de quatre jours en mars 1972 qu’il effectua en Espagne pour le mariage de son fils aîné avec Carmen Martinez-Bordiu, l’aînée des petits-enfants du Général Franco. Il conféra les Ordres du Roi à ses fils ainsi que des titres conformes à la tradition légitimiste : le 25 novembre 1950, il donna à son fils Alphonse le titre de duc de Bourgogne tandis que son fils cadet fut titré duc d’Aquitaine par lettres patentes du 21 septembre 1972.
En 1972 et en 1974, il eut la joie de devenir grand-père de François et Louis. Il titra le premier duc de Bretagne le 13 octobre 1973 et fut parrain de baptême de Louis. Il n’eut malheureusement pas le temps de les connaître longtemps. En février 1975, il fit une chute dans les escaliers de son domicile. Admis à l’hôpital cantonal de Saint Gall en Suisse, il décéda le 20 mars 1975. Enterré tout d’abord à Lausanne auprès de sa mère la reine Victoria Eugénie et de son frère cadet Gonzalo, ils furent tous les trois inhumés définitivement au Monastère de l’Escorial en 1985. (Merci beaucoup à Jul pour ses recherches et le texte, et qui dédie cet article à un prince trop peu connu du public – Copyright photos : Foro realeza & Life)
Alexis R
13 avril 2011 @ 16:19
Sigismond (89),
Vos explications sont pour le moins poussives… et ne sont guère convaincantes.
Ne pourriez-vous donc pas nous expliquer la notion de « simple épouse civile »? Ceci afin de parfaire notre bien piètre culture juridique….
Alexis R
Sigismond
14 avril 2011 @ 07:35
Nemausus (85)
Si le grand Sully avait vécu de nos jours, ne pensez-vous pas qu’il aurait dit : « radotage et persiflage sont les deux mamelles dont l’orléanisme est alimenté » :-)
Nemausus
14 avril 2011 @ 08:28
Aramis a bien raison quand il dit que les grands se croient au dessus des lois…
comme exemple, les chefs de la branche d’Orléans qui modifient unilatéralement et selon leurs caprices, les lois fondamentales en déshéritant les uns ou en rétrogradant les autres….
Nemausus
14 avril 2011 @ 17:40
Sigismond (93)
LOL… je n’aurai pas dit mieux…. ;)
Léopold
15 juin 2011 @ 19:48
bonjour,
Je cherche un livre biographique sur Alphonse XIII, quelqu’un peut il me renseigner, d’avance merci
yvan de wilde
11 février 2012 @ 17:16
quelques précisions sur CHARLOTTE TIEDEMANN mariée à DON JAIME DUC de SEGOVIE .
1er mariage : avec FRANTZ BUKHLER (1939), ingenieur , divorce en 1940 d’ou HELGA BUKLER (MME JACQUES VULLIEZ)2/ se remarie avec le DOCTEUR FRITZ HIPPLER (1942 /divorce en 1946)chef de la propagande auprés de GOBBELS )
SON PASSEPORT DIPLOMATIQUE ALLEMAND PORTAIT :
I.K.H CHARLOTTE de BOURBON y BATTENBERG,HERZOGIN VON SEGOVIA ,TIEDEMANN.
Elle vécut 26 ans avec L’INFANT DON JAIME (1949/1975) jusqu’a la mort de celui en 1975 elle mérite plus que tout autre le respect ( MADAME de DAMPIERRE 1ere DUCHESSE de SEGOVIE ne vécut que 4ans avec DON JAIME remariée civilement à VIENNE le 21 /11 1949 avec ANTONIO SOZZANI ,agent de change ,divorcée en 1967 puis se remariée avec l’avocat napolitain FREDERICO ASTARITA (+ en 1974) ,ex gendre de GINO SOTIS ,l’avocat italien qui s’était occupé de son 1er divorce à BUCAREST et à TURIN )l’INFANT DON JAIME lui interdit de porter le titre de DUCHESSE DE SEGOVIE (lettre arch pers) lors du mariage de DON ALPHONSO avec CARMEN MARTINEZ BORDIU Y FRANCO .
la veuve de DON JAIME fut baptisée en juin 1979 par MONSEIGNEUR LEFEVRE à ECONE .
à la mort de DON JAIME ,elle fut dépouillée par DON ALPHONSO de BORBON Y DANPIERRE et mourrut dans une misère totale.
J’ai trés bien connu CARLOTTA de BOURBON personnage au caractère affirmé ,et qui restera pour moi une veritable grande dame .
je posséde des centaines de photographies inédites de ses débuts à l’opéra de BERLIN ( elle tourna dans le fameux film « TITANIC » U.F.A ) Jusqu’à ses ultimes ohotographies en juin 1979 et tous les documents inédits d’une vie « singuliére »
A.V.
29 février 2012 @ 01:35
Bonjour Monsieur,
Je suis la belle-fille d’Helga, son père s’appelait Frantz Büchler.
Puis-je ajouter que mon mari qui l’a pourtant connue, n’en garde pas le même souvenir.
yvan de wilde
26 mars 2012 @ 09:20
pour repondre à A.V, ne soyez pas aussi affirmative ,la fille de la duchesse se fit appeler Helga de BOURBON (dans les années 60/70) différentes coupures de presse existent ( elle travailla chez Jacques Esterel sous ce nom) et avait le projet de s’installer aux E.U comme professeur de maintien …) lors du procés des enfants du Duc contre celui ci, elle intervint sur différentes radios sous ce nom (enregisterments existants ) d’autres part dans une lettre du PRINCE XAVIER de BOURBON PARME adressée au DUC DE SEGOVIE (archive privée),celui ci demande de mettre bon ordre à cette prise de mom par la fille de sa femme .LE prince xavier agissait tant en son nom qu’ au nom des BOURBONS dESPAGNE .
de la rode
6 mai 2013 @ 17:17
Mgr le duc d’Anjou & de Ségovie et SAR Mme la Duchesse, seront au centre d’un superbe volume, basé sur des documents et photoographies inédits,nés de la fidélité d’Yvan de Wilde, qui sera édité à l’automne 2013
Gianna
22 septembre 2015 @ 23:34
J’ai fini de lire ce livre, très intéressant et riche en photos! Merci à tous
Dron
17 juillet 2016 @ 19:58
Grand merci à M. Yvan de Wilde et son équipe pour ce superbe ouvrage très intéressant et très richement documenté.
RUCHOT Thierry
11 octobre 2014 @ 04:25
Je viens de connaître l’histoire sur Jacques/Jaime, né le 23 juin 1908, le deuxième enfant et deuxième fils du roi Alphonse XIII et de la reine Victoria Eugénie. Son père, roi Alphonse XIII décida et dut abdiquer le 14 avril 1931 et partit en exil en France. La famille royale séjourna tout d’abord à l’hôtel Meurice avant de s’installer à l’hôtel Savoye d’Avon près de Fontainebleau, puis à Lausanne en Suisse et enfin à Rome. De ce fait, Jacques/Jaime, étant jeune, ayant atteint de surdité depuis l’âge de 4 ans, obtint l’éducation particulière à l’Institut des Sourds-Muets à Paris dans la période d’entre 1920 (ou peu avant) et 1927 (ou peu avant ou peu après)? En demandez à la bibliothèque de cet Institut (car sa photo m’y’est apparue dans l’un des livres et je m’en souviens bien). C’est pourquoi, cela n’est pas dans ce programme historique. Je vous attends votre réponse favorable.